de la Brunetière
Ces Extraits de presse et d'ouvrages référents
ne sont-ils pas révélateurs, voire inquiétants ? …
de
ce que constatent de nombreux justiciables devant les tribunaux ? …
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De « CES MAGISTRATS QUI
TUENT LA JUSTICE » (Jean-François LACAN, Albin Michel, avril 2003) :
p.11 : « Les magistrats, fort prolixes
en souvenirs, autobiographies et autres ouvrages de réflexion ces dernières
années, supportent pourtant mal les regards extérieurs sur leur condition,
surtout quand ils sont critiques. Et ils hésitent d’autant moins à saisir la
justice qu’ils ont le remarquable avantage d’être juges et parties. De nombreux
éditeurs, dont celui de cet ouvrage, ont pu faire, depuis quelque temps, la
douloureuse expérience de la conception très particulière que se font certains
magistrats de la liberté d’expression : procès en cascade, amendes
astronomiques mettant en péril la maison d’édition, procédures visant à
interdire les ouvrages avant parution, etc. »
p.18 : « On a bien
réussi, à coup de feuilletons, à faire passer les flics, les instits, les
médecins et les brocanteurs pour des anges gardiens, dévoués au public. Alors
pourquoi ne pas tenter la coup avec les magistrats ? Essayer d’effacer de
la mémoire collective le juge Dandin des Plaideurs de Racine, les
caricatures de Daumier, les pièces assassines de Marcel Aymé, les
« flagrants délires » de Pierre Desproges. »
p.18 : « Aussi,
quand on passe de la série télévisée à la réalité, le choc est rude. »
p.24 : « Le Code
pénal n’épargnera plus les puissants, la loi passera de la même façon pour
tous ? Belle promesse mais d’une importance très relative si les audiences
continuent d’être expédiées, les jugements bâclés ou illisibles, les victimes
oubliées, les personnes âgées abandonnées par des juges parfois plus soucieux
de leur carrière ou de leur confort que de la justice. »
p.25 : « Qui décide
de ces ascensions fulgurantes de juges qui ne mettent jamais les pieds sur le
terrain ? Comment peut-on rester vingt ans dans le même poste sans sombrer
dans la routine ou devenir l’otage de ses relations ? Que reste-t-il de la
sérénité du juge quand il doit sans cesse songer à sa carrière, de son
indépendance quand il s’accroche aux mêmes fonctions ?
p.27 : « Où l’on
voit certains magistrats accumuler, en deux ans, indifférences coupables,
décisions absurdes, règlements de comptes internes, aveuglements
incompréhensibles sous l’œil gourmand du pouvoir politique qui n’en demandait
pas tant. »
p.34 : « Conséquence
de cet épisode calamiteux : tout le dossier est renvoyé devant une
nouvelle chambre de l’instruction présidée cette fois par Francine Caron qui,
après une année de réflexion, doit rendre sa décision le 4 juillet 2002. Cette
fois, la chambre de l’instruction n’a plus droit à l’erreur. La justice a
beaucoup à se faire pardonner : une remarquable cécité du parquet, des
premiers procès bâclés, des revirements de jurisprudence très contestables, une
instruction lamentablement retardée. Sans oublier les effarants arrêts de la
Cour de cassation qui ont permis aux assureurs des centres de transfusion
sanguine de refiler leurs obligations d’indemniser les victimes au fonds
d’indemnisation et aux contribuables. Et pendant toutes ces années, des
centaines de victimes qui meurent lentement sans jamais connaître la vérité sur
leur contamination.
p.35 : « A longue
attente, décision éclair. Les avocats ont à peine disparu dans la salle
d’audience qu’ils en ressortent atterrés. Ils ont eu juste le temps d’entendre
la présidente Francine Caron articuler quelques mots : « Il n’y
a lieu à poursuivre contre quiconque. » Il n’y aura pas de procès. »
p.47 : « Une fois
passées les banalités d’usage sur l’unité du corps, il n’est pas un magistrat
qui ne mette en cause le fonctionnement ou l’attitude de ses collègues.
Toujours à demi-mot et sous le sceau du secret. On s’étripe ainsi entre
syndicats de gauche et de droite, tribunaux et cours d’appel, parquet et
magistrat du siège, fonctionnaires de l’administration centrale et juges de
terrain, hiérarques et sans-grades, toulousains, bretons et niçois, piétaille
anonyme et vedettes médiatisées. Il n’y a pas un corporatisme judiciaire mais
des dizaines de corporatismes agrégés que chaque magistrat épouse au gré de sa
carrière. Par malheur, ces rivalités feutrées virent parfois au règlement de
comptes dont le justiciable fait toujours les frais. Les victimes du sang
contaminé l’ont appris à leur dépens depuis des années, alors que Jean-Claude
Bonnal et son complice ont découvert que certains dysfonctionnements pouvaient
miraculeusement ouvrir la porte des prisons. »
p.69 :« De hauts
magistrats qui, pour régler des querelles intestines, lâchent dans la nature
des fous de la gâchette multirécidivistes. D’autres qui bâclent des arrêts
d’une importance capitale, prolongeant ainsi le calvaire judiciaire de
centaines de victimes. Les scandales qui secouent la justice française depuis
deux ans n’ont rien d’innocent. Derrière une institution qu’on savait à bout de
souffle, ils révèlent aujourd’hui l’usure, la faillite ou la gangrène de ses
membres. »
p.89 : « Ici, comme dans beaucoup de
tribunaux, on se réfugie derrière la routine sclérosée, les petites connivences
locales entre le parquet, le siège et le barreau. »
p.107 : « Où l’on s’aperçoit que si la justice
française est au bord du dépôt de bilan, la responsabilité de cette catastrophe
est partagée entre le pouvoir politique et les magistrats eux-mêmes. »
p.131 : « Le fossile
résiste à toutes les tentatives de réforme qui suscitent immanquablement la
mobilisation de toutes les robes dans les mille deux cents juridictions. Pour
comprendre ce mystère, il faut pénétrer plus avant dans les méandres du
corporatisme des magistrats. Et comprendre d’abord que les petits privilégiés
du système n’ont aucune envie de renoncer à leur planque. »
p.137 : « L’argent
confié aux mains des magistrats ne fait pas automatiquement le bonheur du
justiciable. »
p.137 : « Il ne se
passe pas d’année sans que les commissions des finances du Parlement ou la Cour
des comptes ne se lamentent : « Que les juges jugent et qu’ils
ne prétendent pas administrer ! Ce n’est pas leur métier, en tant que
gestionnaires ils sont incompétents. » Mais les juges restent sourds à ces
adjurations. »
p.138 : « Quand on
rétorque aux magistrats qu’il ne s’agit pas de décider à leur place mais de les
aider à avoir une gestion plus rationnelle et moins dispendieuse des crédits
publics, le discours sur l’indépendance se fait plus agressif et le rappel au
dogme légèrement paranoïaque. »
p.144 : « L’informatique
pénitentiaire végétera dans les vingt établissements où elle est installée. La
« chaîne pénale » ne franchira pas les frontières de la région
parisienne. La « chaîne civile »
est purement et simplement abandonnée. De plus , une information judiciaire est
ouverte pour vérifier dans quelles conditions ces marchés désastreux ont été
passés. Comme les magistrats ne sont jamais pressés de juger l’un des leurs,
l’instruction est toujours en cours. Et lorsqu’un magistrat reproche aux hommes
politiques de vouloir enterrer une affaire de détournement compromettant un
élu, il se trouve toujours un parlementaire pour rappeler aux gens de robe que
l’instruction du scandale de l’informatique n’a toujours pas progressé depuis
dix ans ! »
p.149 : « A confondre
systématiquement indépendance et splendide isolement, les magistrats
s’enfoncent dans un cercle pervers. On refuse toute intervention extérieure dans
la gestion de l’organisation judiciaire par défiance envers le pouvoir
politique, mais l’autogestion des magistrats ne fait qu’aggraver l’état de
délabrement qui vient justifier en retour la défiance. Voilà qui risque de
ruiner rapidement le corporatisme sur lequel campent les magistrats français.
Car derrière l’alibi d’une indépendance accommodée à toutes les sauces, les
juges se comportent de fait en propriétaires de la justice. »
p.153 : « Où l’on
raconte comment sept péchés capitaux piègent le comportement quotidien des
magistrats, ruinent leur prétention à l’indépendance et transforment parfois la
justice en une sinistre mascarade. »
p.155 : « Ils ne
recherchent pas l’affrontement avec les puissants et réservent leur pugnacité
pour traquer, démasquer les petits délinquants. Si une affaire sensible leur
échoit, ils ne tremblent pas d’excitation mais de crainte, s’empressent de
consulter leur hiérarchie , de sonder le pouvoir pour ne pas manquer aux actes,
aux décisions qui assureront leur tranquillité et leur carrière. »
p.156 : « La
magistrature française est remplie de procureurs dévoués à la grande cause de
l’enterrement des affaires, de juges d’instruction sensibles à la raison
d’Etat, de ces présidents de tribunal attentifs aux intérêts supérieurs et aux
intérêts des supérieurs. Dans cette noble institution, la docilité s’apprend
avec l’expérience et grâce à l’avancement : plus on y détient de
pouvoirs, plus on est sensible aux petits et aux grands problèmes du
pouvoir en place. »
p.162 : « Même
lorsque les faits sont limpides, les infractions évidentes, les responsables
parfaitement identifiés, les magistrats rechignent le plus souvent à importuner
des chefs d’entreprise ayant pignon sur rue. »
p.164 : « Il est
beaucoup plus aisé de poursuivre les petits délinquants que les notables,
beaucoup plus confortable de faire appliquer la loi quand, loin de heurter des
intérêts puissants, on se sent, au contraire, en parfaite communion avec
eux. »
p.168 : « On est
invité à déjeuner par le président du tribunal, raconte un magistrat. Au café,
le président s’enquiert du bon déroulement d’une de vos affaires et vous
signale qu’en haut lieu on s’intéresse beaucoup au sort de tel ou tel, on
verrait d’un bon œil une relaxe ou une condamnation. Et il ajoute que bien sûr
personne ne cherche à influencer votre décision ! Très souvent, le
magistrat proteste alors de son indépendance mais s’incline. Car c’est le
président qui vous note en fin d’année. »
Chaque magistrat est noté par son
supérieur. Comme à l’école, comme à l’armée. Et cette fiche d’évaluation
annuelle le suit pendant toute sa carrière et peut peser sur son avancement.»
p.170 : « Hiérarchie et notation
contribuent à répandre cette culture de la soumission dans les rangs de la
magistrature . De nombreux juges, même protégés par leur statut, préfèrent
satisfaire les demandes venues d’en haut pour ne pas risquer de compromettre
leurs projets professionnels. « Ce sont les appétits qui donnent la
trouille, résume le procureur Eric de Montgolfier. La crainte qu’ils ne soient
pas satisfaits. Il faudrait nous protéger aussi de nos petites
ambitions. »
p.170 : « On vous
demande un jugement clément pour le fils d’un notable. Vous refusez de plier.
Quelques mois plus tard, une loi d’amnistie, ou, mieux encore, une mesure de
grâce présidentielle efface la condamnation ou aménage la peine. »
p.170 : « On
comprend mieux pourquoi les juges français se montrent si sensibles aux
suggestions de la France d’en haut. »
p.176 : « Dans la
magistrature, le souci de l’avancement est une préoccupation précoce qui se mue
rapidement en obsession quotidienne.
Dès son premier stage, le jeune
auditeur de justice apprend de ses aînés un précepte fondamental que l’école ne
lui a pas enseigné : « Tout temps passé au travail est perdu pour la
carrière. » Boutade ? Pas le moins du monde. Le système d’avancement
est si compliqué que sa parfaite compréhension demande déjà quelques années
d’études. Sa mise en œuvre fait intervenir tellement d’interlocuteurs,
d’épreuves et de contre-épreuves, de détours byzantins et de processus pervers
qu’elle ne peut que mobiliser l’attention constante des malheureux candidats à
la promotion. Enfin, passer du stade de candidat à celui de lauréat,
c’est-à-dire user en virtuose des réseaux, choisir en stratège ses postes,
éviter les chausse-trapes, les placards, utiliser tous les tremplins suppose
toute une vie d’exercices.
Quelque soit la difficulté, il faut
bien tenter d’expliquer sommairement la chose puisqu’elle occupe la tête de
tous les magistrats et influe donc directement sur le sort du justiciable et de
notre malheureuse démocratie. »
p.177 : « Si les
grades et les groupes exercent une telle fascination sur nos juges, c’est que
derrière les galons se cache une réalité sonnante et trébuchante. »
p.178 : « Et
pourtant, dans la magistrature comme ailleurs, c’est l’argent plus que le
pouvoir qui alimente les ambitions. »
p.178 : « Le paradis
de la « hors hiérarchie » offre de sublimes perspectives au-delà des
sept mille euros. Un directeur de l’administration centrale peut prétendre à
dix mille euros mensuels. Et quatorze mille euros par mois récompensent celui
qui s’installe dans le fauteuil de premier président de la Cour de cassation.
Encore plus rares et encore plus convoitées, les faramineuses
rémunérations des postes internationaux. S’il a la chance de se voir détacher
auprès de l’ONU, de la Cour de justice européenne ou du Tribunal pénal
international, le magistrat français peut voir, pendant les quatre à cinq ans
de sa mission, son salaire multiplié par cinq et exonéré d’impôts ! »
p.188 : « Les juges gouvernent les
juges. Pour se faire distinguer dans ce corporatisme triomphant, il faut
cultiver les relations privilégiées, les réseaux occultes. « L’association
catholique des magistrats a toujours été très influente, raconte un fin
connaisseur du milieu. L’un de ses grands prêtres a été directeur de cabinet du
garde des Sceaux et procureur général de Paris. Aujourd’hui, il semble que les
différentes obédiences de la franc-maçonnerie soient très actives au ministère,
au CSM et dans les juridictions du sud de la France. Mais j’ai constaté que le
réseau homosexuel montait en puissance et constituait aussi un excellent parrainage. »
p.190 : « La
virtuosité consiste à sauter de tremplin en tremplin en passant le moins de
temps possible en juridiction, en accordant le minimum d’énergie au métier de
juge pour se concentrer sur l’avancement. Ces carrières-là font l’envie et l’admiration
de tous les magistrats. »
p.192 : « Pour
atteindre les sommets de la magistrature, là où les traitements sont
appétissants et le pouvoir considérable, rien ne sert de parfaire son droit, de
rendre de beaux jugements ou de traquer la vérité, résume un magistrat
aujourd’hui retraité. Fuyez les salles d’audience pour les cabinets où on se
fait des relations. Ne vous faites jamais oublier de la capitale. Brillez sans
jamais prendre le risque de choquer. Mesurez vos paroles, vos jugements à
l’aune des puissances qu’il s’agit de vous concilier. Abandonnez toute autre
préoccupation que celle d’avancer. » Que reste-t-il alors de la vocation
du juge et de son indépendance ? »
p.195 : « A côté des obsédés de
l’avancement, on trouve presque autant de juges en charentaises, virtuoses de
l’immobilisme, amateurs de temps libre, de vie tranquille et confortable. Pour
tous ceux-là, la magistrature offre quelques avantages appréciables. Les
vacances judiciaires, à Noël, à Pâques et pendant l’été sont parfois plus
importantes que dans l’enseignement. »
p.197 : « Et
Tocqueville qui fut magistrat ne s’y trompait pas non
plus : « L’inamovibilité qui a été créée pour la garantie des
justiciables ne profite qu’aux juges contre les justiciables et l’inamovibilité
qui permet aux juges de monter sans pouvoir descendre est une inamovibilité
dangereuse. »
p.211 : « Il arrive
souvent que ces fonctionnaires en robe joignent la lâcheté à l’indifférence,
quittent leurs fonctions en laissant à leurs successeurs le soin d’instruire
les dossiers qui leur ont servi d’oreiller. »
p.213 : « A qui profitent donc les
« avantages résultant du service public de la justice » si ce n’est
aux magistrats eux-mêmes ? Comme dans bon nombre d’autres secteurs, les
supposés serviteurs du public se comportent en fait en propriétaires de l’institution. »
p.213 : « L’indépendance
statutaire, censée protéger le justiciable, sert d’alibi aux juges pour refuser
tout contrôle sur leurs dérives. »
p.213 : « L’autorité que
la Constitution accorde aux magistrats est utilisée pour impressionner le
citoyen et le dissuader de toute contestation. »
p.215 : « Dans la
magistrature, il est de bon ton aujourd’hui de se poser en victime, malmenée
par des crédits insuffisants, des réformes trop nombreuses, maltraitée par la
vindicte des politiques, les attaques fielleuses des avocats, les ragots des
médias. »
p.218 : « Encore
plus rares sont les procureurs qui prennent la peine de justifier leurs
décisions auprès des premiers concernés, les victimes des infractions qui
souvent ont, en portant plainte, témoigné de leur attente et de leur confiance
envers l’institution judiciaire. »
p.222 : « Dès que la
loi laisse aux magistrats une trop grande marge de manœuvre, que la procédure
n’encadre plus rigoureusement leurs actes, que les décisions se prennent à
l’abri du public et des médias, la volonté de puissance risque de faire des
ravages. Et les dérapages sont beaucoup plus fréquents quand les justiciables
n’ont ni la force ni les moyens de contester les décisions des juges.
p. 223 : « Derrière
chaque décision, bonne ou mauvaise, d’un juge pour enfants, d’un magistrat aux
affaires familiales, il y a cette conviction qu’un fonctionnaire en robe peut
en quelques minutes, dans le cadre abstrait d’un cabinet, tout comprendre de
l’histoire d’une famille, des tensions, des drames, des secrets qui s’y nouent.
Aucun rapport sérieux n’a été
commandé pour juger la réalité de cette étrange conviction, pour évaluer
l’efficacité de la justice familiale. Depuis des années, magistrats et services
sociaux s’entretiennent dans l’autosatisfaction réciproque. Pourtant, de plus
en plus d’associations, d’avocats, de médecins, de psychanalystes contestent
ouvertement la toute-puissance des magistrats. »
p.227 : « Pourquoi
ce défaut de prudence, cette précipitation à faire acte d’autorité ?
Pourquoi cette fuite devant le débat, ce goût du secret, ces certitudes
hautaines qui caractérisent nombre de magistrats ? »
p.227 : « Ils
existent malheureusement, ces parvenus du pouvoir que ni l’âge ni l’expérience
ne sont venus corriger. Il suffit de parcourir la France au hasard des
audiences pour rencontrer ces magistrats qui abusent de la liberté que leur
concède le Code de procédure pour régner sur les débats en despotes mal
éclairés. Ici, on interdit aux victimes de dire deux mots. Là, on interrompt
les plaidoiries pour gagner du temps. »
p.229 : « Etre jugé
en fonction des humeurs, des caprices ou de l’obsession de pouvoir d’un
magistrat, voilà – plus encore que la relative dépendance des juges – le vrai
cauchemar du justiciable. Etre confronté à un juge qui tente d’asseoir son
autorité sur le refus d’écouter, l’ironie condescendante ou l’idée qu’il se
fait de son propre statut, voilà qui discrédite la justice plus sûrement qu’une
erreur judiciaire. Trop de magistrats déduisent sommairement de la
« souveraineté » de la justice, garantie par la Constitution, la
possibilité pour eux-mêmes de se comporter en monarques absolus. D’où ces ordonnances
sans motivations, ces jugements totalement divergents sur les mêmes affaires,
d’un tribunal à l’autre, ces arrêts lapidaires de cours d’appel qui en quatre
lignes confirment la décision de première instance sans prendre la peine de
répondre aux conclusions des avocats. »
p.232 : « Le
corporatisme des magistrats ne se limite pas à cet enfermement, ce refus du
regard extérieur. Depuis deux ans, il ne perd plus aucune occasion de s’exposer
publiquement en de substantielles manifestations de force. »
p.232 : « Lorsque le
procureur de Nice, Eric de Montgolfier, déclenche une procédure contre le juge
Renard qui détournait le fichier du casier judiciaire pour le compte de sa loge
maçonnique, tout le tribunal de Nice manifeste sa désapprobation sur les
marches du Palais. Et en 2001, par deux fois, les magistrats se paient le luxe
de manifester place Vendôme, sous les fenêtres de leur ministre, comme la plus
banale des professions en colère.
