Le Drummondvillois Pierre Blanchet cache de véritables trésors dans sa résidence de la rue Bourassa. Le collectionneur de livres anciens possède plus de 4000 titres datant du XVIIe au XXe siècle. « Quand j'étais jeune, je m'intéressais beaucoup à la lecture et à l'histoire. Maintenant que j'ai plus de temps, surtout depuis deux ans, je fais des investissements massifs en recherche... et en argent » raconte l'homme de 50 ans. En fait, depuis six ans, il s'approvisionne à même les communautés religieuses et les particuliers qui acceptent de céder leurs vieux bouquins en sachant qu'ils seront bien conservés. Évaluée a plus de 20 000 $, la collection de Pierre Blanchet a davantage pour lui une valeur sentimentale et historique. « Je n'ai jamais vendu ou échangé un seul livre. Le profit ne m'intéresse pas, insiste-t-il ». Ainsi, quelque 3000 de ses volumes sont entreposés. Par ailleurs, 10000 de ses plus belles pièces sont bien en vue dans sa bibliothèque. Ses livres sont classés par thèmes, soit les ouvrages religieux, les dictionnaires, les livres de référence, les manuels scolaires et les romans. Son livre le plus précieux ? « C'est mon plus vieux. Il s'agit de l'uvre complète d'Horace qui pourrait dater de 1641. Je l'ai reçu en cadeau, il avait été acheté en France », explique M. Blanchet. De plus, il tient beaucoup à son encyclopédie complète du XIXe siècle en 70 volumes datant de 1877. Marié et père de deux jeunes de 16 et 26 ans, il est le seul bibliophile de la maison. « Ma femme se sent un peu envahie par tous mes livres parce que si ce n'était que de moi, il y en aurait partout. Les gars, eux, ne s'y intéressent pas encore. « J'espère que ça changera dans le futur ou que mes petits-enfants auront de l'intérêt pour ma collection afin qu'il y ait une continuité », souhaite-t-il. M. Blanchet voyage partout au Québec à la recherche d'ouvrages anciens. « Je jette toujours un coup d'il dans la bibliothèque privée des gens quand je suis en visite. Je fais aussi les ventes-débarras, mais il est très rare qu'on y retrouve des livres publiés avant 1900. Ici, 100 ans, c'est très vieux ; en Europe, 200 ans, c'est vieillot », indique le collectionneur. «Il n'y avait même pas d'imprimerie sous le Régime français », souligne-t-il. La première imprimerie fut construite à Québec en 1765 et à Montréal, en 1776. Donc, un livre publié au Québec avant 1820 est considéré comme très rare. «Lors de mon prochain voyage en Europe, il y aura du temps réservé pour dénicher des trésors impossibles à trouver au Québec. Mais le problème, c'est le budget. I1 faut toujours se limiter, sinon on pourrait dépenser une fortune. Dans les années 1500-1600, on ne trouve rien en bas de 500 $ pièce et vous ne choisissez pas les sujets que vous voulez. » A-t-il lu tous ses livres ? « Je ne les lis pas, mais je prends connaissance du contenu dans l'avant-propos. La plupart de ces livres sont très fragiles. Même qu'on devrait les toucher seulement avec des gants pour ne pas altérer le papier. Je pourrais les mettre dans des boîtes de conservation qui les protégeraient de l'acidité et de l'humidité, mais je ne pourrais plus leur toucher. » L'été, deux déshumidificateurs fonctionnent en permanence dans le sous-sol de M. Blanchet, afin d'abaisser le plus possible le degré hygrométrique de la pièce. Malgré tout, il aime bien lire quelques passages et comparer les points de vue historiques des livres de référence qui divergent parfois au fil des ans. Selon le spécialiste, l'usure, l'absence d'une ou des pages ou une page déchirée enlève de la valeur aux vieux livres. « S'il manque un volume à une encyclopédie, ça ne vaut plus rien. Pour ce qui est des classements et des étampes de bibliothèques, certains collectionneurs n'en veulent pas. À l'opposé, la signature du propriétaire ou de l'auteur peut même donner de la valeur. En fait, plus le livre est rare moins les altérations sont graves. » Mécanicien à l'usine Osram Sylvania, Pierre Blanchet consacre une douzaine d'heures par semaine à sa passion. Internet est maintenant une bonne façon pour lui de trouver de l'information, des prix et des livres. II insiste d'ailleurs pour donner son adresse électronique aux lecteurs : pier.bl@cgocable.ca (Charlaine Laplante, La Tribune, Drummondville, reproduit dans La Presse du 2 avril 2000)

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