Pourtant, les magistrats refusent
d’y voir un quelconque corporatisme et s’indignent presque lorsqu’on prononce
le mot. »
p.235 : « La
promiscuité forcée des vingt-quatre mois finit par un mariage dès l’Ecole ou
peu de mois après. Ce qui explique pourquoi la profession de magistrats est, en
France, la plus endogamique : plus de trente pour cent se marient entre
eux. »
p.245 : « Le
sentiment de supériorité de la caste s’étend, par-delà l’avocat, au justiciable
qu’il représente. »
p.246 : « Le mépris
pour le justiciable ne se borne pas au « présumé coupable ». Il
concerne tout autant la victime ou sa famille qu’on écarte des débats, qu’on
préfèrerait voir se taire. »
p.247 : « Lorsqu’ils
siègent en audience civile, les magistrats n’ont d’ailleurs rien perdu de leur
complexe de supériorité. Bien au contraire : les plaideurs viennent réclamer
de l’argent tandis que les juges font du droit. Aux uns les triviales
motivations matérielles, aux autres la pureté des considérations
générales. »
p.247 : « Il faut
lire certains jugements pour découvrir pleinement l’autosatisfaction des
magistrats et la pédanterie verbeuse derrière laquelle se cache le mépris du
justiciable. »
p.249 : « Seule la
longueur des arrêts a évolué. Submergée de travail, la Cour de cassation fait
maintenant dans le style lapidaire. Ses magistrats rejettent à la chaîne les
pourvois en se contentant d’invoquer « l’appréciation souveraine du juge
de fond ». Lequel juge souverain a auparavant « confirmé en toutes
ses dispositions le jugement, en adoptant les excellentes motivations des
premiers juges et sans qu’il soit besoin d’y revenir ». Quant à ces
excellentes motivations, elles ont simplement consisté à écarter les offres de
preuve du plaideur au seul motif qu’elles étaient « insuffisamment
établies. »
Rhétorique ronflante ou pirouettes expéditives,
l’objectif est toujours le même : signifier au justiciable qu’une matière
aussi noble que le droit lui échappe, le dissuader de contester le pouvoir du
magistrat. Ainsi, les juges règnent-ils seuls en leur Palais. Ils ont proscrit
toute concurrence, affirmé que la justice est leur attribut exclusif. A eux le
monopole de l’objectivité et de l’intérêt général. A eux de déterminer ce qui
est bon pour le justiciable, bon pour l’intérêt supérieur de la justice. Ce
savoir supérieur, ils ne le tiennent que d’eux-mêmes puisqu’ils se sont formés
au seul contact d’autres juges. Ils ont bâti autour de leurs dogmes une
véritable religion avec ses costumes, ses titres, ses rituels, ses cérémonies,
son langage codé inaccessible au commun des mortels. Ce n’est déjà plus une
caste. C’est presque une secte. »
p.251 : « Les juges
préfèrent rester entre eux. Eviter tout contrôle extérieur, tout regard
indiscret, toute publicité gênante. Ils invoquent les nécessités impérieuses de
l’indépendance. Les grands principes ont le dos large. Il s’agit en fait de
protéger les intérêts de la caste et son image. Il est des vérités qui ne sont
pas bonnes à dire, des informations qui ne doivent pas transpirer sous peine de
susciter des questions embarrassantes. Les justiciables ne doivent pas se
douter qu’à côté des tribunaux d’instance et de grande instance, des
trente-trois cours d’appel et de la Cour de cassation, il en existe une autre
beaucoup moins recommandable. Une cour des miracles qui recense les magistrats
alcooliques, dépressifs, violents, paranoïaques, pervers, corrompus, délirants
ou déviants. Des malades, parfois des repris de justice, qui, aux quatre coins
de la France, continuent à juger. »
p.254 : « Il faut
vraiment une accumulation de dérapages en tout genre pour que la chancellerie
se décide à réagir. »
p.254 : « Il arrive
souvent que l’état de délabrement mental soit particulièrement avancé avant que
le corps judiciaire sorte de son silence et que l’administration centrale
consente à agir. »
p.255 : « Les robes
des magistrats cachent parfois des névroses plus discrètes mais tout aussi
inquiétantes sur l’état mental de ceux qui nous jugent. »
p.258 : « Ces cas
d’égarement – du moins, ceux qui parviennent à briser la loi du silence – sont
suffisamment nombreux pour qu’on s’interroge. Les magistrats sont-ils
prédisposés aux troubles du comportement, à la maladie mentale ? Le port
de la robe prépare-t-il à celui de la camisole ? »
p.262 : « Et même si
vous ne fréquentez pas de repris de justice, il se crée avec les avocats, les
notables, les personnalités locales une familiarité qui ne peut qu’alimenter au
mieux les soupçons, au pire les tentations de corruption ou de trafic
d’influence. »
p.262 : « Combien y
a-t-il de ces tribunaux de province dont l’atmosphère est empoisonnée par les
connivences nées d’une trop longue habitude ? »
p.265 : « Les
magistrats ont du mal à admettre les dérapages de certains de leurs collègues.
Ils s’empressent de trouver des explications qui se veulent des excuses :
le stress, l’accumulation du travail, l’imprudence ou la naïveté. Mais il est
une catégorie de bras cassés pour lesquels les arguments s’épuisent. Les
visages se ferment devant l’insupportable abus d’autorité. »
p.267 : « L’assurance
de l’impunité. »
p.268 : « La magistrature
ne se sépare pas de ses incapables, de ses malades, de ses déviants. Même de
ceux qui ont profondément choqué le justiciable et compromis l’image de la
justice. »
p.268 : « Même le
magistrat condamné pour agressions sexuelles sur des mineurs n’a pas été
révoqué de la magistrature mais simplement renvoyé chez lui avec une
confortable pension de retraite. Comme si un magistrat ne pouvait, malgré ses
turpitudes, que demeurer magistrat.
Il ne faut pas s’étonner de cette
mansuétude. Les sanctions disciplinaires sont prononcées par un Conseil
supérieur de la magistrature où les magistrats sont, on l’a vu, majoritaires.
Les juges y jugent les juges, et les procureurs, les procureurs. On reste
prudemment entre soi. »
p.270 : « Même les
magistrats impliqués dans le gigantesque fiasco de l’informatique judiciaire et
poursuivis pour des dizaines de millions d’euros partis en fumée ne semblent
pas être vraiment inquiétés. L’instruction, en cours depuis douze ans, ne donne
plus signe de vie. Est-ce là le sort commun des justiciables ? »
p.270 : « La loi
prévoit que l’Etat, et seul l’Etat, peut se retourner contre le magistrat qui a
commis une faute personnelle. Mais l’Etat, bon prince, ne le fait jamais.
Poursuites abandonnées, peines
minimales, sanctions disciplinaires dérisoires, responsabilité personnelle
jamais engagée : les juges français semblent bénéficier d’une protection
très particulière qui ne peut que leur donner un dangereux sentiment
d’impunité. »
p.271 : « On voudrait
bien croire à l’image autoproclamée d’une magistrature intègre, performante,
au-dessus de tout soupçon. Malheureusement, les chiffres cités à l’appui de la
démonstration n’ont aucun sens. »
p.271 : « Si vous
vous heurtez au comportement aberrant d’un juge, à son animosité injustifiée, à
sa négligence ou à ses incompétences répétées, inutile de vous plaindre au CSM.
Il ne vous répondra même pas. L’organisme qui surveille les magistrats n’a
aucune relation avec les justiciables. »
p.272 : « Et on retrouve
place Vendôme tous les réseaux d’influence – syndicaux, catholiques, juifs,
francs-maçons ou homosexuels – qui peuvent décider d’enterrer le dossier. Dans
d’autres cas, le ministre et son cabinet préfèrent trouver une solution
discrète et négociée avec l’intéressé, plutôt que de saisir le CSM. »
p.272 : « Cela évite
les grands déballages de linge sale qui terniraient l’image de la
profession. »
p.275 : « J’ai
sous-estimé le corporatisme des magistrats », reconnaît Eric de
Montgolfier . »
p.276 « Elle a proposé la
création d’une commission nationale chargée d’examiner les plaintes de tous les
justiciables et de retenir toutes celles qui pourraient déboucher sur des
poursuites disciplinaires. Le projet a suscité la levée de boucliers en masse
des magistrats. Même le Conseil supérieur de la magistrature a pris sa plus
belle plume pour dénoncer cette folle initiative. Donner ne serait-ce que la
parole au justiciable, c’est ouvrir la boîte de Pandore, permettre à chaque
plaideur débouté de donner libre cours à son ressentiment, remettre en question
le respect et l’autorité dus à la justice, rendre impossible le travail
difficile des magistrats en les menaçant de représailles à la moindre
erreur. »
p.277 : « On ne voit
pas pourquoi ces hommes et ces femmes qui ont le pouvoir de condamner quelqu’un
pour la moindre faute d’imprudence refuseraient qu’on examine leur propre
responsabilité quand ils en commettent. »
p.278 : « La faute
d’un juge, non sanctionnée, ne peut que ruiner la foi en la justice. »
p.281 : « A l’instar
de ces professions en péril, les magistrats risquent aujourd’hui de ruiner
l’institution qu’ils prétendent défendre. »
p.281 : « L’imposture
commence quand les magistrats veulent faire passer leurs propres errements,
l’ambiguïté de leur situation, de leurs motivations ou de leurs ambitions pour
l’expression de la justice. Et cette imposture éclate au grand jour quand ils
refusent de débattre de leurs comportements, de leurs dérives, de leur
responsabilité. »
de la Brunetière
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
p.85 : « … Quel autre
éditeur va oser demain prolonger ou compléter son travail ? Instruit par
l’expérience de ces procès à répétition, qui va prendre le risque de financer
des enquêtes qui pourtant s’imposent tant sont vaste ce champ de corruption et
divers les dossiers qu’il serait significatif de remettre à plat ?
Peut-on compter sur la
justice officielle pour remplir cet office ? Il faudrait être naïf. Il y a
si longtemps déjà qu’elle ferme les yeux. On pourrait presque compter en
siècles et, à coup sûr, en décennies. … »
p. 86 : « … Il faut
donc bien que le citoyen conserve d’autres sources d’information et impose de
l’extérieur les régulations que l’Etat se révèle incapable d’assurer. … »
p. 154 : « … Car
les juges sont des hommes comme les autres, soucieux de leur carrière,
attentifs aux honneurs, attachés aux décorations. Ils n’instruisent ni ne
sanctionnent à l’abri de l’air du temps. Ils savent deviner les souhaits de la
chancellerie. Il n’est de pire zèle que celui qu’on s’impose ainsi, librement,
afin de flatter les responsables de son avenir professionnel. … »
p.
156 : « … En matière de démagogie, Michel Charasse n’a de leçon à
recevoir de personne, il lui arrive pourtant d’énoncer, sous une forme
outrancière, quelques vérités. Ainsi, dans une diatribe contre la magistrature
prononcée à la tribune du Sénat, s’est-il écrié : « C’est gratuité
ou tarif réduit pour les gens de la maison car, contrairement à tous, les
magistrats jugent tout le monde mais se jugent entre eux. Comme les maffieux. … »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
sursis et amendes requis contre
trois avocats
LYON, 27 sept 2007 (AFP) - Des
peines de six mois à deux ans de prison avec sursis et 5.000 à 20.OOO euros
d'amende ont été requis jeudi en correctionnelle à Lyon contre trois avocats
niçois poursuivis pour malversations financières au profit du sulfureux financier
franco-libanais Antony Tannouri.
Au
2e jour du procès, qui se termine vendredi, le procureur de la République
Jean-Pierre Dages-Desgranges a dénoncé lors de son réquisitoire "les
pratiques totalement contraires à la déontologie du barreau et à la loi
pénale" des prévenus, présents à l'audience.
Il a requis deux ans de prison avec
sursis, 20.000 euros d'amende et deux ans d'interdiction professionnelle contre
Me Michel Cardix, poursuivi pour "complicité d'organisation
d'insolvabilité et blanchiment". Ce dernier motif n'a pas été retenu par
le ministère public.
Contre ses confrères niçois Me
François Charrières et Me Lyne Darmon, poursuivis pour "complicité
d'organisation d'insolvabilité", et un avocat libanais, Me Samir Maalouf,
le procureur a demandé 6 à 18 mois d'emprisonnement avec sursis, ainsi que des
peines d'amende de 5.000 à 15.000 euros.
Trois
ans d'emprisonnement, 40.000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction des droits
civils, civiques et familiaux ont enfin été requis contre M. Tannouri, en fuite
au Liban et poursuivi pour "escroquerie, recel d'escroquerie et
organisation insolvabilité".
Les quatre avocats avaient été
renvoyés en correctionnelle en mai 2006 après cinq années d'instruction.
Le procès de cette affaire qui
avait défrayé le microcosme judiciaire niçois a été dépaysé à Lyon. En décembre
2001, Me Cardix, alors ténor du barreau niçois et futur bâtonnier, avait été
mis en examen.
Avocat d'Antony Tannouri, en fuite
depuis 1998 et recherché pour faillites frauduleuses, Me Cardix est accusé
d'avoir aidé Tannouri à racheter la luxueuse villa que l'homme d'affaires
possédait sur la Côte d'Azur et qui avait été vendue par adjudication en 1996.
Selon d'accusation, 5,34
millions d'euros appartenant à M. Tannouri auraient transité sous un faux nom
sur le compte professionnel de Me Cardix, échappant ainsi aux poursuites des
créanciers du financier franco-libanais.
L'affaire avait éclaté en pleine
"guerre des clans" au sein de la justice niçoise.
Me Cardix avait notamment assuré la
défense du juge Jean-Paul Renard, Mis en examen dans une enquête lancée par le
procureur Eric de Montgolfier sur des délits présumés au profit de sa loge
maçonnique.
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6 à 15 mois
de prison avec sursis pour les avocats Niçois
LYON, 10
jan 2008 (AFP) - Trois avocats niçois, poursuivis pour malversations
financières au profit du sulfureux financier franco-libanais Antony Tannouri,
ont été condamnés jeudi par le tribunal correctionnel de Lyon à des peines
allant de six à quinze mois de prison avec sursis.
Ils devront
également s'acquitter d'amendes comprises entre 5.000 à 20.000 euros.
Me Michel
Cardix a été reconnu coupable de "complicité d'organisation
d'insolvabilité" et condamné à 15 mois de prison avec sursis et 20.000
euros d'amende. Aucune interdiction professionnelle n'a été retenue à son
encontre, contrairement aux réquisitions.
Ses deux confères niçois, Me François
Charrières et Me Lyne Darmon, ont été condamnés respectivement à 12 mois de
prison avec sursis et 20.000 euros d'amende, et 6 mois de prison avec sursis et
5.000 euros d'amende.
M. Tannouri, en fuite au Liban depuis
1998 et poursuivi pour "escroquerie, recel d'escroquerie et organisation
d'insolvabilité", a été condamné pour sa part à cinq ans d'emprisonnement
et 150.000 euros d'amende, assortie de cinq ans d'interdiction des droits
civils, civiques et familiaux. Un mandat d'arrêt a été lancé contre lui.
Me Samir Maalouf, un avocat libanais
également poursuivi devant le tribunal, a écopé de 12 mois de prison avec
sursis et 15.000 euros d'amende.
A la sortie de l'audience, M. Cardix,
visiblement ému, a annoncé qu'il ferait appel de se condamnation.
Interrogé par l'AFP, Me Matagrin,
avocat de M. Maalouf, a répondu "à titre personnel" que "tous
les condamnés devraient faire appel".
"C'est un peu fumeux comme
dossier", car "personne n'est clair", a-t-il déclaré, dénonçant
"notamment les montants exorbitants des dommages-intérêts accordés aux
parties civiles".
Les condamnés ont en effet été
condamnés solidairement à verser plus de 957.000 euros à la Société de gestion
et de recouvrement, et 60.000 euros au Trésor public.
Les quatre avocats avaient été renvoyés
en correctionnelle en mai 2006 après cinq années d'instruction. Le procès de
cette affaire, qui avait défrayé le microcosme judiciaire niçois, avait été
dépaysé à Lyon.
Avocat d'Antony Tannouri, recherché
pour faillites frauduleuses, Me Cardix était accusé de l'avoir aidé à racheter
la luxueuse villa que l’homme d'affaires possédait sur la Côte d'Azur et qui
avait été vendue par adjudication en 1996.
Selon l'accusation, 5,34 millions
d'euros appartenant à M. Tannouri auraient transité sous un faux nom sur le
compte professionnel de Me Cardix, échappant ainsi aux poursuites des
créanciers du financier franco-libanais.
de la Brunetière
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Huissier condamné
METZ, 28 juin 2007
(AFP). Un huissier de Justice, qui avait escroqué en quatre ans 340.000 euros à
ses clients, a été condamné à 36 mois de prison, dont six fermes, jeudi par le
tribunal correctionnel de Metz.
Me Antoine Barda a en
outre été condamné à payer un euro symbolique de dommages et intérêts à la
Chambre des huissiers de Justice de la Moselle et à provisionner 55.000 euros
pour rembourser partiellement ses victimes.
A
l'audience début juin, l'huissier, marié à une contrôleuse des impôts, avait
expliqué qu'il avait englouti l'argent de ses clients "dans sa vie quotidienne,
la vie de son couple et les charges de son étude". "Cela fait 85.000
euros par an. Quelle vie fastueuse! ", avait tonné le procureur de Metz,
Joël Guitton, qui a qualifié le prévenu de "traître" à sa profession
avant de requérir quatre ans fermes.
Comparaissant pour abus de confiance,
faux, usage de faux et faux en écriture publique après six mois de détention
provisoire, Me Barda a depuis été déclaré insolvable.
Plaidant pour la Chambre nationale des
huissiers qui s'était porté partie civile après avoir remboursé la plus grande
partie des victimes, Me Bertrand Becker avait stigmatisé un
"voleur" et un "voyou".
Il a trahi ses confrères et trahi la
robe qu'il portait. Que vont dire les justiciables lorsqu'ils auront un
huissier à leur porte?", s'était-il interrogé. La défense avait plaidé que
le prévenu avait repris une étude "en pleine déconfiture".
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avocate nationaliste Marie-Hélène Mattei écrouée
BASTIA, 22 juil 2007 (AFP) -
L'ancienne avocate nationaliste Marie-Hélène Mattei, compagne d'un chef du
FLNC, François Santoni, assassiné en 2001, a été écrouée jeudi à la maison
d'arrêt de Borgo (Haute-Corse) pour purger une peine de 3 ans pour
"complicité de tentative d'extorsion de fonds", a-t-on appris auprès
de son avocat Me Patrick Maisonneuve.
Le Parquet général de Bastia a
demandé l'application d'une condamnation à trois ans de prison dont un avec
sursis, prononcée en 2001 à l'encontre de Mme Mattei par la Cour d'Appel de
Paris, a annoncé dimanche son défenseur.
En 2002, la Cour de Cassation avait
définitivement rejeté le pourvoi de l'ancienne compagne de François Santoni.
Celui-ci, figure du nationalisme corse, ancien secrétaire national d'A Cuncolta
Naziunalista, la "vitrine légale" du FLNC-Canal historique, fondateur
présumé du mouvement clandestin dissident Armata Corsa, avait été assassiné par
des inconnus en août 2001.
En 2006, la Cour européenne des
Droits de l'Homme avait estimé que la Cour d'Appel, "dans son arrêt
concernant Mme Mattei, avait clairement violé l'article 6 de la convention
européenne des Droits de l'Homme qui garantit à chacun un procès
équitable", a déclaré à l'AFP M. Maisonneuve. "La cour d'appel avait
procédé à une requalification des charges durant les délibérés, Mme Mattei
devenant sans que nous puissions le savoir, complice plutôt qu'auteur
principal, ce qui compliquait la préparation de sa défense", a précisé
l'avocat.
Mme Mattei avait été condamnée en
première instance en 2000 à quatre ans de prison pour "tentative
d'extorsion et infractions en relation avec une entreprise terroriste" au
préjudice de l'ancien PDG du golf de Sperone, près de Bonifacio (Corse-du-Sud).
Me Maisonneuve a annoncé à l'AFP
qu'il avait écrit vendredi au Garde des Sceaux Rachida Dati. "Même si
l'appréciation de Cour européenne n'est pas de nature à infirmer la décision de
la Cour d'Appel, elle met tout de même en évidence une violation du principe de
procès équitable. La moindre des choses serait donc de reexaminer la
situation", a-t-il déclaré.
Commentaires
05-09-2007 13:35
Amicalement corse.
Qui
se souvient que l'on a chuchoté à l'époque ( mais qui oserait parler fort en
corse )que la dite avocate, maîtresse en titre de Santoni avait séduit le
"meilleur ami" de celui-ci, Charles Pieri patron redouté de la
branche bastiaise des "nationalistes-mafieux". Santoni avait alors
juré (trop fort et trop vite) de faire la peau d'un si "précieux
ami". Mais Pieri, dans la grande tradition néo-mafieuse avait pris les
devants en décimant les uns après les autres les hommes de Santoni d'abord,
puis Santoni lui-même alors qu'il regagnait sa voiture seul après une fête de
mariage. Point de politique là dedans, rien que la logique mortifère de la
vendetta mafieuse.
L'avocate, dûment consommée puis
rapidement abandonnée en considération sans doute de sa haute dignité et de sa
grande fiabilité morale, fut donc, si la rumeur est exacte, la cause bien
prosaïque d'une hécatombe de "militants" évidemment tous plus
nationalistes les uns que les autres.
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Huissier condamné à 2 ans
GRENOBLE, 6 juil 2007 (AFP) - Un
huissier de justice grenoblois poursuivi pour abus de confiance aggravé,
escroquerie et complicité de faux en écriture, a été condamné vendredi en
correctionnelle à 5 ans de prison dont 3 ans avec sursis puis écroué.
Le tribunal de Grenoble l'a condamné en
outre à 100.000 euros d'amende et déchu de ses droits civiques, civils et de
famille pour 5 ans. Il devra verser un euro de dommages et intérêts à la
chambre départementale des huissiers et 30.000 euros de préjudice subi par la
société départementale de l'habitat (SDH), l'un de ses clients escroqué.
Me René Espenon, 56 ans, était
poursuivi pour avoir détourné en 9 ans environ 330.000 euros par petites
surfacturations d'actes et rétentions de petites sommes indues allant jusqu'à 2
centimes.
Il avait également inventé des frais
hors barème d'huissier et versé sur son compte personnel un chèque de 77.800
francs (11.860 euros) adressé à son étude dans le cadre d'une liquidation.
Le procureur de la République avait
requis 5 ans de prison avec mandat de dépôt et 400.000 euros d'amende, 5 ans
d'interdiction de droits civiques civils et de famille et l'interdiction de
toute fonction publique. Il avait dénoncé son "comportement délibéré pour
assurer son train de vie et rembourser un surendettement disproportionné par
rapport aux revenus de l'étude".
Son épouse, qui s'occupait de la
comptabilité, poursuivie pour complicité, a été condamnée à six mois de prison
avec sursis.
Le procureur avait requis 3 ans de
prison avec sursis et 20.000 euros d'amende. Elle devra payer solidairement
avec son époux les 30.000 euros escroqués à la SDH.
Me Espenon avait été mis en examen en
avril 2003 et laissé en liberté sous caution de 450.000 euros, après les
plaintes de trois clients. L'huissier venait de Bourges et avait acheté en 1994
la plus grosse étude de Grenoble. Il s'était endetté à hauteur de 11 millions
de francs (1,67 million d'euros). Surendetté et aux abois, il avait essayé par
tous les moyens de se renflouer.
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de la Brunetière
Ancien substitut général à la cour d'appel de Versailles
Michel Joubrel condamné à huit mois
TOURS (AP) - Le principal accusé
dans le procès d'un réseau d'images pédophiles, Michel Joubrel, ancien
substitut général à la cour d'appel de Versailles, ex-membre du Conseil
supérieur de la magistrature et ancien dirigeant de l'Union syndicale des
magistrats, a été condamné mardi à huit mois de prison avec sursis et 1.000
euros d'amende.
Agé de 52 ans, ce père de deux enfants
est accusé d'avoir détenu 11.591 photos ou vidéos à caractère pornographique
sur son ordinateur, dont 7.236 mettant en scène des enfants.
Certaines de ces images ont été
envoyées à un autre amateur rencontré par Internet.
Un informaticien âgé de 38 ans, déjà
condamné dans une autre affaire du même type, a été condamné à 16 mois de
prison ferme et un sans-emploi âgé de 32 ans, également récidiviste, a été
condamné à huit mois de prison ferme.
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L'
avocat Jean Michel Mariaggi déféré devant un juge d'instruction pour complicité
de banqueroute
AJACCIO, 9 avr 2008 (AFP) - Me
Jean-Michel Mariaggi, un avocat du barreau d'Ajaccio en garde à vue depuis
mardi matin dans une affaire de banqueroute, va être déféré devant un juge
d'instruction mercredi après-midi, a indiqué à l'AFP le procureur de la
République à Ajaccio José Thorel.
Un
notaire condamné à deux ans ferme pour détournement de biens
MARSEILLE, 17 mars 2008 (AFP) - Un
notaire marseillais a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de
Marseille à deux ans de prison ferme et 50.000 euros d'amende pour avoir
détourné plus de 48.000 euros de bons au porteur.
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l'avocat parisien Francis Terquem condamné pour
escroquerie
PARIS, 6
nov 2007 (AFP) - La cour d'appel de Paris a interdit à l'avocat parisien
Francis Terquem d'exercer sa profession durant deux ans, suite à sa
condamnation à 18 mois de prison avec sursis dans un dossier pénal, a-t-on appris
mardi de source judiciaire.
Dans un arrêt rendu le 27 septembre, la
1ère chambre de la cour d'appel a prononcé contre Me Terquem "la sanction
de l'interdiction temporaire de l'exercice de sa profession d'avocat pendant
deux ans". Cette mesure de suspension, qui avait été décidée
en première instance par le conseil disciplinaire de l'Ordre des avocats,
devient maintenant définitive.
Le 5 avril 2006, la Cour de cassation
avait rejeté le pourvoi en cassation formé par Me Terquem, rendant définitive sa
condamnation à 18 mois avec sursis et 10.000 euros d'amende dans un dossier lié
à la banqueroute de la Compagnie Papetière de l'Essonne.
En appel, Me Terquem avait été déclaré
coupable d'"escroquerie au jugement", c'est-à-dire de manœuvres
susceptibles de tromper le tribunal.
Le 26 avril dernier, Francis Terquem
avait en outre été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 2.000
euros d'amende pour des violences sur son épouse.
Fondateur, avec le socialiste Julien
Dray, de SOS-Racisme, Francis Terquem est actuellement l'avocat de casinotiers
qui ont déposé plainte pour favoritisme dans un dossier dans lequel apparaît le
secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte.
Ils le soupçonnent d'avoir proposé son
entregent auprès de Nicolas Sarkozy contre des parts dans l'établissement.
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Jean-Paul Renard condamné à 5 000 euros
Jean-Paul Renard était poursuivi
pour « faux, usage de faux et violation du secret professionnel » pour avoir
transmis des informations confidentielles à la Grande loge nationale de France
(GLNF), l'obédience maçonnique à laquelle il appartenait.
La 17e chambre du Tribunal
correctionnel de Paris l'a condamné à 5 000 euros d'amende pour violation du
secret professionnel le 13 janvier 2006.
Le Conseil supérieur de la magistrature
(CSM) a prononcé à l'encontre de Jean-Paul Renard, le 29 octobre 2004, la
sanction de la mise à la retraite d’office prévue par l’article 45-6 de
l’ordonnance du 22 décembre 1958.
Le CSM dans sa décision relève à
l'encontre de M. Renard des "violations graves et répétées aux obligations
de prudence, de diligence, de neutralité, de loyauté et de rigueur
professionnelle révélées à l’examen des sept griefs retenus, toutes contraires
à l’honneur et à la considération et ayant porté atteinte à l’autorité de la
justice".
Selon le CSM l'ancien juge "a
perdu les repères éthiques indispensables à l’exercice des fonctions de
magistrat en même temps que tout crédit juridictionnel à l’égard des
auxiliaires de justice et des justiciables".
M. Renard a formé un recours devant le
Conseil d'État qui a confirmé dans un arrêt du 15 mars 2006 la sanction
prononcée par le CSM.
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Quinze à vingt-quatre mois de prison pour trois magistrats
La cour d'appel de Versailles a
confirmé, mercredi 24 septembre, la condamnation de trois anciens magistrats
(l'ancien président Pierre Bourdon et deux anciens juges consulaires, Bernard
Beretzki et René Touzet) du tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis)
ainsi que celle de l'administrateur judiciaire Dominique Schmitt, à des peines
allant de quinze à vingt-quatre mois de prison avec sursis.
Le tribunal de Nanterre les avait
condamnés en première instance pour « malversation » et « complicité » dans
l'exercice de leurs fonctions.
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Non-lieu pour le juge Jean Pierre Murciano
L'ex-maire de Cannes, Michèl
Mouillot, avait déposé plainte contre le magistrat à l'origine de son
incarcération en l'accusant de « trafic d'influence »
L'une après l'autre, tombent les
procédures à l'encontre du juge Jean-Pierre Murciano.
Admiré par certains, décrié et
détesté par une partie des milieux judiciaires, le turbulent magistrat
instruisit à Grasse de gros dossiers politico-financiers avant de se voir
cantonné à un rôle plus effacé.
De 1999 à l'an 2000, il avait fait
l'objet d'un renvoi devant le Conseil supérieur de la magistrature, d'une mise
en examen et d'une plainte.
Dans le premier cas, relatif à la
transmission à Bernard Tapie d'informations sur le Crédit Lyonnais, une
réprimande lui a été infligée par l'instance disciplinaire.
Elle a été annulée en septembre
2003 par le Conseil d'Etat. Jean-Pierre Murciano a également été poursuivi pour
« faux en écriture publique » dans l'affaire des poseurs de bombes des foyers
Sonacotra. Fin 2003, il a obtenu un non-lieu.
Depuis novembre 1999, il était
enfin visé par une plainte pour « trafic d'influence » déposée par Michel
Mouillot.
L'ancien maire de Cannes soutenait
que Jean-Pierre Murciano, à l'origine de son incarcération durant l'été 1996, «
n'avait pu mener en toute impartialité ses investigations ».
Plus précisément, le juge était
accusé d'avoir fait embaucher sa compagne par l'un des mis en examen, Nessim
Gaon, propriétaire de l'un des casinos cannois dont la direction est soupçonnée
d'avoir remis des enveloppes au maire de l'époque.
Dès le début, Jean-Pierre Murciano
avait démenti et dénoncé « une opération de déstabilisation visant à lui
retirer le dossier ».
Saisie en parallèle, la cour
d'appel d'Aix estimait le 6 septembre 2001 que « la preuve d'un trafic
d'influence n'était pas rapportée ».
Trois
ans plus tard, le juge parisien Jean-Louis Periés parvient à la même
conclusion. « Aucun élément, conclut-il, ne vient accréditer la thèse d'une
entente entre M. Murciano et Gaon, laissant présumer des faveurs réciproques ».
L'un et l'autre, qui possédaient le
statut de témoin assisté, bénéficient donc d'un non-lieu. Une satisfaction «
mitigée »
Jusqu'ici, Michel Mouillot n'a négligé
aucune voie de recours. Condamné en juin à Grasse à trois ans de prison et dans
l'attente à Nice d'un second procès, l'ancien golden boy de la Croisette
fera-t-il appel de l'ordonnance du juge parisien ? Ni lui ni son avocat
lyonnais, Me François Saint-Pierre, n'ont pu être joints hier.
A Grasse, Jean-Pierre Murciano
affichait une satisfaction « mitigée ». « Bien sûr, je suis content. Reste que
le but recherché a été atteint.
J'ai dû abandonner l'instruction du
dossier (N.D.L.R. : après dessaisissement par la cour de cassation) et me
défendre pendant cinq ans contre Michel Mouillot ».
« Selon une technique déjà utilisée,
ajoute son conseil, Me Patrick Rizzo, il s'agissait de discréditer un magistrat
qui fait son travail et d'entraver le fonctionnement de la justice ».
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de la Brunetière
Un juge mis en examen pour s’être masturbé en public
Jugé en mars 2005 pour ces faits,
le juge a bénéficié d’un non-lieu, après avoir été déclaré pénalement
irresponsable. Et alors que les experts médicaux ont diagnostiqué lors du
procès une pathologie lourde, rendant le magistrat "difficilement
réadaptable et encore moins dans son ancienne profession de magistrat".
C’est dans l’enceinte même du
palais de Justice d’Angoulême, au beau milieu d’une audience
correctionnelle, que l’un des trois juges qui siégeaient s’est masturbé en
public. Deux juges, assis à sa gauche, et le procureur ont assurés ne rien
avoir vu, mais une avocate, un journaliste, plus une femme dans le public ont
vu la scène pendant de longues minutes.
La justice s’est saisie de
l’affaire, la cour d’appel de Bordeaux alertée, et le garde des Sceaux informé
des faits.
Le juge a été placé en garde-à-vue
à la demande du Parquet qui a ouvert une information pour «exhibition
sexuelle». Mais le magistrat malgré les témoignages continu de nier les
faits.
Une expertise psychiatrique a été
effectuée mais pour quelles conséquences ? Le juge au comportement obscène a
été présenté au juge d’instruction, et mis en examen.
Il devait être laissé en liberté
sous contrôle judiciaire. Une procédure disciplinaire a déjà été engagée.
Dans un communiqué, la première
présidente de la cour d'appel de Bordeaux a indiqué avoir, en accord avec la
présidence du TGI d'Angoulême, saisi le ministre de la Justice, d'une
proposition tendant à obtenir l’interdiction temporaire d'exercer toute
fonction pour ce magistrat.
La Chancellerie a affirmé que le
Garde des sceaux allait «saisir le Conseil supérieur de la Magistrature pour
demander une interdiction temporaire d'exercer».
Une interdiction définitive
semblerai plus appropriée, sanction qui est d’ailleurs infligée aux délinquants
sexuels. Comment faire confiance à ce magistrat dans l’avenir ?
Une question vitale s’impose,
comment un tel magistrat a-t-il pu continuer à siéger comme juge des
enfants, alors que l’institution connaissait depuis 1994 les graves troubles
psychologiques dont il est atteint. Pendant sa carrière, dont neuf ans à
Boulogne comme juge des enfants puis comme simple juge, alors même qu’il a fait
l’objet d’arrêts maladie de longue durée à cause de problèmes psychiatriques.
À Boulogne, son attitude
particulièrement bizarre suscitait déjà beaucoup de questions mais sans que
personne ne s’en inquiète outre mesure.
Depuis son arrivée à Angoulême,
toujours extrêmement perturbé il s’est fait remarquer à plusieurs reprises par
des comportements peu ordinaires. Le plus grave et consternant c’est que le
comité médical qui l’avait examiné l’avait jugé apte à reprendre son activité
de juge, sous la forme d’un mi-temps thérapeutique et le ministère l’avait alors
nommé en poste à Angoulême.
Dans une déclaration pour le moins
surprenante la bâtonnière de l’ordre des avocats clame « Il est victime de la
décision prise de le réinstaller dans ses fonctions».
Le syndicat de la magistrature (USM), a
demandé au ministre de la Justice de prendre toutes dispositions pour qu’une
telle affaire ne se reproduise plus et qu’un audit soit réalisé sur le plan de
la discipline et de la déontologie dans l’ensemble des juridictions pour avoir
une idée sur ce qui s’y passe.
Auxerre, Nice entre autres sont déjà
des exemples peu reluisants du fonctionnement de cette institution, il est
vraiment urgent que la justice pour rester crédible aux yeux des justiciables
fasse un grand nettoyage avec des exclusions définitives et non pas de simples
mutations géographiques, que ce soit au sein de la magistrature mais aussi de
ses auxiliaires (experts, police etc.).
Toute institution représentant l’ordre
et la justice se doit d’être exemplaire, les malades écartés et soignés, les
incompétents, ceux qui pratiquent les abus de droit, les dénis de
justice, méprisent les justiciables, leur serment, la déontologie doivent être
purement renvoyés.
A quand la responsabilité des juges ? À
quand la même responsabilité pour tous du chef de l’état aux simples citoyens ?
Pour vraiment savoir se qui se passe dans l’ensemble des juridictions c’est les
victimes connues et inconnues d’abus (par le parquet, le siége, la police.)
qu’il faut rencontrer et comptabiliser. Mais qui en aura le courage ?
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
Un substitut du procureur de Bayonne mis en examen pour
viol sur mineure
Bayonne et
ses hommes de justice qui prennent la pente descendante, un remake ? Même si
les deux affaires, ont aucun lien, après Pierre Hontang, son ancien procureur
poursuivi pour vol et utilisation frauduleuse d'une carte de crédit, c’est
autour d’un substitut du procureur de Bayonne d’en découdre avec la justice.
L’homme,
âgé de 47 ans, est incriminé pour des faits remontant aux années 1987, 1988,
alors qu’il exerçait comme avocat au barreau de Bordeaux.
Devenu substitut du procureur de
Bayonne, il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour viols
sur mineure de moins de 15 ans par personne ayant autorité. D’après le
communiqué de presse du procureur de la République, il en ressort que
l’incriminé était ami de la famille des plaignantes.
Le procureur écrit, dans un communiqué,
que "c'est à l'occasion de relations amicales et professionnelles avec la
famille des plaignantes qu'il aurait eu les agissements dénoncés
aujourd'hui" sur deux jeunes femmes mineures à l'époque.
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L'ex-procureur de la République de Bayonne révoqué de la
magistrature
PARIS, 18 sept 2007 (AFP) -
L'ex-procureur de la République de Bayonne,Pierre Hontang, condamné pour le vol
d'une carte bancaire et son utilisation dans une maison close allemande en
2004, a été révoqué de la magistrature sur décision de la ministre de la
Justice Rachida Dati, a-t-on appris mardi auprès de la Chancellerie.
Parallèlement
à une procédure pénale toujours en cours, M. Hontang était visé par une
procédure disciplinaire et avait comparu devant le Conseil supérieur de la
magistrature (CSM) le 9 juillet.
La
révocation avait alors été requise par le représentant du ministère public, qui
avait estimé que, dans son cas, cette "seule issue apparaît
possible".
Dans
un avis remis à la garde des Sceaux, à qui appartenait la décision finale, le
CSM a proposé la révocation et "Mme Dati a suivi cette proposition",
a indiqué à l'AFP le porte-parole de la Chancellerie, Guillaume Didier,
précisant que la décision avait été notifiée à l'intéressé "il y a une
dizaine de jours".
Pierre
Hontang, âgé de 50 ans, nie les faits qui lui sont reprochés, commis en 2004 à Celle
(nord de l'Allemagne) en marge de sa participation à un colloque européen où il
intervenait en tant que magistrat "expert en matière d'éthique et de
déontologie".
Un
carte bancaire qu'il avait dérobée lors du colloque à une fonctionnaire du
Conseil de l'Europe avait ensuite été utilisée frauduleusement pour deux
"prestations sexuelles" dans un bar à hôtesses de la ville. Après
s'être aperçue du vol, cette fonctionnaire avait porté plainte, de retour chez
elle en Alsace.
Reconnu
coupable de vol et d'escroquerie, Pierre Hontang avait été condamné le 22
février par la cour d'appel de Colmar à 18 mois de prison avec sursis et 5.000
euros d'amende ainsi qu'à cinq ans d'interdiction d'exercer dans la fonction
publique. Il s'est pourvu en cassation après cette condamnation et l'examen de
son pourvoi est programmé mercredi matin.
Dans
le cadre de la procédure devant le CSM, la révocation de la magistrature est la
sanction maximale pouvant être prononcée.
Le
9 juillet, une source judiciaire avait indiqué à l'AFP qu'une telle décision
n'est prise qu'"une fois tous les deux ou trois ans".
Désormais,
M. Hontang a la possibilité de contester devant le Conseil d'Etat sa révocation
qui est "une décision administrative", a ajouté une autre source
judiciaire. Son avocat Me Laurent de Caunes n'avait pu être joint mardi en fin
d'après-midi.
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de la Brunetière
Un avocat toulousain mis en examen pour d'escroquerie
TOULOUSE, 27 juin 2007 (AFP) - Un avocat toulousain,
Me Laurent Nakache-Haarfi, a été mis en examen mercredi pour tentative
d'escroquerie dans le cadre d'une affaire de faux dossiers d'indemnisations de
victimes de la catastrophe d'AZF, a-t-on appris de source judiciaire.
L'avocat, âgé de 33 ans, placé sous contrôle
judiciaire, est également poursuivi pour travail illégal par dissimulation d'un
salarié.
Ce salarié, qui aurait servi d'intermédiaire à
l'avocat, et qui se trouvait en état de récidive légale, a été mis en examen et
écroué la semaine dernière pour escroquerie dans le cadre de cette même
affaire.
"Il reste plusieurs éléments à éclaircir", a précisé à l'AFP le
procureur de la République Paul Michel.
L'enquête porte sur 17 des nombreux dossiers
d'indemnisation traités par l'avocat, tous accompagnés de certificats médicaux,
qui seraient faux.
L'explosion de l'usine AZF qui avait fait 30 morts et des milliers de blessés
le 21 septembre 2001, a donné lieu à plus de 18.000 indemnisations, dont
quelque 13.000 sans l'aide d'un avocat.
Dans le cadre d'un accord amiable entre le groupe
Total, propriétaire du site AZF et le ministère de la Justice, les sinistrés
ont pu bénéficier d'un fonds d'indemnisation de 2 milliards d'euros.
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Un gardien de la prison des Baumettes de Marseille écroué
Un gardien de la prison des
Baumettes de Marseille a été mis en examen et écroué la semaine dernière pour
avoir écoulé, en dehors de la prison, plusieurs flacons de GHB, un produit également
connu sous le nom de "drogue du viol", a-t-on appris mercredi de
source judiciaire
Les investigations à venir doivent notamment tenter
de déterminer si le surveillant, âgé de 35 ans, a également pu dealer au sein
de la prison, ce qu'il nie.
Déjà le mois dernier, les enquêteurs de la brigade
des stupéfiants de la Sûreté départementale de Marseille avaient arrêté un
cadre fréquentant les boîtes homosexuelles de la région qui utilisait
régulièrement le GHB. Mis en examen et écroué, l'homme avait reconnu s'être
fourni auprès du gardien de prison.
Ce dernier a été mis en examen par le juge Thierry
Azema pour infraction à la législation sur les stupéfiants.
Le GHB, aux effets hallucinogènes, euphorisants et
sédatifs, est prisé de certains clients de discothèques pour son utilisation
festive.
Le liquide peut également avoir des usages criminels
lorsqu'une petite dose est versée subrepticement dans le verre d'une victime,
provoquant un état semblable à l'ébriété, une désinhibition et une amnésie
partielle, avec un délai d'action très court, d'où son surnom de "drogue
du viol". Un surdosage peut s'avérer mortel.
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de la Brunetière
Une greffière du tribunal de Strasbourg écroués pour trafic de drogue et
blanchiment d’argent
30-03-2007 . Une greffière du
tribunal de Strasbourg et un policier de la brigade des stupéfiants ont été mis
en examen et écroués pour trafic de drogue et blanchiment d’argent après la
découverte de 4,5 kg d’héroïne au domicile de la femme, a-t-on appris vendredi
de source judiciaire.
La greffière, mise en examen pour infractions à la
législation sur les stupéfiants et blanchiment d’argent, avait admis lors de
ses auditions que les 4,5 kg d’héroïne et les produits de coupe découverts lors
d’une perquisition en janvier à son domicile avaient été apportés par son
amant, un capitaine de police.
Elle avait aussi reconnu qu’elle avait conditionné cette drogue en sachets et
qu’elle avait "reçu de son amant des sommes d’argent en espèces qu’elle
aurait fait transiter sur son compte bancaire avant de les reverser sur celui
du policier", selon le procureur.
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Un notaire dijonnais accusé d'avoir détourné des centaines milliers
d'euros
DIJON,
20 sept 2007 (AFP) - Un notaire dijonnais, soupçonné d'avoir détourné plusieurs
centaines de milliers d'euros au détriment de ses clients, a été mis en examen,
a-t-on appris jeudi de source judiciaire.
Agé d'une quarantaine d'années, l'homme, qui
travaille dans une importante étude dijonnaise, a été récemment dénoncé par ses
associés, avant d'être entendu mardi par les enquêteurs de la brigade
financière de Dijon.
Selon une source judiciaire, ce dernier aurait
reconnu lors de son audition les faits qui lui sont reprochés, qui s'étalent de
2004 à 2007. Mis en examen pour abus de confiance aggravé, faux et usage de
faux, il a été placé mercredi en détention provisoire.
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de la Brunetière
« Elle
reconnaît qu’elle est autoritaire et qu’elle veut faire carrière. … "Quand
je pense, s’écrie-t-elle, que l’élite en France ne sait même pas que le parquet
dépend hiérarchiquement de la chancellerie. Ne parlons pas du vulgum pecus qui
ne sait même pas où s’adresser quand il rencontre une difficulté d’ordre
juridique."
La
magistrature, un pouvoir indépendant ? "Vous rigolez, l’avancement de
ses membres dépend de l’exécutif. Le judiciaire n’assure pas son rôle de
contre-pouvoir." »
Le Canard Enchaîné, 05.11.03 : Sarko gère même la carrière des juges
SARKOZY va-t-il laisser à Perben
le plaisir et l’honneur d’inaugurer quelques plaques commémoratives ? Après
avoir mordu sans vergogne dans divers domaines de compétence du garde des
Sceaux, voici que le ministre de l’Intérieur s’attaque à la nomination des
juges.
Le
24 octobre, peu avant de s’envoler pour un voyage officiel en Algérie, Sarko
a décroché lui-même son téléphone pour appeler le cabinet de Perben. Motif de
cet appel le ministre de l’Intérieur demande aux collaborateurs du garde des
Sceaux un petit coup de piston. Il souhaite que soit examiné avec la plus
grande bienveillance le sort de Laurence Vichnievsky, ci-devant juge
d’instruction au pôle financier parisien, et aujourd’hui présidente du tribunal
de Chartres.
L’ancienne vedette de
l’affaire Elf et ex-doublure d’Eva Joly s’ennuie dans la plaine de Beauce et
souhaite faire son retour dans la capitale. Mais pas n’importe comment. Elle
sollicite soit un poste de premier vice-président - le tribunal n’en compte
que quatre - soit une présidence de chambre à la cour d’appel.
Il s’agit de postes « hors hiérarchie »,
c’est-à-dire le grade le plus élevé dans la magistrature. Et Laurence
Vichnievsky, quels que soient ses immenses mérites, n’a pas l’ancienneté
requise dans son grade précédent pour prétendre à une telle promotion. Bref,
un coup de pouce s’avérait nécessaire. Et il se trouve que Sarko connaît la
juge Vichnievsky, et l’a même reçue Place Beauvau. Ce n’est certes pas le
ministère de la Justice qui nomme les magistrats du siège. Mais ce sont ses
services qui « proposent », et qui préparent les dossiers soumis au
Conseil supérieur de la magistrature. D’où l’importance d’un appui dans
l’administration.
Le coup de téléphone de Sarkozy
n’est pas passé inaperçu au cabinet de Perben. Il n’est déjà pas ordinaire
qu’un ministre de l’Intérieur se mêle de la promotion d’un juge. Mais, vu
l’excellence des rapports entre les deux ministres, qui sont plus près du
pugilat que de la lune de miel, la démarche a bien peu de chances de produire
des effets bénéfiques. A moins que Sarko n’ait pas eu l’impression de
solliciter une faveur, mais plutôt de donner un ordre. D’ici à ce que Perben se
retrouve en garde à vue …
|
L |
‘HISTOIRE du coup de téléphone
passé par Sarkozy au cabinet de Perben pour pistonner une magistrate célèbre
et méritante a provoqué la colère du ministre de l’Intérieur. Mais il n’a pas
osé démentir officiellement cette pittoresque information parue dans « Le
Canard » du 5 novembre. Interrogés par des journalistes, ses collaborateurs
ont simplement laissé entendre qu’il ne s’agissait que d’une banale
conversation de cabinet à cabinet. En réalité, c’est bien Sarko qui a décroché
lui-même son téléphone, le 24 octobre, et appelé un conseiller de Perben pour
demander un examen bienveillant de la demande de mutation de Laurence Vichnievsky,
ancienne juge au pôle financier et actuelle présidente du tribunal de Chartres.
Côté Perben, silence radio.
Pas le moindre démenti. Et pas de réponse à une lettre que lui a adressée le
Syndicat de la magistrature pour s’étonner de cette « démarche insolite
violant les règles démocratiques et constitutionnelles ». Quant à l’Union
syndicale des magistrats, son président, Dominique Barella, observe qu’il
s’agit d’une démarche « totalement anormale » et même d’un « contournement de
la Constitution, car seul le garde des Sceaux a une légitimité pour proposer
une nomination ». Il ajoute qu’un article du statut de la magistrature interdit
expressément aux magistrats de provoquer en leur faveur « toute autre
intervention que celle de leur supérieur ». Et même si leur supérieur paraît
très inférieur ?
p. 76 : « … Gomez est libre de ses convictions et joue sans
états d’âme la carte de son ambition. Cet inspecteur des finances qui osera
écrire : « Du sérail dont ils connaissent sans doute certains
détours, les énarques ne seront jamais que des eunuques », … ».
p. 175 : « … Eva
Joly …s’est durcie en découvrant l’immensité de son pouvoir sur les hommes, sur
ces grands patrons arrogants, qui désormais tremblent devant elle. Elle s’est
laissé griser par les médias, flatter par la diffusion de son image. Et c’est
entre splendeur médiatique et excitation de la chasse qu’elle mène l’enquête.
… »
p. 177 : « … A la
trop émotive Eva fait désormais pièce un pur produit de la nomenklatura
judiciaire, ambitieuse en diable et aussi attentive à son image que peu friande
des subtilités financières des dossiers qu’elle instruit. Autoritaire et
cassante, Laurence Vichnievsky semble prendre l’ascendant sur Eva Joly dans la
conduite de leurs dossiers communs, au grand dam de cette dernière. Elles
s’entendent cependant, si ce n’est sur une méthode, du moins sur un objectif
commun : avancer, quoi qu’il arrive, et justifier leur tout nouvelle
réputation en débusquant des gibiers à la hauteur de leur surface médiatique.
Tout un programme ! »
p. 215 : « …
Contrainte et forcée, la section financière du parquet de Paris ouvre une
information judiciaire … . »
p. 244 : « …
Dernier avatar du verrouillage dont on peine à croire qu’il n’a pas été
sciemment orchestré, le parquet de Paris refuse de joindre le dossier
Thompson-Sirven au dossier principal des frégates. …
Mais le procureur de Paris, Jean-Pierre Dinthilac,
s’oppose à la jonction. Proche des socialistes, gardien de la tranquillité
d’esprit nationale, il emploie là une bonne vieille technique d’enlisement qui
consiste à saucissonner au maximum un même dossier. Les affaires arrivant par
la suite séparément à l’audience deviennent absolument incompréhensibles et
aboutissent ou bien à une relaxe pure et simple ou bien à des condamnations
bien plus clémentes que si toutes les procédures avaient été réunies. … »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
La
magistrat Jean-Louis Voirain, mis en examen dans une affaire de corruption
présumée, a été révoqué par le ministre de la Justice, Dominique Perben.
L’ancien substitut au parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) conservera
toutefois ses droits à la retraite.
France-Justice
– 40, rue de Rochechouart – 75009 Paris
« La Justice au
bide-parade. p.8.
Magistrat
coupable ? Jean-Louis VOIRAIN, adjoint du procureur de Bobigny, a été mis
en examen fin février. Soupçonné d’actes de pédophilie, il a été écroué.
Il n’y a pas de raison sociologique pour que le pourcentage de criminels ou de
voleurs chez les magistrats ne soit pas le même que la moyenne de la population
française. Etant donné l’honorabilité de la fonction, ce devrait être les
meilleurs d’entre nous qui ont été sélectionnés pour l’occuper. Pourtant, on
peut s’étonner que la mise en examen de ce magistrat a été obtenue uniquement
parce qu’un autre juge d’instruction s’est acharné à aller jusqu’au bout de son
enquête. Il ne lui pardonnait pas l’ordonnance de remise en liberté d’un
rabbin, dans une affaire de trafic de devises entre la France et Israël. La
justice est donc uniquement passée grâce à un conflit interne au
tribunal ! S’il faut attendre des querelles professionnelles pour
découvrir des crimes aussi graves … ».
Le Figaro,
05.12.03, JUSTICE, Le substitut Voirain devant ses juges
Angélique Négroni
La procédure disciplinaire
lancée à l’encontre du magistrat Jean-Louis Voirain, écroué pendant huit mois
dans une affaire d’escroquerie, entre aujourd’hui dans sa phase décisive. Dès 9
heures ce matin, ce magistrat, qui exerçait les fonctions de premier substitut
du parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis), va comparaître devant le Conseil
supérieur de la magistrature (CSM), réuni en formation disciplinaire. A l’issue
de cette audience, qui se tiendra dans les locaux de la Cour de Cassation, le
CSM rendra un avis sur une éventuelle sanction à infliger au magistrat,
pouvant aller jusqu’à la révocation définitive avec perte des droits à pension.
Les enjeux sont donc lourds
pour Jean-Louis Voirain, 59 ans, qui, en avril dernier, avait été interdit
d’exercer ses fonctions après une première audience devant le CSM. Cette fois,
son cas va être apprécié sur le fond. Et pour cette procédure disciplinaire
indépendante du volet pénal, les débats vont néanmoins aborder les faits qui
donnent lieu à une instruction menée par deux juges parisiens.
Jean-Louis Voirain, mis en
examen depuis février dernier pour « trafic d’influence, corruption,
blanchiment aggravé et recel de fonds », va devoir s’expliquer sur une série de
malversations. En fonction depuis 1989 à Bobigny, il est soupçonné d’avoir
monnayé ses services en échange de cadeaux. Ainsi pour satisfaire un proche, il
serait intervenu dans une affaire de travail clandestin, il serait même allé
jusqu’à faire mettre en prison un individu pour arranger les affaires de ce
même proche. Pour un autre, un dirigeant de société de transports, il aurait
régularisé la situation administrative d’un des chauffeurs. Auprès de ces deux
protégés, Jean-Louis Voirain aurait également rendu des conseils juridiques et
aurait été, en contrepartie, récompensé. Rolex, Breitling, caviar, voyages
faisaient partie des cadeaux. Par ailleurs, le magistrat serait intervenu pour
arranger les affaires du chanteur Jean-Luc Lahaye qui tient une discothèque à
Aubervilliers. Enfin, dans l’affaire du Sentier, il est soupçonné d’avoir
participé à l’exploitation de sociétés destinées à exporter des fonds en
Israël.
Sur l’intégralité de ces
faits, Jean-Louis Voirain devrait aujourd’hui se défendre pied à pied. « Il est
étranger à toute malversation », affirme son avocat, Me Jacques Vaslin, qui
ramène ce lourd dossier à une banale affaire de magistrat qui, sorti de son
tribunal, a aussi sa vie. « Avec des amis, des voisins, qui l’ont sollicité
pour des avis comme on le ferait auprès d’un médecin que l’on connaît. C’est
tout. Voirain n‘a jamais été conseiller juridique et n‘est pas intervenu dans
des dossiers », explique l’avocat. « Qu’y a-t-il alors de mal à recevoir des
cadeaux ? » poursuit Me Vaslin, aucunement embarrassé par les aveux de son
client. Lors de sa garde à vue, ce dernier avait reconnu avoir perçu 180 000 F.
« Il a parlé sous l’épuisement. S’il a reçu de l’argent, c’est dans des
proportions moindres. Il peut juste se voir reprocher de ne pas avoir avisé sa
hiérarchie qu‘il percevait ces cadeaux », ajoute l’avocat.
Ces arguments vont-ils
convaincre le CSM ? Celui-ci devra transmettre son avis au garde des Sceaux qui
rendra une décision définitive dans les deux semaines environ. A ce jour et
depuis 1994, sur les 24 magistrats du parquet qui ont comparu devant le CSM,
seul l’un deux s’est vu infliger la plus lourde sanction. C’était en 1995 et
il s’agissait d’un substitut général à la cour d’appel de Paris impliqué dans
une affaire de recel d’abus de biens sociaux, de faux et d’usage de faux.
Cette sanction va-t-elle s’abattre sur Jean-Louis Voirain ? Son avocat pourrait
bien suggérer, lors de l’audience, la mise à la retraite d’office de son
client.
cf. Claire CHAZAL, TF1 le
05.12.03 à 20 h 25 (durée 3 mn en tout) :
C’est la peine maximale qui
a été réclamée contre le magistrat Jean-Louis VOIRAIN poursuivi pour une
affaire de corruption. Le représentant de la Chancellerie a requis aujourd’hui
la révocation sans maintien des droits à la retraite. L’ancien substitut au
parquet de BOBIGNY avait été mis en examen pour trafic d’influence, corruption
et blanchiment et incarcéré pendant huit mois.
Une journaliste envoyée par
TFI à BOBIGNY :
La plus lourde des sanctions
disciplinaires, une révocation sans droits à la retraite. C’est ce que vient de
réclamer le représentant du ministère de la justice contre Jean-Louis VOIRAIN.
Cet ancien procureur adjoint est accusé d’avoir été acheté par des personnages
douteux et d’avoir manqué d’impartialité.
Face au Conseil Supérieur de
la Magistrature, il essaye de se défendre :
« Je
reconnais que j’ai reçu un certain nombre de sommes d’argent, c’est vrai, en
contrepartie d’avis juridiques ou de documents qu’on m’a demandé de
rédiger. »
« C’est tout. C’est
présenté abusivement comme étant des services rendus parce que c’est tout ce
qu’il y a dans le dossier. On n’a rien trouvé dans le dossier … ».
Des enveloppes glissées dans
sa poche, parfois même à son bureau du tribunal de BOBIGNY. Selon l’accusation,
Jean-Louis VOIRAIN aurait touché plus de 30.000 € (trente mille euros). Il
vient de passer huit mois en prison.
« Moi, j’ai demandé ma
mise à la retraite. Bon. Pourquoi. D’abord, parce que je ne me sens plus en
état d’exercer psychologiquement ma fonction de ma magistrat … ».
La semaine prochaine, le Conseil Supérieur de la Magistrature rendra son
avis au Ministre de la justice, Dominique PERBEN, qui devra trancher.
Le réquisitoire du directeur
des services juridiques est tombé comme un couperet, hier, lors de l’audience
du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) réuni en formation
disciplinaire, ouverte au public. Patrice Davost a demandé la plus lourde des
sanctions - la révocation sans maintien des droits à pension - contre
Jean-Louis Voirain, 59 ans, premier substitut du parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis),
aujourd’hui mis en cause dans une affaire d’escroquerie toujours à
l’instruction.
Assis sur une chaise devant
ses juges, Jean-Louis Voirain, cheveux blancs coupés en brosse, silhouette
sèche glissée dans un costume à rayures, a visiblement été surpris par ce « réquisitoire
». « Je suis abasourdi et souhaiterais une brève suspension », a demandé son
avocat, tout aussi désarçonné.
Pourtant, les commentaires
sans ménagement de Patrice Davost contre le magistrat ne laissaient guère de
doute sur la sanction réclamée. « Jean-Louis Voirain a manqué au devoir d’indépendance
et a porté durablement atteinte à l’image de la justice », a-t-il déclaré
après avoir rappelé ce qui lui était reproché. Jean-Louis Voirain, ce
magistrat toujours bien noté, est soupçonné d’avoir « délibérément » de 1992 à
2000, franchi la ligne blanche en s’acoquinant avec des « voyous » qui le gratifiaient
de cadeaux en échange de services qu’il leur rendait.
Ainsi, pour un ami d’un
proche, condamné par deux fois dans des affaires criminelles, il serait
intervenu pour que les peines ne figurent pas sur son casier judiciaire. Pour
ce même individu, jugé une autre fois en correctionnelle, il a requis la relaxe.
« Il est impossible de requérir dans un dossier où il y a des proches », a
fait remarquer Jean-François Burgelin, procureur général de la Cour de cassation,
qui présidait l’audience du CSM.
Pour un autre de ses amis
qui dirige une société de transports, il faisait « sauter » les contraventions
des chauffeurs. Enfin, en 1998, quand deux de ses « protégés » figurent dans
une affaire d’abus de biens sociaux, il se charge de régler personnellement
le dossier. Certes, il demande le renvoi de l’affaire en correctionnelle, mais
il l’allège en décidant de plusieurs non-lieux.
En échange de ces services,
Jean-Louis Voirain a été gratifié de cadeaux, comme des montres et stylos de
valeur, des repas, des voyages. Selon l’accusation, il y aurait eu aussi des enveloppes
qui arrivaient parfois au tribunal. Les unes, où figuraient les initiales « JL
», contenaient des contraventions. Les autres, où figuraient le mot « tonton
», contenaient environ 5 000 francs à chaque fois.
Face à ce rappel des faits,
Jean-Louis Voirain a jonglé avec les versions à l’audience. Il a tout d’abord
indiqué qu’il avait été piégé par ses « mauvaises fréquentations », lui qui
était affaibli psychologiquement en raison de problèmes avec l’une de ses
filles à la santé mentale fragile.
Mais, en même temps, il a
nié avoir rendu de quelconques services à ses « amis » avec lesquels, dit-il,
il avait pris ses distances en 1998. Sauf que les dates, rappelées hier, l’ont
contredit.
En 2000, son épouse
acceptait un voyage gratuit en Israël. Et deux jours avant son arrestation en
février dernier, Jean-Louis Voirain déjeunait dans une pizzeria avec l’un de
ceux qu’il ne voulait plus rencontrer.
Pourtant, dès 1992, il aurait pu s’épargner les
ennuis judiciaires et disciplinaires, son supérieur hiérarchique l’ayant justement
mis en garde contre ses mauvaises fréquentations. Cette recommandation non
suivie d’effet risque de peser lourd. Hier, le CSM devait rendre son avis,
transmis ensuite au ministre de la Justice, seul habilité à prendre une
décision. Celle-ci est attendue dans les jours prochains. Si la plus grave des
sanctions lui était infligée, Jean-Louis Voirain a déjà annoncé son intention
d’épuiser toutes les voies de recours possibles pour la contester.
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
Aujourd’hui en France du 19.11.05, p. 16 : “La PROCUREUR Anne
de Fontette a requis hier une peine de six mois de prison avec sursis et 10 000
€ d’amende à l’encontre de l’ex-juge niçois Jean-Paul Renard, poursuivi devant le
tribunal correctionnel de Paris pour avoir transmis à sa loge maçonnique des
informations confidentielles issues de casiers judiciaires. Evoquant des
« faits particulièrement graves », madame de Fontette a estimé que le
comportement de l’ex-doyen des juges d’instruction du tribunal de grande
instance de Nice avait porté « une atteinte à la crédibilité de l’appareil
judiciaire, aux libertés individuelles que les magistrats sont chargés de
garantir ».
Le magistrat a d’ores et déjà été sanctionné par sa hiérarchie.
Mis à la retraite d’office en octobre 2004 par le Conseil supérieur de la
magistrature (CSM), Jean-Paul Renard est radié des cadres de la magistrature
depuis le 2 novembre 2004.
Il s’agit « d’une perte totale de repères
déontologiques » et d’un mélange entre le serment irrévocable que prête le
magistrat et le serment que prononce l’impétrant lors de son entrée dans une
loge maçonnique, a estimé la procureur. M. Renard a fait un « usage
privatif d’une parcelle de puissance publique, il n’a pas servi la loi, il
s’est servi d’elle », a insisté madame de Fontette. »
Le Télégramme, 14.01.06,
p.4 : « Violation du secret professionnel. L’ex-juge niçois
Jean-Paul RENARD condamné. L’ex-juge niçois Jean-Paul Renard, radié de la
magistrature, a été condamné, hier, à 5.000 euros d’amende par le tribunal
correctionnel de Paris, pour avoir transmis à sa loge maçonnique des
informations confidentielles, issues de casiers judiciaires. »
UN JUGE assesseur du
tribunal correctionnel d’Angoulême a été placé en garde à vue, jeudi 16
octobre, après s’être masturbé au cours d’une audience pendant les plaidoiries
d’un avocat. Le magistrat, en mi-temps thérapeutique, s’est, selon le quotidien
La Charente libre, « livré à des gestes sans équivoque, après avoir
discrètement remonté sa robe et défait la fermeture de son pantalon ». Le
ministre de la justice a indiqué qu’il allait saisir la formation disciplinaire
du Conseil supérieur de la magistrature pour le suspendre de ses fonctions. Une
enquête pénale est en cours. « Le mis en cause sera notamment examiné
dans le cadre de cette procédure par un expert psychiatre », a précisé la
première présidence de la cour d’appel de Bordeaux. — (Corresp.) »
Devant plusieurs journalistes,
et entouré de quelques conseillers, Perben a aussi évoqué la « prime de rendement
» qu’il envisage d’instituer l’an prochain pour tous les magistrats, en dépit
de l’opposition des organisations syndicales. « Tout de même, a expliqué le
garde des Sceaux avec un certain franc-parler, ce sera plus juste : on
sait bien qu’il y a des magistrats qui ne branlent rien ! »
Au lendemain de l’incident survenu au tribunal d’Angoulême,
qui a vu un juge se masturber en pleine audience, l’expression du ministre
était particulièrement bien choisie. Elle prouve qu’en toute circonstance
Perben garde les choses en main. »
« Où la justice
branle dans le manche
Un chat fourré en rut et
c’est la consternation dans le prétoire. Après tout, faut-il s’offusquer qu’un juge
préfère la pogne à la poigne ? Nul ne pourra prétendre, en tout cas, que le
magistrat, assesseur au tribunal correctionnel d’Angoulême, qui s’est laissé
surprendre la main dans le sac, ou plutôt sous la robe, à s’accorder un petit
plaisir solitaire, n’avait rien à ... faire du cas qui lui était soumis. On n’a
rien rapporté du contenu de cette affaire si hautement excitante, son effet sur
le magistrat ayant seul retenu l’attention du journaliste de «la Charente
libre » qui a, si j’ose dire, visualisé l’objet du délit dans son
développement. Indépendamment de cet aspect de la question, assurément un peu
trivial, l’anecdote a permis d’apprendre que l’assesseur concerné souffre de
troubles psychologiques qui ont justifié plusieurs arrêts de travail et qu’il
exerce ses fonctions en mi-temps thérapeutique ! Juge le matin, malade le
soir : le petit incident d’Angoulême procède probablement d’un
intempestif mélange des genres... »
Le Canard
enchaîné, 05.10.05, p.5 :
« Un
juge victime d’un coup de pompe.
Est-ce si excitant d’avoir à
juger un meurtrier ? Oui, comme le prouve cette dépêche de l’agence de
presse AAP (26/9) : « Un juge américain est poursuivi pour
avoir commis à trois reprises des attentats à la pudeur. Il est accusé de
s’être masturbé avec une “pompe à pénis” lors d’un procès d’assises. Les
témoins déclarent qu’ils ont été alertés par le bruit que faisait l’engin sous
la robe de Donald Thompson (…). Il encourt 10 ans de prison et une amende de 26
000 dollars pour chaque infraction commise. »
Une
note salée quand on la compare à un cas similaire survenu en France. On apprend
en effet que le magistrat qui s’était masturbé le 15 octobre 2003 ne sera pas
sanctionné par sa hiérarchie.
Ainsi en a décidé le Conseil
supérieur de la magistrature le 28 septembre. Reconnu pénalement irresponsable,
bénéficiant d’un non-lieu, il pourrait reprendre ses fonctions avec un mi-temps
thérapeutique. Rien à voir avec son homologue américain et sa technologie à
pile bouffeuse d’énergie. En France, on a l’amour du travail naturel fait à la
main ! »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
p. 95 : « Il y a quelques années, un préfet
passé par les RG avait qualifié les renseignements généraux de « Gestapo
démocratique ».
p. 114 : « L’article 40
du code de procédure pénale prévoit que lorsqu’un fonctionnaire a connaissance
de faits délictueux, il doit en informer le parquet. Quand un agent des impôts
flaire un micmac, il écrit au procureur de la République. La règle,
manifestement, ne s’applique ni au patron des renseignements généraux ni au
ministre de l’Intérieur. »
p. 157 : « Dorment
dans trois cabinets d’instruction des bombes à retardement qui pourraient
éclater comme un coup de tonnerre dans ce beau ciel d’été. Ces dossiers
enterrés recèlent d’étranges procès-verbaux qui attestent de la collusion de
certains policiers, de malfrats et d’élus de la République. Voyage en eaux
profondes. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
Extraits de Presse :
Dans une lettre au bâtonnier de Paris, la ministre de
la Justice a indiqué qu’elle ne saisirait pas le Conseil supérieur de la
magistrature, contrairement à ce que lui ont demandé l’Ordre des avocats de
Paris, mercredi, et la conférence des Bâtonniers des autres barreaux de France,
hier. Mme Guigou « n’entend pas réagir chaque fois qu’un magistrat
développe sous sa seule responsabilité des considérations personnelles ». Eva Joly avait mis le feu aux
poudres le 1er avril en lançant qu’ « il n’y aurait pas de
blanchiment d’argent sans avocats » et que, concernant la délinquance
financière, « 15 % du chiffre d’affaires de la criminalité va aux
avocats ». Après le tollé provoqué par ces propos chez les avocats,
elle a reçu hier le soutien unanime de l’Union syndicale des magistrats (USM,
apolitique et majoritaire), du Syndicat de la magistrature (SM, gauche) et de
l’Association professionnelle des magistrats (APM, droite).
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « » »
De « Au nom de la
loi » (Alain MINC, Gallimard, septembre 1998) :
p.99 : « Le gouvernement
des juges devient une revendication, si elle est trop affirmée, qui frôle le
coup d’Etat légal. Enfin, leçon des leçons, l’arrogance finit toujours par se
heurter aux réactions spontanées de la société civile. »
p.118 : « L’indépendance,
sans la légitimité, ne risque-t-elle pas d’engendrer un délire
corporatiste ? L’indépendance, sans la responsabilité individuelle, trouve-t-elle
d’autre racine que l’égocentrisme de la corporation ? L’indépendance, sans
lien avec les mouvements de la société, ne risque-t-elle pas de devenir un
instrument, au mieux étouffant, au pire oppressif ? »
p.134 : « Un juge
célèbre aurait dit à un prévenu tout aussi notoire : "Désormais
la justice passe avant la République." Aveu naïf et absurde. Le même
magistrat, féru de présence médiatique, n’a-t-il pas osé expliquer à la
télévision "qu’il existe une coupure entre les élites et le peuple et qu’il
appartient à l’action de la justice de la combler" ? L’inanité du
propos n’en montre pas moins qu’existe, chez les magistrats, le risque d’un
messianisme de café du Commerce, voire d’une mégalomanie fonctionnelle, dès
lors que les racines de la légitimité sont occultées. »
p.134 : « Les
magistrats ont pour mission première l’application de la loi votée par le
Parlement et sont nommés par décret du Président de la République ; le
juge statue au nom du peuple français et le ministère public met en œuvre la
politique judiciaire de la nation que détermine et conduit le
gouvernement ».
p.139 : « Or, à long
terme, la société ne peut s’accommoder d’une justice omniprésente et
irresponsable. Tel est pourtant aujourd’hui le cas. »
p.139 : « Supposons
un jugement dont les motifs exprimeraient par exemple une incitation ouverte à
la haine raciale, peut-on admettre l’irresponsabilité pénale du
magistrat ? Et chacun d’imaginer, s’il le veut, mille autres exemples du
même type … »
p.140 : « Ainsi
arrive-t-on à ce paradoxe d’une justice qui se joue sur la scène des médias,
compte tenu de la connivence entre juges et journalistes, mais sur laquelle
tombe une chape de plomb quand sont en cause les magistrats eux-mêmes. »
p.142 : « Si les
magistrats se montraient dignes du statut auquel ils aspirent, ils seraient les
premiers à affirmer que l’indépendance ne peut être synonyme, pour eux,
d’impunité. »
p.143 : « Le
corporatisme judiciaire fonctionne avec une telle efficacité que, bien au
contraire, c’est l’impunité qui, elle, se renforce pour le plus grand confort
des magistrats. »
p.143 : « C’est, à
long terme, un jeu dangereux que mène de la sorte le monde judiciaire. Ayant le
vent en poupe, il peut se permettre de tout réclamer : l’indépendance pour
l’indépendance, l’indépendance sans légitimité renouvelée, l’indépendance dans
l’impunité… Le jour où il sera, à son tour, dans la ligne de mire de la société
et où la seconde révolution française connaîtra son Thermidor, tous ces excès
se retourneront contre lui. Surtout, si dans l’intervalle, il a cédé, de temps
à autre, aux tentations de l’abus. »
p.174 : « Des écarts jurisprudentiels du Conseil
constitutionnel aux excès de pouvoir d’un petit juge de province, une même
tentation de l’abus se manifeste. Elle tient à une réalité simple : un
pouvoir, sans contre-pouvoir, ne sait pas s’autodiscipliner. Face à cet état de
fait, nombre d’acteurs de la société civile rêvent d’un « grand soir
judiciaire » qui rétablirait, du même mouvement, l’empire légitime du
droit et un fonctionnement équitable de l’appareil de la justice. Pure
illusion… »
p.216 : « Aux mots
de « gouvernement des juges », ils se drapent dans leur
hermine : comment ose-t-on les accuser de coup d’Etat clandestin ?
Eux, les serviteurs dévoués, les prêtres modestes de l’Etat de droit ! La
discussion, sur ce thème, s’asphyxie immédiatement. »
p.217 : « Autant
l’hypothèse du « gouvernement des juges » est aisée à imaginer,
puisqu’elle suit la ligne de plus grande pente dans la France contemporaine,
autant l’abaissement brutal du pouvoir des juges exige un
épisode « thermidorien ». Celui-ci suppose qu’à un moment
l’opinion bascule non dans la lassitude comme en Italie à la fin de la période
mani pulite, mais dans l’hostilité. Brûler ce qu’elle a adoré ne lui est pas
étranger. Encore lui faut-il un prétexte. Ce ne peut être qu’une révolte, face
à un abus de pouvoir scandaleux de la part des juges. »
p.231 : « Dans la
situation actuelle, la magistrature française vit, nous l’avons dit, dans un
cocon douillet : elle est à l’abri de poursuites pénales et civiles, et le
risque de sanctions disciplinaires est ténu. Et le « permis de
juger » décerné aux magistrats quand ils ont vingt-cinq ans, est valable
pour toute leur vie professionnelle. Contrepartie d’un pouvoir de plus en plus
arrogant, les juges doivent devenir responsables. Aussi longtemps qu’ils ne le
seront pas, ils ne pourront prétendre que l’ascension de la justice incarne la
démocratie en marche. Il n’existe pas de pouvoir sans responsabilité : tel
est le ressort de la démocratie. Y déroger, c’est la nier. Les juges devraient
être conscients du fait qu’à long terme ils seront minés par
l’irresponsabilité. »
p.232 : « Qu’une loi
mette fin à l’ambiguïté sur la responsabilité pénale, interdise, sur ce plan, à
la Cour de Cassation toute voie de traverse, et suivant des mécanismes ad
hoc, destinés à tenir compte de la spécificité de la situation, fasse en
sorte qu’au même titre que les ministres, les hauts fonctionnaires, les chefs
d’entreprise et tous les citoyens à l’exception du président de la République,
les juges soient enfin responsables ! Ils sont aujourd’hui comme des
prêtres en charge d’écouter les confessions, d’absoudre les péchés, mais
autorisés, eux, à se vautrer dans la débauche ! Situation intolérable à
terme. »
p.233 : « Confier
l’initiative des poursuites disciplinaires au seul garde des Sceaux est le
meilleur moyen de laisser tomber en quenouille le dispositif de sanctions. Dans
le climat de suspicion qui entoure les hommes politiques, le ministre de la
Justice est naturellement tenu en laisse : il ne peut intervenir qu’à
propos des excès les plus ostensiblement scandaleux. Il faut, pour qu’une
régulation minimale fonctionne, une autre voie : y en a-t-il de meilleure
que les justiciables eux-mêmes sous le contrôle d’une instance
judiciaire ? Si les magistrats s’acharnent à refuser toute forme de
responsabilité, outre l’illégitimité qui, à la longue les frappera, ils feront
face à une mise en cause à laquelle ils ne s’attendent pas de la part de leurs
alliés, les médias. Ce sont ces derniers, véritables sismographes de l’opinion,
qui traduiront, de la sorte, le changement de climat. Un jour, les juges
connaîtront dans la presse le sort qui est celui de leurs clients favoris,
responsables et politiques de toutes obédiences. Ils n’imaginent pas de lire
sur six colonnes : « Les procédures contestables du juge
X », « le juge Y récidive », ou « Encore une injustice
du juge Z ». S’ils veulent échapper éternellement à toute forme de
responsabilité, ils seront rattrapés par les médias. Telle est aujourd’hui la
loi d’airain de la démocratie d’opinion ; le pacte aujourd’hui en vigueur
entre les juges et les journalistes peut simplement retarder l’échéance. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
De « LA MAFIA DES
TRIBUNAUX DE COMMERCE » (Alain GAUDINO, Albin Michel, mai 1998) :
p.21 : « Incroyable
mais vrai, la police, en travestissant la réponse de la personne entendue,
dérape. Le procédé est utilisé pour tenter de donner consistance au délit de
subornation de témoins. C’est franchement misérable ! »
p.33 : «La hiérarchie policière de ce
nouveau service m’avait catalogué comme forte tête, devant par conséquent être
tenue à l’écart. Elle ne supportait pas que je puisse refuser de participer à
un système de faux frais de mission qui a officiellement cessé en janvier…1998.
La pratique correspondait à des détournements de fonds publics, donc à un délit
prévu et sanctionné par la loi, mais elle était pourtant utilisée par
l’administration pour arrondir les fins de mois des fonctionnaires, surtout
celle des commissaires . »
p.38 : « Il est
vraisemblable qu’en novembre 1987, si l’enquête portant sur les mandataires de
justice avait pu se poursuivre, elle aurait déclenché des vagues capables
d’éclabousser les fenêtres de celui qui a en charge le contrôle des procédures
collectives de redressement et de liquidation judiciaires : le procureur
de la République ! »
p.52 : « Ce type
d’affaire démontre à l’évidence que l’indépendance des magistrats, nécessaire pour
éviter toute pression politique, doit absolument être contrebalancée par la
possibilité d’engager des recours en responsabilité disciplinaire, voire
pénale, quand leur mauvaise foi est concrètement établie, surtout lorsque leurs
décisions entraînent une privation de liberté. »
p.109 : « Les
pratiques en cours relèvent des trois principes qui caractérisent les systèmes
mafieux : l’illégalité, l’argent et la loi du silence. »
p. 130 : « Par
définition, le matériel en leasing se rapporte à un contrat de location. Il
n’appartient donc pas à l’entreprise et ne peut être vendu. Si Yvon D … avait
effectué lui-même cette vente, il tombait sous le coup d’un abus de confiance.
Or, les représentants du tribunal la réalisent. Pourquoi s’embarrasser de la
loi quand on a la chance de la représenter ? »
p.233 : « Hormis
quelques procureurs soucieux de répondre aux exigences de leurs fonctions, il
faut bien reconnaître que nombreux sont ceux qui n’ont rien fait pour réduire
l’ampleur des dysfonctionnements, quand ils ne cherchaient pas à les protéger
comme par exemple à Saint-Brieuc. »
de la Brunetière
p. 24 : « … Le
parquet est là pour faire régner l’ordre public, le juge d’instruction pour
rechercher la vérité. … »
p. 40 : « … Et le
juge qui instruisait le dossier avait eu un jour, en consultant les relevés
d’écoutes téléphoniques placées sur la ligne du coiffeur, la surprise
d’entendre un de ses collègues juge d’instruction, son voisin de bureau,
raconter au coiffeur tout ce qu’il y avait dans le dossier et toutes les
opérations à venir, perquisitions ou interpellations. J’avais trouvé cela
incroyable. Maintenant, cela me semble moins étonnant, et en tout cas plus
éclairant sur le comportement de certains juges. Face à des décisions de justice
parfois incompréhensibles, nous savons qu’il ne faut pas forcément incriminer
l’incompétence d’un magistrat, ou son juridisme exacerbé. Peut-être vaudrait-il
mieux regarder de près les liens parfois trop étroits entre les magistrats et
certaines personnes impliquées dans les dossiers. Quand il ne s’agit pas simplement
de corruption ... »
p.
41 : « … Ce genre de cas pose la question de l’influence que peut
avoir l’opinion publique sur la façon dont on instruit certains dossiers. …
Est-ce que, du coup, il n’y a pas une sorte de justice de luxe, pour les gens dont
les affaires sont médiatisées, dans lesquelles le juge va faire très attention
à toutes les conséquences de ses actes, et une justice du quotidien pour tous
les autres cas, qui représentent 99 % de nos affaires ? … »
p.
126 : « … Il y a des règles, le juge censé faire respecter la loi se
doit de se les appliquer à lui-même. … »
p. 152 : « … Les personnalités du procureur
et du Garde des sceaux en exercice peuvent en effet considérablement influencer
sur le déroulement d’une instruction. … »
p. 198 : « … Il
est vrai que pour un non-initié, la réalité que j’évoquais dans mon exposé
dépasse parfois la fiction.
Comme
ces avocats qui glissent des enveloppes aux surveillants de prison pour que
ceux-ci donnent leur nom aux détenus qui n’ont pas encore de défenseur. Ou pour
porter chaque soir, à heure fixe, un téléphone portable dans la cellule de leur
client, lequel peut ainsi continuer son business lucratif. Il y a aussi ces
avocats envoyés par le « chef » du mis en examen. Un responsable inconnu de la
justice qui tient à le rester. Il prend en charge les honoraires de l’avocat à
qui il confie deux missions : sortir son adjoint de prison si possible, et
surtout faire en sorte que le détenu n’évoque jamais, mais alors jamais, son
nom à lui.
… Récemment, le jeune avocat
d’un mis en examen dans l’un de mes dossiers est venu me voir, effaré. Il partageait
la défense avec un autre confrère, plus « expérimenté », sans doute, ou
simplement plus retors. Connaissant bien l’affaire, il savait parfaitement que
son client allait passer encore un bon moment en détention. De sorte qu’il
avait failli tomber à la renverse en entendant l’autre défenseur promettre à
son client la remise en liberté si sa famille venait tout de suite dans son
cabinet lui apporter 30 000 francs. Évidemment, les sous-entendus de l’avocat
signifiaient qu’une partie de la somme m’était destinée. Cela m’a rappelé l’histoire
connue dans le Tout-Paris judiciaire de cet avocat de renom qui utilisait
systématiquement le même stratagème, mais avec plus de finesse. Il rendait de
fréquentes visites aux juges qui traitaient les dossiers de ses clients, pour
s’enquérir de leurs intentions quant aux remises en liberté. Lorsque le
magistrat lui confiait que l’avancée de l’enquête pouvait permettre d’envisager
cette mesure, l’avocat convoquait tout de suite la famille de son client. Il
expliquait alors que le juge refusait toute libération, à moins d’un versement
immédiat de 50000 francs : 20000 francs pour lui et 30000 pour le juge. Et
cela a marché. Sans doute très longtemps. Je l’ai personnellement entendu de la
part de plusieurs familles dans des affaires différentes, mais concernant
toujours le même avocat. … »
p. 204 : « … De la
même façon, je pense qu’il y a des avocats qui savent comment il faut s’y
prendre, des dîners en ville aux soirées du Rotary, des longues séances de
flatterie aux boîtes de chocolats en fin d’année, tout un travail de lobbying
ignoré du grand public qui bien souvent permet d’obtenir plus de relaxes ou de
légères condamnations qu’une défense classique arc-boutée sur le dossier. …
… les « grands pénalistes »
ont autrefois gagné beaucoup d’argent en défendant des trafiquants de drogue et
en acceptant des sommes pas forcément officielles. Quand ils n’étaient pas
payés en nature. Si la cliente est jolie, l’arrangement est tout trouvé. Mais
j’ai eu aussi le cas, sur une cassette d’écoute téléphonique, d’un trafiquant
payant sa défense en doses d’héroïne ou de cocaïne. Ce réseau s’octroie toutes
les grandes affaires, se les partageant et, au besoin, se les répartissant …
La plupart de ces
pénalistes, en se reconvertissant il y a quelques années dans la défense des
hommes politiques et des grands patrons, se sont refait une virginité. Oublié,
l’avocat qui courait les audiences correctionnelles pour défendre les
trafiquants. Fini, le temps de la Jaguar ou de la BMW, des cheveux trop longs
et des chemises mal repassées. Place au ténor du barreau qui roule en Safrane
et s’habille en Hugo Boss. C’est mieux pour entrer dans les ministères et attirer
les caméras. Quitte à ce que leurs collaborateurs assurent l’essentiel du
travail en traitant les dossiers de droit commun qui font rentrer l’argent.
… »
p. 207,
208 : « … Ils me montrent parfois les factures, et posent toujours
les mêmes questions étonnées sur les montants réclamés. 10 000 francs pour
aller de Paris à Créteil ou pour des frais d’étude d’un dossier jamais
consulté, le client peut légitimement s’inquiéter. …
… ce juge
d’instruction si décrié, … c’est aussi parfois celui qui intervient pour aider
le mis en examen face à une non-défense ou à un égorgement financier de la part
de son avocat.
Mais de nos jours, le bon avocat c’est celui qui sait
gérer l’aspect médiatique d’une affaire. On prend tel avocat plutôt que tel
autre, pas parce qu’il plaide avec éloquence ou qu’il sait mieux lire les
dossiers, mais pour ses relations dans les médias, la franc-maçonnerie, le
monde politique ou les affaires. Le bon avocat devient un « actionneur » de
leviers dans certains secteurs de l’activité professionnelle ou politique. Il
est capable de sentir, dès les prémices, si une affaire est promise à de bons
débouchés médiatiques. Il s’agit alors de se précipiter pour tenter d’être
désigné. Pour emporter le « marché » tous les coups sont permis, les appels
téléphoniques insistants, les visites à domicile, les promesses de toutes
sortes, allant de l’offre de défense gratuite à la remise immédiate de sommes
en liquide. L’avocat sait que s’il parvient à convaincre, il récupérera
aisément sa mise : chaque passage à la télévision ou sur les ondes des
radios fera sa publicité. Avec à la clé de nouveaux clients, souvent des
petits, dont les dossiers présentent peu d’intérêt pour ces ténors, mais qui
seront facturés au prix fort. Ce type de comportement soulève une
interrogation. L’avocat est guidé dans ces affaires uniquement par le souci de
sa propre renommée, et non par celui de la bonne défense de son client. Il arrive
que les deux aillent de pair. Mais il se peut aussi qu’il y ait un conflit
d’intérêt entre ce que devrait être la bonne défense et une bonne campagne de
communication. Inutile de préciser quel choix sera fait par un avocat qui a
offert gracieusement sa collaboration, quand il ne l’a pas « achetée ».
… »
p.
210 : « … Auparavant, on avait coutume de dire que l’avocat n’était
pas vraiment un homme libre, soumis qu’il était à la nécessité, pour garder son
client, de ne pas lui déplaire, de se montrer conciliant avec certains
principes ou devoirs. On peut se demander à présent si ce n’est pas l’inverse
qui est en train de se produire : le justiciable entravé par son
avocat. »
p.242 :
« La corruption a de trop beaux jours devant elle pour y renoncer comme cela. »
p.243 :
« La corruption existe depuis des dizaines d’années. Pendant longtemps,
personne n’a tenté d’y mettre un terme. Ce qui a permis au système de se
renforcer considérablement. Au point qu’aujourd’hui il est parfaitement capable
de fonctionner seul. »
p.243 :
« Le salut ne peut venir que de la prise de conscience des citoyens dans
ce monde où dominent l’argent et la corruption. »
p.243 :
« Face à ce qui est peut-être une nouvelle forme de colonisation, c’est au
citoyen des pays riches de réagir. A lui de prendre le relais. S’il ne le fait
pas, s’il se contente de son statut de consommateur mouton vautré dans une
société de loisir et d’égoïsme, alors rien ne changera. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
Le Parisien, 22.01.04, Justice,
Nouveaux ennuis pour le juge Renard :
« Il s’agit des premières suites judiciaires du
rapport sur la justice à Nice, réalisé par l’Inspection Générale des Services
Judiciaires (IGSJ) et rendu public en juin 2003. Le magistrat visé n’est ni le
procureur Eric de Montgolfier ni le président du tribunal, deux des principales
cibles des inspecteurs, mais l‘ancien juge d’instruction Jean-Paul Renard.
Bernard Bacou, premier président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, a en
effet saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) d’une procédure à son
encontre. Dans son rapport, l’IGSJ dénonçait des « interventions
alléguées » du magistrat en faveur de notables et ses
« relations » avec Anthony Tanouri, un homme d’affaires
franco-libanais condamné plusieurs fois pour escroquerie. Aujourd’hui en poste
à Grasse, le juge Renard s’était vu infliger en janvier 2002 une
« réprimande avec inscription au dossier » par le CSM pour avoir
utilisé le fichier du casier judiciaire afin de renseigner sa loge
maçonnique. »
de la Brunetière
De « un juge au-dessus
des lois ? » (Sébastien FONTENELLE, Editions Privé, décembre
2004) :
p.9 : « J’ai là,
sous les yeux, un document qui prouve que le palais de justice de Nice a été,
pendant – au moins – une dizaine d’années, une zone de non-droit. Une
vraie. Pour une fois. »
p.10 : «
Ce document devrait vous édifier. A tout le moins , vous scandaliser.
J’espère, très sincèrement que vous ne ressortirez pas complètement indemnes de
sa découverte. J’espère qu’après avoir lu ce livre, vous serez au moins aussi
énervés que moi, en cet instant précis où j’en écris les premières lignes.
J’espère que vous serez en colère. Parce que, ne vous y trompez pas, ceux qui
ont laissé faire ce que je vais maintenant vous raconter sont peut-être
toujours là. Pendant que j’écris, pendant que vous lisez, ne couvrent-ils pas,
d’ailleurs, de mêmes dérives ? »
p.11 : « Le
4 janvier 1999, c’est-à-dire très peu de temps avant que l’IGSJ ne rende son
rapport, le procureur général d’Aix-en-Provence, Gabriel BESTARD, s’est
d’ailleurs publiquement ému de cette ambiance. « La mise en cause de
l’indépendance des magistrats est inadmissible, s’est-il écrié. Les accusations
sans preuve de connivence, de complaisance ou – dans le meilleur des cas – de
laxisme sont inacceptables. Les insinuations gratuites de corruption personnelle
sont intolérables. (…) On cherche avant tout à flétrir et à déconsidérer. (…)
Pour cela, on invente ou on ment. (…) On est ainsi entré dans le domaine hideux
de la rumeur.
Heureusement,
l’IGSJ, dans son rapport du mois de février 1999, rétablit sa vérité. Certes,
explique-t-elle, des juges niçois « ont fait part (aux enquêteurs) des
tentations auxquelles ils pouvaient être exposés. Mais ils n’ont pas succombé,
se tenant au contraire soigneusement « à l’écart des manifestations
niçoises, qu’elles soient sociales ou mondaines ».
p.12 : « De son
point de vue, le tribunal de Nice est finalement « une juridiction comme
les autres ». Retenez bien l’ensemble de ces considérations apaisantes.
Retenez, dès à présent, qu’elles sont souvent ridicules et parfois
mensongères. »
p.14 : « Bien sûr,
un décret du mois de janvier 1935 prohibe formellement « toute
intervention au profit d’un magistrat, autre que celle émanant de son supérieur
hiérarchique ». Mais ni le juge Renard ni les ministres qui acceptent d’examiner
sa requête ne semblent vouloir en tenir compte. »
p.15 : « Lorsqu’il
prend ses fonctions à Nice le 25 février 1999, un mois après la signature du
décret le nommant à ce poste, le nouveau « proc » découvre, au sein
même de son palais de justice, de très graves dysfonctionnements. Des dossiers
disparaissent, des affaires sont enterrées, des procédures sont purement et
simplement sabotées. »
p.16 : « Eric de
Montgolfier ajuste alors son tir : « Dès le premier jour, se
souvient-il, tous ceux qui m’ont accueilli ici m’ont spontanément parlé des
réseaux de francs-maçons. On m’a dit : « Vous ne comprendrez
rien à cette juridiction, ni à cette région, si vous ne prenez pas en compte
cette réalité. » On m’en parle quotidiennement, sans pour autant m’en apporter
la preuve ou me le démontrer. J’ai déjà rencontré ces réseaux ailleurs, mais
ici, ils semblent vraiment influer sur le fonctionnement de la justice. Ce
n’est pas la maçonnerie, par ailleurs une philosophie intéressante et
respectable, que je condamne, mais son usage par certains. Ce que l’on appelle
la « maçonnerie d’affaires ». Les maçons honnêtes sont d’ailleurs les
premiers à en être affectés. Et puis c’est tout le problème des appartenances
occultes. J’ai toujours refusé d’appartenir à des chapelles, quelles qu’elles
soient. Il faut savoir qui est qui. Il n’est pas sain qu’un magistrat fasse
partie d’un réseau qui a pour principe le secret. »
p.18 : « Ces
déclarations d’Eric de Montgolfier sur les réseaux maçonniques des
Alpes-Maritimes plongent la presque totalité des francs-maçons français, toutes
obédiences confondues, dans un abîme de fureur. »
p.19 : « De son côté, pendant ce
temps, Simon Giovannaï, grand maître de l’organisation concurrente de la Grande
Loge nationale française, le Grand Orient de France – où l’on ne se refuse rien
-, signale même à la ministre de la Justice, Elisabeth Guigou, qui le reçoit
gentiment le 16 octobre 1999, que sa loge « se réserve le droit d’engager
une action en justice [contre] M. de Montgolfier ». Ne vous frottez pas
les yeux, vous avez bien lu. Le patron d’un groupement de francs-maçons profite
d’un entretien avec la ministre de la justice pour formuler des menaces contre
le procureur de la République de la quatrième ville de France. »
p.20 : « Ce jour-là,
au lieu de le renvoyer dans ses cordes, madame la ministre a déclaré au boss du
Grand Orient de France « qu’aucun changement n’interviendrait avec son
gouvernement concernant le secret d’appartenance à une structure maçonnique ou
autre *. (* Je ne sais pas vous, mais moi j’adore ce « ou autre ».
Mais de quoi peut-il s’agir ? Du secret d’appartenance de certains
magistrats à l’Eglise de Scientologie ? Au Ku Klux Klan ? A la
Société protectrice des animaux ?)
Mais elle fait, ce jour-là, une
très mauvaise pioche, car les faits, à Nice, vont rapidement donner raison au
procureur Montgolfier. »
p.21 : « Et bien sûr
il découvre que justement le juge Renard, qui a lui-même longtemps fréquenté la
GLNF, a frauduleusement consulté, sous des prétextes spécieux, le casier
judiciaire de certains adhérents de cette obédience. Le 6 Juin 2001, Jean-Paul
Renard est donc placé en garde à vue, un peu comme n’importe quel justiciable
pris la main dans le sac. Plusieurs de ses collègues magistrats, flanqués de
quelques avocats, organisent alors une manifestation de soutien et de
solidarité devant le palais de justice de Nice. Révoltés par
l’ « interpellation humiliante [de leur ami] dans son cabinet »,
ils affirment le plus sérieusement du monde « [s’]interroger sur les
motifs réels de la volonté du procureur de déstabiliser [leur] collègue
Jean-Paul Renard par un harcèlement moral », et brandissent des pancartes
où brûlent des slogans rageurs, comme : « Liberté
individuelle : jusqu’où ira-t-on ? »
p.22 : « Le
procureur, que cette émotion ravit manifestement, répond : « Il
faut que les juges comprennent que la justice, ce n’est pas seulement pour les
autres. »
Enfin il
assène : « Je ne vois pas comment une mise en examen pourrait
être évitée. Dans mon réquisitoire introductif, je désigne nommément le juge
Renard pour les infractions qu’il a commises en se livrant à un détournement de
fichier. »
p.23 : « Le 28 Juin
2001, à Paris, devant ses collègues du CSM , il (Yves Le Bourdon, président
de la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence) se lance
dans un vibrant plaidoyer en sa « double qualité [comme il le souligne] de
magistrat et de président de la chambre de l’instruction, appelé à contrôler,
dans le cadre de la loi » l’activité du juge Renard. Il faut se le répéter
lentement. Très lentement. Le magistrat chargé de « contrôler, dans le
cadre de la loi » l’activité d’un juge – tout de même poursuivi pour avoir
consulté frauduleusement un fichier confidentiel – vient prendre sa défense
devant la formation disciplinaire chargée de le sanctionner.
p.24 : « A ces
« qualités », en elles-même déjà formidables, l’avocat – pardon, le
président de la chambre de l’instruction – veut absolument ajouter « le sens de
la mesure et de la dignité dont M. Renard a su faire preuve depuis qu’il est
publiquement, violemment, attaqué de manière injuste et indigne ». En
quelques mots, le juge qui a tranquillement utilisé un fichier judiciaire
« à des fins que la loi ne prévoyait pas » devient une victime,
presque un martyr, cependant qu’Eric de Montgolfier, pour avoir émis l’idée que
la justice doit être la même pour tous, magistrats compris, devient le
persécuteur injuste et bien évidemment indigne de ce pauvre innocent.
Franchement ? Il fallait oser. »
p.25 : « Le
président de la chambre d’accusation, lui, ne se laisse pas emberlificoter par
le méchant procureur. On ne la lui fait pas. « En cataloguant ainsi les
individus, lance-t-il à ses interlocuteurs du CSM, on a voulu vous assigner une
place, vous dicter votre décision. » En résumé, un magistrat, et non des
moindres puisqu’il préside – répétons-le – une chambre de l’instruction, prie
tranquillement le CSM de protéger un juge qui a reconnu avoir consulté
frauduleusement un fichier judiciaire confidentiel pour le compte d‘une
obédience maçonnique, contre un procureur sottement persuadé que la justice
doit être la même pour tous, et qui a cru devoir le traiter à l’égal d’un
justiciable comme les autres. C’est assez inédit. »
p.27 : « Yves Le Bourdon se cramponne
donc très solidement à son raisonnement. Ce n’est pas le bon juge Renard qui a
fauté, en consultant frauduleusement un fichier confidentiel. C’est l’horrible
procureur Montgolfier qui a commis une grave faute de goût, en le sanctionnant
à l’égal de n’importe quel justiciable. »
p.28 : « J’avais
conscience, explique le juge Renard, de commettre des faux pour obtenir ces
extraits de casier judiciaire. J’en étais conscient, et c’était un déchirement.
Mais je ne veux pas qu’on dise que la franc-maçonnerie est une association de
malfaiteurs, car j’y ai rencontré des gens formidables. »
p.29 : « Un juge est mis en examen
pour « faux et usage de faux » et pour « violation du
secret professionnel ». Mais le CSM propose, pour toute sanction, de le
déplacer, car il peut « rendre encore beaucoup de services à la
magistrature ». Cela se passe sans doute de commentaire. Le 9 Janvier
2002, Jean-Paul Renard écope d’une simple « réprimande ».
C’est-à-dire « l’équivalent de dix minutes au piquet en classe
primaire », comme le souligne Libération. »
p.30 : « Pour le
procureur Montgolfier, l’annonce de cette nouvelle inspection tombe à pic. Cela
fait en effet plus d’un an qu’il réclame une telle enquête, mais Elisabeth
Guigou lui a toujours fait répondre, en substance, qu’elle n’en voyait
nullement la nécessité, lui répétant : « Je vous fais
confiance. »* (*Il est naturellement permis de regretter que cette
confiance n’ait pas incité Mme Guigou à prêter une oreille plus attentive aux
propos d’Eric de Montgolfier lorsqu’il a dénoncé l’emprise de la
franc-maçonnerie sur le système judiciaire niçois, plutôt que de prendre fait
et cause pour les défenseurs du secret d’appartenance maçonnique. » »
p.34 : « Un juge de
Nice m’a rapporté ce propos divertissant d’un haut
magistrat : « Ces gens de l’IGSJ sont un peu les traiteurs du
ministre de la Justice, hein ? Si le ministre leur commande une
choucroute, croyez-moi, ils ne vont pas lui préparer un cassoulet. A Nice, en
2001, les inspecteurs avaient manifestement pris une commande assez
particulière : une tête de proc. »
« Aux pages 24 et 25, ils
expliquent, pour commencer, que les déclarations publiques d’Eric de
Montgolfier ont semé le « trouble » (c’est leur propre mot) au sein
du palais de justice de Nice dès le mois d’octobre 1999, notamment lorsqu’il a
déclaré à des journalistes de France 3 : « S’il y a trois ou
quatre brebis galeuses au sein du tribunal, qu’elles
partent ! » »
p.36 : « Je résume.
Eric de Montgolfier détecte , au sein même du tribunal de grande instance
de Nice, des « brebis galeuses ». Il dit publiquement son envie de se
débarrasser de ces mauvais éléments. Puis les faits lui donnent raison. Il y a
effectivement, au sein du palais de justice, au moins une « brebis »
passablement égarée. C’est Jean-Paul Renard. Il a commis un délit, en
consultant frauduleusement le casier judiciaire national. Lui-même le
reconnaîtra d’ailleurs assez volontiers. Il est donc mis en examen. A Nice,
cette excellente nouvelle, la justice est donc – enfin - la même pour tous, et
les juges ne sont pas – ou plutôt ne sont plus – au-dessus des lois. Les
enquêteurs de l’IGSJ devraient hurler de rage, en découvrant que des magistrats
ont eu l’outrecuidance de se plaindre de cette application équitable des lois
qu’ils sont – théoriquement – chargés de mettre en pratique. Mais ils ne
hurlent pas. Ils se contentent
d’observer que des magistrats, scandalisés par la mise en cause pourtant
justifiée de leur collègue Renard, ont voulu « défendre sa présomption
d’innocence ». C’est, en soi, complètement ahurissant. Mais la suite est
encore plus saisissante. »
p.41 : « Cela s’est
passé en France, au mois de juin 2003. Et pas dans une république bananière.
Des magistrats réclament la mutation du procureur de la République de Nice,
parce qu’il a publiquement dénoncé l’indélicatesse d’un juge mis en examen pour
« faux et usage de faux »… Ces magistrats réclament la mutation d’un
autre juge, parce qu’il est trop « présent aux côtés » de ce
procureur de la République ! Ces magistrats enfin, réclament le départ du
président du tribunal de grande instance de Nice, parce qu’il a refusé de
prendre parti en faveur des amis du juge mis en examen, contre le procureur qui
l’a traité comme n’importe quel justiciable.
Mais ces magistrats estiment en
revanche que rien ne permet de mettre en cause la probité du juge mis en
examen, alors même qu’il a reconnu avoir commis un délit dans l’exercice dans
l’exercice de ses fonctions. Et Dominique Perben, ministre de la justice,
semble trouver cela positivement formidable. Le 26 juin 2003, il décide en
effet qu’il est nécessaire de rendre public le rapport de l’IGSJ qui
« flingue » le procureur Montgolfier. D’habitude, ces rapports ne
sont jamais publiés. »
p.57 : « Accrochez-vous,
c’est là que cela devient franchement cocasse.
En fait de médiation, le
commissaire organise en effet, dans son bureau, tel un juge de paix, une
entrevue entre Robert et Fawaz. L’homme qui avait mis les deux hommes en
contact au mois de Juillet 1984 est aussi présent. Enfin, pour faire bonne
mesure dans cet aréopage, le commissaire a convié un ancien détenu, présenté à
l’ensemble des participants comme un émissaire du ministre de la Justice de
l’époque ! Je sais que cela peut vous paraître complètement irréel. Mais
tout cela est écrit noir sur blanc, dans le rapport de Vincent Lamanda. »
p.70 : « STOP !!!
Arrêtons-nous. Et relisons, à voix haute, en articulant bien, ces dix-neuf
derniers mots, qui sont, de mon point de vue, les plus ahurissants, et de très
loin, du rapport Lamanda : « Robert – « tenait » -
plusieurs – personnes – de - haut-rang – autour – de – lui – que – ce – soit –
au – niveau – politique – judiciaire – fiscal – ou - policier ». Cette
phrase n’est pas née de l’imagination d’un auteur de romans policiers.
Elle figure, en toutes lettres,
dans un rapport écrit pour le Conseil supérieur de la magistrature par le
premier président de la cour d’appel de Versailles, qui n’est pas exactement un
plaisantin. Elle signifie que Robert disposerait d’un moyen de pression (ou de
chantage, si vous préférez) sur des élus, des juges, des fonctionnaires des
impôts, des policiers ; probablement des photos d’eux en « galante
compagnie ».
Des hommes politiques
« tenus » ? Des juges, « tenus » ? Des
flics, « tenus » ? Je ne sais pas vous, mais moi, il me
semble que si j’étais, disons, ministre de la justice, mon sang ne ferait qu’un
tour, si je découvrais, au détour d’un rapport dont ce n’est certes pas l’objet
premier, une révélation aussi incroyable. Aussi ENORME . Il me semble que
j’ordonnerais, toutes affaires cessantes, une enquête approfondie. Est-ce
qu’une telle enquête est en cours ? Monsieur Perben ? Des noms !
Des sanctions ! Je n’ai pas envie de passer les trente prochaines années à
me demander, à chaque fois que je verrai un élu, un magistrat, un agent du fisc
ou un policier : « Est-ce que ce gars-là est
« tenu » ? »
p.106 : « Le
problème est que ce canal qu’ont emprunté Jean-Paul Renard et son collègue
d’Aix est, tout simplement, contraire à l’article 2 du décret du 10 janvier
1935 prohibant expressément toute intervention au profit d’un magistrat, autre
que celle émanant de son supérieur hiérarchique. Jean-paul Renard affirme, pour
sa défense, qu’il ne connaissait pas cette disposition législative. »
p.110 : « En tout
état de cause, conclut Vincent Lamanda, « l’intervention que M. Renard a
malencontreusement suscitée ne constitue pas le fait le plus grave de ceux qui
lui sont reprochés. Mais pour autant, il n’a pas hésité à proférer des
mensonges éhontés au sujet de celle-ci ».
Et c’est bien le problème. Car bien
sûr, dès lors que nous savons que ce juge s’est arrangé avec la vérité une
fois, ne sommes-nous pas en droit de nous demander s’il l’a jamais
respectée ? »
p.116 : « Là encore,
il nous faut reprendre posément. Car nous venons, vous l’avez compris, de
basculer dans une sorte de quatrième dimension.
1) Le juge Renard instruit une
affaire de trafic de cocaïne.
2) Le juge Renard apprend qu’un
prévenu détient des informations susceptibles d’impliquer dans cette affaire
deux de ses collègues.
3) Le juge Renard convoque ce
prévenu. Sans le moindre témoin.
4) Au cours de l’entretien, le
prévenu met en cause, très directement, ces deux juges du tribunal de grande
instance de Nice.
5) Le lendemain, le prévenu est
remis en liberté par le juge Renard, qui avait jusqu’alors systématiquement
refusé de le remettre en liberté.
Cela peut paraître énorme. Mais le
prévenu lui-même confirme cet ahurissant épisode.
p.119 : « Il faut
préciser ici, pour une meilleure compréhension de cet ahurissant récit, que les
juges d’instruction n’ont absolument pas le droit de recevoir ainsi des
prévenus en catimini, de façon quasi clandestine. »
p.123 : « C’est
tellement énorme, qu’il nous faut poser très nettement la question qui nous
vient à l’esprit. En libérant Pierre, le juge Renard aurait-il essayé d’acheter
le silence de ce prévenu qui en savait tant ? »
p.140 : « Souvenir
d’Eric de Montgolfier : « J’ai dit à Renard ce que je contestais
dans sa façon d’avoir instruit ce dossier. En réponse à mon interrogation sur
l’absence d’audition de M. Balarello, il m’a répondu que cela aurait nui à sa
réputation. » Vous avez bien lu. Jean-Paul Renard a préféré oublier de
procéder à l’audition d’un élu dont on suspectait qu’il soit impliqué dans une
affaire de corruption dont l’instruction lui avait été confiée, pour ne pas
nuire à la réputation de cet élu. »
p.153 : « Rappelez-vous
ces magistrats, forts de leur corporatisme, de leur conservatisme, mais aussi
mus peut-être, du moins pour certains d’entre eux, par des motifs moins
avouables, qui ont pendant cinq ans, débiné le procureur Montgolfier, coupable
d’avoir détecté presque seul contre tous les dysfonctionnements de la justice
niçoise, de les avoir publiquement dénoncés, d’avoir surtout voulu que les
responsables de ces dévoiements soient dûment sanctionnés. Tout magistrats
qu’ils soient, dans le pire des cas. »
p.154 : « Rappelez-vous
Elisabeth Guigou, ministre de la Justice, qui refusait absolument de suivre
Eric de Montgolfier, lorsque celui-ci dénonçait l’influence néfaste d’une
certaine franc-maçonnerie sur le cours de la justice, et qui donnait des gages
au Grand Orient de France quand le procureur dénonçait la double appartenance,
évidemment nocive, de certains juges à la magistrature et à la
maçonnerie. »
p.155 : « Rappelez-vous
l’IGSJ toujours, qui préconisait pour finir la mutation du proc. Celle de
Philippe Dorcet. Celle d’Hervé Expert. Coupables d’avoir pourri l’ambiance au
tribunal de Nice, pendant que d’autres magistrats faisaient gentiment l’effort
de n’être que très occasionnellement mis en examen pour « faux et usage de
faux ».
Rappelez-vous, enfin, Dominique
Perben, ministre de la Justice, qui a un jour décidé de publier (au sens de
« rendre public ») un rapport – un seul – de l’IGSJ.
Justement le rapport qui
« flingu[ait] » le procureur Montgolfier, pour lequel son ami Jacques
Peyrat, maire UMP de Nice, se vantait justement d’avoir obtenu une mutation
auprès de ses amis du gouvernement.
Il faut dire les choses clairement.
Avant qu’Eric de Montgolfier, dont la particule ne doit pas tromper, ne vienne
démocratiser la justice niçoise, avec le soutien d’une très petite poignée de
juges et d’avocats moins soucieux de leur popularité sur les marches du
palais de justice de Nice que d’une même justice pour tous, celle-ci,
justement, a été une justice de classe
et de connivence. Par la faute de Jean-Paul Renard et de quelques autres
magistrats du sud-est de la France. »
p.159 : « Ce qui
énerve réellement les magistrats, c’est que leurs cogitations, pour discutables
qu’elles soient, ne soient pas réservées « à ceux qui sont
institutionnellement légitimes à en connaître ». C’est que le bon peuple,
bénéficiant, par exception, d’un tout petit peu de transparence, puisse
découvrir des informations dont, généralement, il n’a pas le droit de prendre
connaissance. »
p.162 : « Si
vraiment le ministre de la Justice et ses amis brûlent de servir, et de nous
prouver que la justice est la même pour tous, il ne faut surtout pas qu’ils se
gênent. Il y a encore du boulot, et je ne parle pas seulement des affaires
impliquant des élus de la majorité. »
p.163 : « Car il est
désormais évident pour tout le monde que ce qui s’est passé à Nice pourrait
s’être passé ailleurs. C’est, finalement, le grand enseignement de toute cette
affaire Renard : nous en savons si peu sur la réalité de notre système
judiciaire que nous sommes doublement terrifiés, lorsque nous en découvrons les
bas-fonds. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
De « Enquête sur les
notaires » (Marcel Gay, Stock, février 1998) :
p. 212 : « Henri Verne
enfonce le clou : « La Caisse de garantie ne joue pas toujours
son rôle », dit-il, en précisant qu’il a été employé dans cette structure
pendant deux ans, après avoir quitté son étude. Il trouve que « les fonds
employés par cet organisme ne le sont pas toujours à bon escient ». Quand
on lui demande si « la caisse de garantie fait tout son possible pour ne
pas indemniser les victimes », comme il l’a déjà dit, Me Verne répond sans
hésiter : « Oui, dans certains cas, la Caisse de garantie fait
tout son possible pour ne pas indemniser les victimes. C’est exact. Je connais
plusieurs sinistres dans ma région, à Aix-en-Provence ou dans le Vaucluse, où
les notaires ont été destitués depuis quinze ans et où les victimes ne sont
toujours pas indemnisées. On fait de la procédure. Et c’est dommage … »
p. 214 : « Cette
petite histoire contient à elle seule tous les ingrédients qui conduisent à la
bavure judiciaire. Et par conséquent au rejet de la justice par les
justiciables. Car non seulement aucun contre-pouvoir susceptible de réparer une
banale erreur ne s’est mis en route mais, au contraire, tout le système
judiciaire est conçu pour que l’ « erreur » devienne une
injustice. La victime devient coupable ! »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
De « BIENVENUE EN
FRANCE ! » (Anne de LOISY, Le Cherche Midi, janvier 2005) :
p.
27 : « Le commandant de la zone d’attente n’y trouve rien à
redire. « Les nullités de procédure de ce type sont rarement prises
en compte par un tribunal. »
Il
faut en effet que le non-admis puisse prouver que le document est antidaté. Il
doit donc trouver un moyen de transmettre le document par fax à un avocat ou à
une association spécialisée dans la défense des étrangers, comme l’Anafé, afin
d’attester que l’heure de renouvellement n’a pas été respectée. »
p.28 : « En
l’absence de ce document, face à un tribunal, c’est la parole de l’avocat de
l’étranger, souvent commis d’office, contre celle de l’avocat de la préfecture.
Sûr de son fait, le commandant détourne rapidement la conversation en
expliquant que « la Croix-Rouge n’a pas à faire de juridisme et à
interpréter les actes de police ».
Une
réplique qui sera régulièrement utilisée par la police pour mettre un
terme à toute conversation ou
interrogation de la part des médiateurs. »
p.78 : « Selon
les textes, les personnes en instance ont droit à l’assistance d’un avocat
lorsque leur notification de non-admission a été rédigée par la police aux
frontières. Cependant il n’existe aucune permanence d’avocats dans la zone
d’attente. Certaines personnes en instance se renseignent auprès de la
Croix-Rouge, d’autres auprès des maintenus. Les autres se font
« racoler » par téléphone. Il n’est pas rare d’entendre les non-admis
se plaindre.
« L’avocat
X ou Y leur a promis de les aider à sortir. Il est venu leur rendre visite pour
récupérer la somme convenue : de 400 € à 1500 €. Mais il ne s’est pas
présenté à l’audience. »
p.79 : « En
zapi, les médiateurs de la Croix-Rouge aussi bien que les agents de la police aux
frontières connaissent le nom des avocats faisant
du « racolage », mais personne ne fait rien. Une situation
d’autant plus inadmissible que, selon la déontologie de la
profession, « tout acte de démarchage ou de sollicitation est
interdit aux avocats ».
p.148 : « J’ai
du mal comprendre. Je relis la décision du tribunal et j’en ai les larmes aux
yeux. Comment un juge a-t-il pu prendre une telle décision ? S’est-il déjà
rendu en zone d’attente ? Est-il venu y discuter avec les différents
intervenants pour se rendre compte de la situation ? Effectuer des visites
en zone d’attente fait partie de ses prérogatives, mais rares sont les juges
qui se donnent la peine d’y aller, et c’est bien dommage. »
p.150 : « Impossible
de juger en toute sérénité dans les locaux cernés de grilles et placés sous le
contrôle de la police. L’accès du public aux audiences n’y serait pas
totalement libre, ce qui serait contraire au principe fondamental de la
publicité des débats. »
p.154 : « Peu
avant, Ferdinand, un étudiant camerounais en partance pour les Etats-Unis, aura
aussi servi de souffre-douleur aux policiers. Agé de 35 ans et hautement
diplômé, Ferdinand se rend à l’université à Los Angeles, pour y achever un
doctorat de droit public. »
p.159 : « De
leur côté, ses compagnons d’infortune contactent l’Anafé. L’association saisit
le procureur de Bobigny. Les certificats médicaux font état pour l’un
de « contusions cranio-faciale, du cou, des doigts, des organes
génitaux et des deux cuisses », pour l’autre de « contusions cranio-faciale,
du cou avec douleur, des deux poignets avec ecchymose du poignet gauche, des
deux jambes, de contusions thoraciques avec détresse respiratoire. »
« Au
tribunal, les Ivoiriens seront libérés pour cause de « voie de
faits » à leur encontre. Uzima n’a pas fait appel à l’Anafé. Elle sera
incarcérée deux mois à Fleury-Mérogis avec une interdiction de territoire de
trois ans. »
p.168 : « Le
commandant m’a autorisée à poursuivre mon travail auprès des maintenus et m’a
demandé de revenir pour être auditionnée, une fois mon travail effectué. Ce que
j’ai fait. Un autre lieutenant a pris ma déposition. Il a refusé de me remettre
une copie du procès-verbal. J’ai alors quitté le terminal 2A avant de
poursuivre ma visite des autres terminaux ».
p.168 : « Il
lui fait signer un document dans lequel les motifs du retrait ne sont pas
évoqués. L’agent refuse également de lui remettre une copie du
procès-verbal. »
« Le lendemain matin, toujours sans
nouvelle de sa direction, l’assistante humanitaire décide de se rendre au
siège. »
p.169 : « A
l’issue de nos quatre heures d’entretien, le commissaire a conclu en disant
qu’en effet il semblait que la personne avait été victime de violences. Il m’a
alors fait signer ma déposition et a lui aussi refusé de me remettre une copie
du procès-verbal ». Lucie CAMI DEBAT décide d’interpeller sa direction
concernant les accusations d’ « outrage à agent » dont elle est
victime et qu’elle juge calomnieuses. »
p.170 : « Quelques
jours plus tard, une responsable de l’OMI lui dit du bout des
lèvres : « Mais bien sûr, que nous vous soutenons ! »
A ce jour, Lucie CAMI DEBAT ne connaît
toujours pas les suites données à cette affaire.
Le
13 octobre 2003 , elle a été nommée « médiateur social » au CRA de Paris. Les instructions de sa
direction étaient claires : « Faites-en le moins possible. Sur
votre lieu de travail, lisez des magazines. »
p.170 : « Malgré
ses demandes répétées, Lucie CAMI DEBAT ne connaît toujours pas les motifs du
retrait de son habilitation. Cette jeune fonctionnaire se résignera à négocier
son licenciement. Son seul tort : avoir été au mauvais endroit au mauvais
moment et avoir assisté à des évènements que les autorités s’efforcent de
nier. »
p.171 : « Il
en est de même pour les personnes qui se sont malheureusement trouvées témoins
de violences en cours de rapatriement forcé. En 2003 et 2004, plusieurs
passagers ont été inculpés pour « trouble à
l’embarquement », « entrave à la circulation d’un aéronef »
et/ou « obstruction à une mesure de reconduite à la frontière ».
Fanny Petit, chercheuse en sciences sociales, écrit : « C’est
quand l’Etat devient lui-même violent, quand l’escorte policière est à
l’origine du trouble et de la tension au sein de l’appareil, quand elle ne
parvient pas à contraindre au silence l’expulsé, que la situation se renverse
et que les accusations se retournent contre les passagers eux-mêmes. Leur
interpellation brouille les pistes et déplace les responsabilités. »
p171 : « Quand
des individus protestent ou manifestent leur mécontentement, ils sont accusés
d’ « incitation à la rébellion » ou de « violence à l’égard
des forces de l’ordre », alors même que les témoignages ne viennent pas
corroborer les faits reprochés. Les personnes interpellées ont pourtant
simplement réagi verbalement à ce qui leur est apparu comme une insulte à la
dignité humaine. »
p.174 : « Pour
que ce triste bilan évolue, il faut impérativement que les différents
intervenants travaillant en zone d’attente fassent le ménage dans leurs propres
rangs. Police, Croix-Rouge et conseil de l’Ordre des avocats doivent exclure
leurs moutons noirs. Il faut en particulier sanctionner les policiers fautifs
avec force lorsqu’ils abusent de leur autorité sur des personnes en situation
de faiblesse. Il en va de leur crédibilité. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
p.9 : « Il
existe en France une loi qui n’a jamais été votée par le Parlement et encore
moins publiée au Journal officiel. Et pourtant, c’est peut-être la seule
qui soit vraiment respectée dans ce pays : la loi du silence. »
p.13 : «
La réalité est pourtant bien différente. Mais nous n’aimons pas la regarder en
face. Il y a dans ce pays une résistance collective aux faits qui dérangent les
habitudes de pensée. Une défiance endémique à l’égard des documents qui
fissurent les mythes.
Et pourtant, les archers
anglais nous ont bien mis une sacrée raclée à Azincourt. Mitterrand a été un
collaborateur de Vichy. Les experts comme les commentateurs ont minimisé
pendant plus de quinze ans l’ampleur de la corruption dans ce pays. Quant au
népotisme ou aux intrigues d’alcôve qui jouent, parfois, un rôle non
négligeable dans les affaires publiques, il n’est pas convenable de les
analyser, au nom d’une merveilleuse « exception française ». »
p.13 : « Des
magistrats et des ministres se sont ainsi déshonorés en entravant l’action de
la justice et en couvrant de hauts policiers auxquels ils avaient, il est vrai,
donné des instructions illégales. Les carrières des uns et des autres n’en ont
été qu’exceptionnellement altérées. »
p.14 : « Mais,
parfois, le vernis craque : « Nous appartenons au même monde,
confie avec satisfaction cet éditorialiste qui a négocié lui aussi l’anonymat,
pourquoi voulez-vous que nous crachions dans la soupe ? » Ces propos
dévoilent un aspect de l’omerta française que nous avons mis un moment à
cerner : la course au cynisme. C’est à qui franchira le premier la ligne
d’arrivée de cette compétition originale dont il n’est jamais question dans les
gazettes. Et chacun de porter avec ostentation sa médaille comme une croix de
guerre conquise sur le champ de bataille. Une affaire habilement
enterrée ? Une citation et un poste de directeur de cabinet ! Deux
décennies d’articles complaisants ? Un grade d’officier dans l‘ordre de
l’omerta et une chronique à la radio qui résistera longtemps à un taux d’écoute
désastreux ! Des dossiers importants escamotés ? Vous voilà fait
chevalier de l’ordre des sourds-muets de l’ENA et promu directeur dans le
ministère de votre choix ! »
p.15 : « Car
le club des étouffeurs veille. A quoi ? A faire croire au bon peuple que
tout va bien, que l’argent circule dans la transparence. Que l’actualité est
définitivement heureuse. »
p.38 : « Les
initiés connaissent, eux, le fonctionnement du système et s’en amusent .
Quant au bon peuple, il a droit à une langue de bois dont on ricane dans les
couloirs des ministères et des partis. »
p.43 : « Le
scandale tourne à la farce. C’est Guignol au Conseil constitutionnel. La France
se ridiculise. Seul Alain Peyrefitte, ancien ministre du Général et
académicien, ose poser dans Le Monde la question du maintien de Roland
Dumas à ses fonctions à l’occasion de la parution du témoignage de Christine.
Car c’est son livre qui oblige les commentateurs à mettre un pied dans la zone
grise. Alain Peyrefitte constate que le livre révèle « entre elle et lui
un type de relation cynique qui est incompatible avec l’idée que les français
se font de la morale publique ». Après tout, résume-t-il, la “putain de la
République”, comme elle se nomme elle-même, affirme qu’elle a
été “entretenue” par une entreprise publique pour influencer, manipuler et
contrôler le ministre des Affaires étrangères. »
Quelques jours auparavant,
le ministre de l’Intérieur par intérim Jean-Jack Queyranne avait expliqué dans
une tentative désespérée de sauver les apparences : « Les
Français font bien la différence entre la vie privée et les responsabilités
publiques. » A cet argument, rituel, l’ancien ministre du Général répond : « Le
problème c’est que cette distinction n’apparaît pas, en l’occurrence, comme
ayant été faite aussi rigoureusement par M. Dumas. » Il ajoute cette
flèche empoisonnée : « La conscience du président du Conseil
constitutionnel sera-t-elle plus scrupuleuse que la conscience du ministre
[…] ? »
p.45 : « Ce
scandale du maintien de Roland Dumas à ses fonctions – puisqu’il s’est contenté
de se « mettre en congé » de la présidence – doit en vérité beaucoup
à ses collègues du Conseil constitutionnel. Leur incroyable mutisme s’explique
par la situation explosive qu’ils ont à gérer. Qu’y a-t-il en effet derrière
l’actualité heureuse ? Des renvois d’ascenseur bien souvent. L’impunité
accordée dans des conditions effarantes à Chirac par le Conseil constitutionnel
illustre à merveille le fonctionnement du système. A ce titre, le 22 janvier
1999 devrait figurer parmi les dates à retenir de l’histoire de France. Ce
jour-là, la haute juridiction délivre au président de la République un
« permis de délinquant », puisque celui-ci ne peut être inquiété par
la justice durant tout son mandat. « C’est un scandale. ça ressemble à un accord dans une
arrière-salle entre malfrats ». Qui parle aussi sévèrement ? Un
dénonciateur obsessionnel des mœurs politiques françaises ? Un agent de
l’étranger ? Un extrémiste ? De droite ? De gauche ? Non.
Un cacique socialiste, député-maire de Montpellier depuis 1977, dont les propos
sont - curieusement ? - passés inaperçus : Georges Frêche. »
p.60 : « La
scène se déroule une fois par mois. Rue de Varenne, les voitures officielles se
succèdent. Réunions de travail ? Pas tout à fait. Ce jour-là, les chefs de
cabinet des différents ministres viennent prendre le magot. Après une attente
brève en général, ils pénètrent dans le bureau du chef de cabinet du premier
ministre. Celui-ci leur tend leur part. En liquide, bien sûr, puisque les
hommes politiques français ont inventé ce système unique au monde. »
p.61 : « Chez
nous, on est beaucoup plus généreux. Matignon distribue chaque année à sa guise
environ 200 millions de francs. Cet argent noir de l’Etat, légalisé lors des
sessions budgétaires par le Parlement, est un scandale. Parce qu’il profite à
l’ensemble de la classe politique, c’est le dernier tabou sur lequel les
français n’ont pas le droit d’être informés.
Dans un pays où chacun doit
pouvoir justifier précisément l’origine de ses ressources en cas de contrôle
fiscal, où tout versement en liquide est jugé suspect au point que les
banquiers sont désormais invités à signaler à une cellule du ministère des
Finances tous les mouvements d’argent présumés douteux, hauts fonctionnaires et
ministres se sont accordés le droit de déroger à toutes ces règles. Que devient
en effet cet argent liquide ? »
p.62 : « Première
destination des fonds secrets ? Les conseillers, chefs et directeurs de
cabinet - sans oublier le personnel moins gradé - qui entourent le ministre. Il
s’agit, plaident les intéressés, de compenser le rythme terriblement éprouvant
de la vie à ces hauteurs. Mais ouvrier en usine, c’est aussi éprouvant.
Peut-être même plus. Pourtant, ceux-ci n’ont pas droit, jusqu’à preuve du
contraire, à des primes en liquide. Alors, pourquoi les énarques parisiens et
les militants ministériels seulement ? Pourquoi cette opacité dans la
distribution ? Le bon plaisir. »
p.63 : « Les
sommes distribuées dans les ministères sont curieusement jugées symboliques par
les hauts fonctionnaires qui en profitent. Pensez donc, 5 000 à 15 000 francs
par mois : à peine des miettes ! Il est vrai qu’elles ne sont pas
déclarées au fisc. Mais si elles sont à ce point négligeables, elles ne
rétribuent pas à sa juste valeur le travail supplémentaire des infortunés
membres de cabinet. Alors pourquoi ce système immoral s’il n’exerce aucun effet
stimulant sur les élites ? Voilà un vrai mystère. »
p.64 : « Car,
ensuite, le ministre dispose. Il ordonne ou non de partager la galette avec ses
conseillers. Dans les dîners en ville parisiens, cela fait des années que le
nom de Jack Lang provoque ainsi des sourires entendus. Cet homme si attaché aux
valeurs morales avait une spécialité lorsqu’il était aux affaires : il se
réservait une grosse part des fonds secrets attribués à l’ensemble de son
ministère. Alors, un petit calcul à partie d’une hypothèse d’école : sur
environ 100 000 francs mensuels, Jack s’attribue environ 70 000 francs par
mois. 70 000 x 12 = 840 000 francs par an. Lang a veillé sur le ministère et
manifesté le dynamisme que l’on sait pendant dix ans : il cumulait à la
fin du deuxième septennat de Mitterrand cette fonction avec l’Education nationale,
ce qui donnait droit à une deuxième tournée. Donc 840 000 francs x 10 = 8,4
millions de francs lourds. Ah ! une précision : ces fonds étant
secrets, ils ne font, par définition, l’objet d’aucune déclaration officielle
et ne sont donc pas assujettis à l’impôt sur le revenu. Pas plus d’ailleurs,
qu’à la moindre cotisation sociale. La dernière tranche d ‘imposition est
de 56%. Pour obtenir 8,4 millions « nets » (deux fois le plafond
annuel de l’impôt de solidarité sur la fortune, l’ISF), il faut en gagner
20. »
p.71 : « L‘argent
qui n’existe pas officiellement devient donc, au moment même où la vie publique
est de plus en plus polluée par la corruption, un sujet définitivement tabou.
Le silence qui l’entoure a favorisé toutes les dérives. Elles se résument à une
situation troublante qui n’est jamais abordée : celle d’une classe
politique à petits revenus mais à gros patrimoines. »
p.76 : « Et
les Lang ? Profession de Jack : il initiait ses étudiants aux
subtilités du droit public à Nancy avant de devenir ministre. Et Monique ?
Sans profession. De quoi faire de petites économies ? Sans doute. Pourtant
un miracle s’est produit de nature à redonner espoir à tous les enseignants de
France. Ce couple de gauche comblé par la politique profite pleinement de son magnifique appartement situé place des
Vosges, dans l’un des plus beaux quartiers de Paris (évaluation
pessimiste : 5 millions de francs) et d’une ravissante maison avec piscine
– mais l’intéressé préfère parler d’un « bassin » - achetée dans le
Lubéron (évaluation très raisonnable : 2,5 millions de francs). Comment
expliquer cette réussite magique ? Dans l’état actuel du droit français
impossible d’en écrire plus. »
p.78 : «
Contrairement à la légende pieuse entretenue par les serviteurs du culte,
Mitterrand aimait donc l’argent. »
p.80 : « La
différence entre la France et l’Italie c’est qu’en Italie la mafia et l’Etat
sont séparés. En France, c’est la même chose. »
p.80 : « Que
de commissions occultes en racket sur les marchés publics, de bureaux d’études
en emplois fictifs, la corruption a fini par devenir une composante importante
de cette « exception française » qui fait la fierté de nos
chroniqueurs. De ronds-points inutiles – en Europe la moitié sont implantés en
France – en ponts surfacturés, de grandes bibliothèques en palais des congrès,
tout est prétexte, aujourd’hui encore, en dépit des lois de
« moralisation » de la vie politique et des incarcérations, à faire
payer au contribuable le train de vie des partis. Et l’enrichissement de
certains élus. »
p.86 : « Bien
entendu, ces emplois fictifs ne sont pas l’apanage de la droite. L’affaire de
la MNEF a montré que les salariés fantômes sévissaient aussi à gauche. Des
militants socialistes en ont profité. Certains proches de Jospin comme le
patron de la fédération PS de Paris Jean-Marie Le Guen ou Jean-Christophe
Cambadélis, ont bénéficié de salaires ou d’honoraires de circonstance, parfois
même en les cumulant avec leur traitement de députés. L’idée que leurs revenus
provenaient d’un argent qui aurait dû aller aux étudiants ne les empêchaient
manifestement pas de dormir. »
p.88 : « Dans
le classement imparfait basé sur le niveau suspect des échanges commerciaux avec
des régimes peu honorables, on trouve dans le groupe de tête des trois pays
favorisant les marchés générateurs de copieux pots-de-vin, la Belgique, la
France et l’Italie. S’ils avaient lu Time, MM. Juppé, Leclerc, Minc et
associés sauraient qu’aux yeux du principal organisme qui mesure la corruption
dans le monde, Transparency International, la France se rapproche
dangereusement du Nigeria et de la Bolivie, deux nations encore plus mal
classées.
Que s’est-il passé ?
Comment sommes-nous entrés, en deux ou trois décennies, dans la catégorie des
pays en voie de sous-développement sur ce plan ? La réponse tient en peu
de mots : explosion du coût des campagnes, politisation croissante de la
haute administration, absence de contre-pouvoirs et de financement public de la
vie politique. Sans oublier l’affaiblissement de l’intégrité d’élus
sélectionnés par des bureaucraties parisiennes de plus en plus gourmandes en
cash.
La réalité , aujourd’hui,
c’est que presque tous les aspects de la vie publique font l’objet d’un racket
par les partis. »
p.110 : « L’omerta
française, c’est aussi cela : le RPR se servait largement. Le PS ramassait
les miettes. Donc, tout le monde se taisait. »
p.111 : « Mais
l’adhésion est si tentante ! Ils sont les représentants du peuple, l’incarnation
de la Nation, les gardiens des institutions. L’Etat, c’est eux. Et leur
carrière se rejoue périodiquement dans le secret de l’isoloir. Comment, dans
ces conditions, tolérer sans sourciller la critique ou pis, la révélation
désagréable ? »
p.122 : « Après
des années de règne à la Chancellerie, Paul-André Sadon, ancien procureur
général de Paris, âme damnée de quatre gardes des Sceaux, a livré quelques-uns
de ses secrets à deux journalistes du Monde. A l’une de leurs questions
sur l’indépendance du juge d’instruction, il répond : « Mais,
croyez-vous que le juge d’instruction soit parfaitement indépendant du
président du tribunal qui le note, ou du premier président, lequel est choisi
par le pouvoir ou le Conseil supérieur de la magistrature avec un œil
particulièrement attentif ? »
p.123 : « Ce
qui est vrai des juges d’instruction l’est a fortiori des membres du
parquet, qui dépendent, eux, étroitement de la hiérarchie. « Il ne faut
jamais oublier que ce qui occupe le plus un procureur, c’est d’enterrer les
affaires », s’amuse Arnaud Montebourg, avocat qui a bataillé sur
l’appartement d’Alain Juppé et sur ceux des enfants Tiberi, et qui est devenu
en 1997 député socialiste de Saône-et-Loire. »
p.129 : « Julliard
écrivait même, à contre-courant de ses distingués confrères : « Les
mœurs politiques françaises souffrent aujourd’hui d’une véritable
gangrène. »
p.159 : « L’homme
du 20 heures attaque l’hebdomadaire en référé le 4 août – nuit de l’abolition
des privilèges, il est vrai que c’était en 1789 - ,au titre de la présomption
d’innocence. »
p.171 : « L’autocensure
par définition invisible, est ainsi devenue la forme la plus aboutie de
l’omerta française. Supplice moderne, les journalistes sont contraints de
mutiler eux-mêmes leur travail lorsqu’ils s’attaquent au cœur du système
mafieux. »
p.174 : « L’omerta
française est donc une réalité. Mais une réalité à géométrie variable.
Chaque
média, chaque journal, chaque maison d’édition est traversée par des rivalités
ou des clivages idéologiques qui, heureusement, laissent parfois filtrer un
lambeau de vérité. »
p.177 : « D’ailleurs,
une des meilleures manières d’étouffer un scandale est qu’il soit publié par Minute :
le reste de la presse considère ensuite le sujet comme indigne d’être traité.
Ce fut le cas pour Mazarine, l’appartement du quai Branly, la résidence
secondaire de Souzy-la-Briche… André Laurens, ancien directeur du Monde,
confirme cette tournure d’esprit : « Longtemps, le fait que
d’éventuelles vérités dérangeantes fussent véhiculées par l’extrême gauche ou
l’extrême droite, a servi de parade convaincante pour en dénier la
valeur. » L’information n’aurait-elle pas de valeur en elle-même ? Eh
bien non : « Ce qui comptait, confesse ce journaliste politique
autrefois influent, c’était le positionnement politique, le statut social, le
niveau d’influence dans le milieu parlementaire, le prestige et la qualité du
verbe. » En deux mots : le politiquement correct. »
p.193 : « C’est
d’ailleurs Roger Frey qui proposa au Général, à la veille de l’élection de
1965, de sortir dans la presse la fameuse photo où l’on voit ensemble Pétain et
Mitterrand. L’homme de la France libre refusa : pour ne pas porter
atteinte à la fonction présidentielle, dit-il, au cas où celui qu’il appelait
aimablement « l’Arsouille » l’occuperait un jour. Les Français
n’étaient pas jugés assez intelligents pour se faire leur propre
opinion. »
p.200 : « Mais,
à vrai dire, un seul homme dans la presse française avait depuis des années
brisé la loi du silence franco-corse. Guy Benhamou n’a cessé d’alerter
l’opinion dans les colonnes de Libération sur l’ampleur des
règlements de comptes locaux et les complicités favorisant le statu quo, sans
oublier la terrible responsabilité des élus et de trois ministres de
l’Intérieur – Pasqua, Joxe et Debré – dans cette dérive qui a gangrené le cœur
de l’Etat. »
p.201 : « Les
(mauvaises) habitudes ne se perdent pas facilement. Car, mis à part Guy
Benhamou, rares sont les accrédités chargés des affaires de police à avoir,
avant l’assassinat du préfet, décrit dans leurs articles la manière dont les
nationalistes corses s’y sont pris pour s’attirer les complaisances des
ministres de l’Intérieur. Rien sur les instructions données aux patrons
successifs de la police de ne pas inquiéter les responsables, souvent
identifiés, d’attentats ou de meurtres. Rien sur ces fonds secrets que le
ministre Pierre Joxe attribua généreusement à certains mouvements extrémistes
pour obtenir une illusoire « trêve des attentats ». Rien non plus sur
cet argent africain qui avait auparavant profité à ces mêmes nationalistes
grâce à l’obligeance du prédécesseur de Joxe, Charles Pasqua, plus ferme en
paroles qu’en actes avec cette Corse où il a recruté de si nombreux amis
politiques. »
p.202 : « Récemment,
quatre-vingt-seize journalistes et producteurs ont fait leur autocritique. Ils
ont reconnu pendant des années avoir « déformé les faits » et
« fabriqué de fausses nouvelles » avant de présenter leurs
« regrets » au public. ça
se passait en Corée du Sud. »
p.205 : « Dans
n’importe quel pays un journaliste « acheté », membre de surcroît de
la hiérarchie, et ayant reconnu les faits, serait licencié et poursuivi en
justice. Mais nous sommes en France. »
p.207 : « Ce
qui est plus intéressant, c’est ce qui se produit à partir du moment où ce lien
financier dérangeant – ne parlons pas de corruption ! – entre une
entreprise et un journaliste est révélé à la hiérarchie et à certains collègues.
Ceux qui savent s’empressent de se taire. C’est le premier échelon de
l’omerta. »
p.211 : « Il
faut donc qu’un scandale éclate pour que les dirigeants réagissent. En temps
ordinaire, tout le monde se garde bien de poser des questions sur les
frontières floues qui séparent la « prestation » de la
« corruption ». « C’est une vieille tradition française,
remarque l’éditorialiste Philippe Meyer. Au début du siècle, c’est grâce aux
enveloppes distribuées par l’ambassadeur du tsar aux journalistes que l’emprunt
russe a connu un tel succès. »
p.213 : « Un
peu plus tard un tract de la CGT circule, mettant en cause la directrice
adjointe de l’information, Arlette Chabot. Intitulé du
tract : « Arlette fait son ménage à France Telecom. »
Quelques jours auparavant, au MIPTV de Cannes, Xavier Gouyou Beauchamps,
président de France Télévision, avait déclaré : « Nous ne sommes
pas des flics, mais si on nous apporte des preuves, nous les
regarderons. »
La CGT, justement, semble
assez bien renseignée sur la prestation d’Arlette Chabot. C’était en avril
1996, au moment du débat sur la privatisation de France Telecom. La journaliste
a réalisé une opération de « communication interne » pour
l’entreprise, qui consistait notamment à interviewer son P-DG, Michel Bon, et
des salariés sur le thème de la libéralisation des télécommunications. Arlette
Chabot, qui est en même temps une éditorialiste politique avisée, n’a-t-elle
pas vu le contenu très politique d’une telle prestation ? En tous cas,
l’affaire va coûter son poste à… une autre journaliste. Eve Métais, déléguée
CGT, est en effet à l’origine du scandale. Elle est aussitôt écartée de sa
fonction de numéro 2 du service économique. Officiellement pour avoir insulté
sa supérieure hiérarchique, Françoise Laborde, au cours d’une réunion interne
qui a tourné au pugilat. En réalité, pour avoir révélé le « ménage »
d’Arlette Chabot. Cette sanction est évoquée très discrètement par la presse.
Il faut dire qu’Eve Métais
était depuis un moment sous surveillance. En septembre 1994, elle avait une première
fois subi les foudres de sa hiérarchie pour avoir « manqué de
respect » à Nicolas Sarkozy, ministre du Budget, porte-parole du
gouvernement et favori du premier ministre de l’époque Edouard Balladur. Un
soir où le jeune espoir d’alors s’était invité au journal de 20 heures pour
présenter quelques mesures fiscales propres à amadouer le contribuable – car ce
sont, parfois, les invités qui s’invitent sur les plateaux – elle osa faire un
sujet démontrant que la baisse d’impôt annoncée aboutirait en réalité à un
alourdissement de la fiscalité. Cette séquence rendit le ministre du Budget
furieux. Si furieux que ses supérieurs demandèrent à Eve Métais d’aller
s’excuser auprès de lui. Parce que les chiffres qu’elle avait présentés à
l’antenne étaient faux ? Non. Simplement parce qu’il n’était pas
« convenable » de mettre ainsi le ministre face à ses
contradictions. »
p.216 : « L’enveloppe
en liquide est facultative. Souvent, un beau voyage suffit pour amadouer les
reporters en mal d’exotisme. L’industrie pharmaceutique offre en pagaille des
voyages gratuits aux journalistes médicaux pour qu’ils assistent à des congrès
dont elle finance également l’organisation, dans des lieux qui n’ont rien de
repoussant. Quand une grande entreprise est ennuyée d’avouer de mauvais
résultats, son P-DG décide d’aller les annoncer en Australie ou en
Nouvelle-Zélande, où il convie une partie des journalistes économiques. Le
climat océanien semble avoir opéré : les articles ne seront pas trop
critiques. L’exemple le plus caricatural reste celui de Jacques Crozemarie. Le
fondateur de l’ARC ne reculait devant aucun sacrifice lorsqu’il s’agissait de
s’attirer les bonnes grâces des médias. Venise, la Chine, les Antilles :
les « attachés » de l’ARC répondaient en masse à ses invitations, puisqu’ils
furent plus de trente à arpenter la Grande Muraille grâce aux dons contre le
cancer. »
p.217 : « Dîner
en ville à Paris. On y parle de ces élites qui n’inspirent plus guère confiance
aux français. L’un des invités trouve le procès excessif. Sans le dire
ouvertement, il y voit un réflexe populiste, poujadiste, qui fait naturellement
« le jeu de l’extrême droite ». D’ailleurs, ajoute-t-il en se levant
pour passer à table, à part la corruption et le chômage, tout ne va pas si mal
en France. »
p.218 : « Trois
cent soixante-quinze élus mis en examen, selon les chiffres officiels du
ministère de l’Intérieur en 1998 ? Trois millions de chômeurs ? Un
million de SDF ? Trois à quatre millions de familles au niveau du seuil de
pauvreté : c’est pour ce couple de gauche le prix du progrès. L’idée qu’il
y a peut-être un lien entre l’explosion des dessous de table, le gaspillage de
l’argent public et le retour de la misère pour beaucoup ne semble pas les
effleurer. »
p.229 : « Avril
1997. Un ancien commissaire, Patrick Rougelet, s’apprête à publier un livre
violent sur les méthodes de l’une des dernières polices politiques du
monde : les Renseignements généraux, largement mis à contribution par les
différents gouvernements depuis cinquante ans. On y apprend comment il a
espionné Le Monde, l’existence de notes des RG sur les voyages
galants de Giscard en Centrafrique, lorsqu’il était à l’Elysée, l’impunité de
certains délits d’initié commis autrefois au sein d’un service, les soupçons de
corruption que nourrissent certains juges envers la sous-direction des courses
et jeux ou encore la façon dont certains policiers importants se constituent
des dossiers compromettants sur la classe politique pour sauver leur tête
éventuellement menacée par une alternance. Souvent cité : le directeur des
RG, Yves Bertrand. Pour lui, ce livre est une bombe : il contient de quoi
nourrir de regrettables polémiques, d’autant que l’auteur, qui a été révoqué de
la police, n’a plus rien à perdre. »
p.231 : « On
ne saura que deux ans plus tard, en mars 1999, que le procès-verbal de l’IGPN (
la « police des polices ») qui a conduit à la révocation du
commissaire avait été trafiqué. »
p.232 : « Malgré
l’énergie déployée en haut lieu pour enterrer le livre, on va en parler. L’un
des responsables de la rédaction de France 2, Pascal Guimier, accepte de lire
le livre. Michèle Fines réalise un reportage incisif qui passe dans le journal
de 20 heures. Michèle Cotta ose consacrer sa chronique matinale de RTL à
l’ouvrage. Quelques semaines plus tard, elle veut inviter l’auteur à son
émission dominicale, sur France 2. Jean-Louis Debré, qui se croit toujours au
temps de l’ORTF – et de son père – lui fait savoir que ce serait
« inopportun ». Elle n’en a cure. Rougelet sera sur le plateau de « Polémiques »
ce jour-là. Quant à Michel Field, qui anime alors une émission l’après-midi sur
Europe 1, il interrogera l’auteur pendant deux heures entières et fera état à
l’antenne des pressions qui se sont exercées sur lui juste avant
l’émission. »
p.233 : « Pourquoi
des connivences aussi fortes ? La longévité professionnelle joue un grand
rôle. Flics et journalistes font carrière ensemble. A l’image de leurs
confrères des services politiques qui vivent finalement la même vie que les
élus. Ils ont trente, quarante puis cinquante ans et finissent par penser (à
défaut de se l’avouer) : « Nous nous sommes tant aimés… »
p.234 : « Les
frontières entre la presse et la police finissent par devenir de plus en plus
floues. Pierre Feuilly fut longtemps un pilier du service des informations
générales à l’AFP et un syndicaliste influent dans la maison. Lorsqu’il
embauchait un journaliste, il consultait ses amis flics. Rien de grave ?
Peut-être. Pourtant, certains de ses confrères pensent que ces conversations où
l’on évoquait la personnalité des candidats n’étaient pas sans conséquences.
Celui qui était mal vu de la hiérarchie policière avait-il autant de chances
que ses concurrents ? Pas sûr. La bénédiction de la place Beauveau,
sollicitée officieusement, n’était pas neutre. Et puis, était-il indispensable
de montrer à tel directeur du ministère le questionnaire d’embauche rempli par
un candidat ? Ces bonnes manières feraient scandale à l’étranger. C’est
évidemment une coÏncidence mais il se trouve que, lorsque le juge Jean-Pierre
perquisitionna les locaux d’Urba, l’AFP, première agence de presse française,
fut atteinte d’un brusque dysfonctionnement. Alors que ses dépêches concernant
l’actualité brûlante sortent en général en temps réel, il fallut près de
vingt-quatre heures pour que le service de Pierre Feuilly, par ailleurs
militant au PS – tendance Poperen - , répercute cet événement. Ce ratage est
d’autant plus funeste que le juge fut instantanément dessaisi – par fax !
– du dossier par le garde des sceaux, le socialiste Henri Nallet, ancien
responsable, encore une coïncidence, de la campagne de Mitterrand en
1988. »
p.236 : « Ce
qui est sûr, c’est qu’en dix ans de « Droit de savoir », ce
journaliste n’a jamais diffamé la police nationale ou le ministère de
l’Intérieur. Les « bavures » ? Quelles
« bavures » ? Les flics ripoux ? Connaît pas. L’accueil
dans les commissariats ? Pas un sujet ça, coco ! Les manipulations,
les enquêtes orientées ? Les écoutes téléphoniques ? Les violences en
garde à vue ? Les caisses noires de certains services de police qui
permettent d’arrondir les fins de mois ? Mais puisqu’on vous dit que ça
n’existe pas. Pas plus que les boîtes de nuit protégées par les commissaires –
sur les Champs-Elysées ou ailleurs. Ou les maisons closes protégées par d’anciens
avocats proches de Mitterrand devenus ministres et que l’Intérieur ne ferme pas
parce qu’on y récolte des « tuyaux » utiles. Ou les « notes
blanches » du ministère mettant en cause le goût pour les petits garçons
de ce journaliste chargé des affaires politiques ou de cet ancien conseiller
d’Alain Juppé à Matignon. Ce n’est pas le genre de la maison ! D’ailleurs,
si ça existait, les accrédités en parleraient, non ? »
p.241 : « Certains
rapports, comme ceux que nous avons entrepris sur la fonction publique, posent
en effet des problèmes de présentation ». Pourquoi ? « Les
données récoltées, poursuit ce responsable, risquent de heurter le
contribuable : comment lui dire que des fonctionnaires de la Direction des
Impôts ne déclarent pas certaines de leurs primes au fisc ? Et que , bien
sûr, la “maison” ferme les yeux ? »
p.244 : « Le
rapport sur la mise à disposition des personnels enseignants auprès des
syndicats au ministère de l’Education nationale en est l’illustration. Même si
le titre paraît soporifique, cette étude contient de la dynamite : une
vérité difficile à faire passer, à savoir l’incroyable complaisance des
directions d’administration centrale, mais aussi des ministres successifs
vis-à-vis des syndicats. Il y a de la cogestion dispendieuse dans l’air et de
furieuses polémiques à attendre notamment avec le SNES.
La MNEF ? Le scandale
auquel plusieurs caciques du PS sont mêlés éclate en 1998. Mais il attend en
coulisse depuis un moment… Quatorze ans exactement. A deux reprises, la Cour a
préféré enterrer le dossier. En 1983, un premier rapport dénonce des frais de
personnel exorbitants, un déficit abyssal et quelques privilèges bien éloignés
de la vie quotidienne de l’étudiant moyen. Les erreurs de gestion relevées sont
si impressionnantes qu’on décide, dans un premier temps, de déférer le
président et le directeur général de la MNEF devant la Cour de discipline
budgétaire et financière (CDBF), une sorte de banc d’infamie dans le monde en
général assez indulgent des ministères. »
p.245 : « Mais
il y a mieux encore : le rapport Blanchard, rédigé en 1984. Il n’existe
tout simplement pas de terme officiel pour qualifier son degré de
classification. Même avec beaucoup d’imagination, il est difficile d’envisager
en quoi il pourrait menacer l’intérêt national. Ce texte, commandé par Pierre
Mauroy quand il était à Matignon, concerne les primes et les rémunérations
dites « accessoires » (ce n’est évidemment pas le cas) versées
aux fonctionnaires. Ce document-là est, depuis quinze ans, mieux protégé que
l’organigramme de la DGSE ou les secrets nucléaires de la Cogema. Il n’a été
imprimé qu’en quelques exemplaires dont un pour le coffre de Matignon – mais
tenu hors d’atteinte des conseillers, même les plus proches de Mauroy – et un
autre pour celui du premier président de la Cour. »
p.247 : « Entre
la Saint-Sylvestre et la Saint-Valentin, la France connaît un rituel : la
publication du rapport annuel de la Cour des comptes. La presse se charge d’en
reproduire les extraits les plus pittoresques sur un sujet éternel : la
gabegie politico-administrative. Le rapport est une grande affaire. En effet,
il représente moins de 15% des recherches de la Cour. Mais c’est ce qui est
porté à la connaissance du bon peuple. La sélection des « morceaux
choisis » obéit donc à des règles très précises mais – injustement –
méconnues. Oui à la transparence, mais jusqu’un certain point. Chaque
« chambre », spécialisée dans un secteur d’activité, fait donc un
premier tri. Puis se réunit le « comité du rapport public », où
siègent tous les présidents de chambre et quelques hauts fonctionnaires de la
maison doués pour le déminage des dossiers mal engagés. Ce comité fonctionne
dans le plus grand secret et ne rend de comptes qu’au premier président de la
Cour des comptes. A l’issue de ces réunions, le choix des travaux jugés dignes
d’être portés à la connaissance du citoyen se fait avec tact. Le reste, soit
85% des enquêtes ? Il n’a, assure-t-on à la Cour, aucune valeur
pédagogique. Ce n’est pas sûr. »
p.251 : « C’est
dans un secteur inattendu que la résistance est la plus opiniâtre… et la plus
efficace : celui de l’agriculture. « Les subventions aux
agriculteurs, leurs mécanismes, leurs montants, cela fait partie des secrets
les mieux gardés de France, assure un magistrat de la Cour. Il y a là des
milliards de francs dépensés sans contrôle. Mais aucun premier ministre n’a
jamais voulu y toucher, par clientélisme à l’égard du monde rural, mais aussi
par peur de ce que l’on allait trouver et des réactions de violence que cela pourrait
provoquer. »
Mais
c’est quand on touche à l’argent-qui-n’existe-pas – primes en tout genre
échappant au contrôle du Parlement – que l’ambiance se dégrade vraiment. A
Bercy, au cabinet du ministre, on fait par exemple savoir à la Cour que la
rallonge budgétaire qu’elle a réclamée pour l’année suivante risque, vu les
circonstances, de ne pas être accordée. Frissons garantis rue
Cambon ! »
p.252 : « Les
primes des trésoriers-payeurs généraux (TPG), ces super-comptables de l’Etat
qui règnent sur tout un département ? Elles sont assises sur l’épargne
qu’ils collectent. Au nom de quoi ? D’un arrêté secret, justement, pris
pour la première fois en 1966. Cette soulte représentait tout de même, d’après
les calculs de la Cour des comptes, la somme de 560 millions en 1995. Cent
quarante autres millions revenaient aux ingénieurs de l’Equipement, au titre de
leur activité de « conseil aux collectivités locales ».
Les TPG doivent à un autre
arrêté secret d’être exemptés de taxe d’habitation. Anecdotique ? Pas vraiment.
La plupart d’entre eux bénéficient de très vastes logements de fonction, qui
donneraient lieu à une imposition substantielle. Les préfets, qui acquittent en
revanche la taxe d’habitation pour les palais départementaux qu’ils occupent,
en savent quelque chose. Au total, ces règles dérogatoires au droit commun
permettent de sortir dans la discrétion environ 1 milliard de francs chaque
année. La Cour des comptes ne sait guère comment aborder ce chapitre
embarrassant dans la grande enquête qu’elle a lancée depuis 1997 sur la
fonction publique. Elle redoute probablement de réveiller le « poujadisme
latent des français ». »
p.256 : « Malheureusement
pour les étouffeurs, la pression de l’opinion se manifeste parfois. Elle
contraint alors les élus à organiser un simulacre d’investigation sur un vrai
sujet. »
de la Brunetière
p.257 : « Pourtant,
les parlementaires disposent de moyens de pression considérables. Tout témoin
qui refuse de répondre sous serment encourt une peine de deux ans de prison, 50
000 francs d’amende et la privation de ses droits civiques. De quoi faire
réfléchir les plus récalcitrants. Pourquoi ces moyens ne sont-ils presque
jamais utilisés ?
François d’Aubert, rapporteur
en 1983 d’une commission d’enquête sur l’infiltration de la mafia dans le sud
de la France, avait démasqué, à Grenoble, M. Pagano, un de ces nouveaux
parrains venus d’Italie et tranquillement installés en territoire français. Que
s’est-il passé ? Alain Carignon a porté plainte contre X. Contre
l‘intéressé et les milieux mafieux ? Non, le maire de Grenoble a mentionné
dans sa plainte la volonté de « dénigrement et l’atteinte à l’image de sa
ville »… Espérons que sa condamnation à quatre ans de prison pour
corruption ne lui aura pas enlevé ce culot qui est le privilège des étouffeurs honoris
causa. Quant au procureur de Grenoble, Michel Albarède, il s’est indigné de
« l’atteinte directe à la présomption d’innocence » des personnes
citées dans le rapport parlementaire. Sa réaction ? Il a ordonné de
suspendre toutes les investigations policières sur le sujet. Précisons que M.
Pagano a depuis été extradé vers Agrigente pour y être jugé. Agrigente est une
jolie ville de Sicile. »
p.262 : « Comment
expliquer, cependant, les propos tenus par Pierre Lyon-Caen, avocat général à
la Cour de Cassation ? Il rapporte que, lorsqu’il était procureur de
Nanterre, au début des années 90, il recevait des plaintes de justiciables
étonnés de voir leurs concurrents siéger dans la formation chargée de les
juger. Que n’a-t-il à l’époque usé de ses pouvoirs pour en savoir
plus ? »
p.263 : « Mais
il ne faut pas oublier qu’en 1980, soit dix-huit ans avant ce « grand bond
en avant », l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) avait
rédigé un rapport sur l’aide sociale fournie à l’île de Beauté. On y apprenait
qu’elle recevait de Paris « l’aide sociale la plus importante de la
métropole ». « Statistiquement, exposaient leurs auteurs, il y a
en Corse dix fois plus de titulaires du statut d’infirme que sur le reste du
territoire français. » Des malheureux à qui on a coupé la
langue ? »
p.268 : « Quant
à l’homologation des tests anti-sida, elle fait l’objet d’un autre scandale, plus
politique. Les laboratoires Abbott ont leur test. Les cabinets ministériels de
Georgina Dufoix et d’Edmond Hervé – avec l’aval du conseiller de Matignon –
oeuvrent pour différer cette homologation, afin de laisser toutes ses chances à
notre industrie nationale, représentée par Pasteur. Son ancien directeur,
François Gros, sommité du milieu scientifique, conseille justement le premier
ministre, Laurent Fabius. Son avis l’emportera lorsque la décision sera prise
de « retenir » - bloquer en jargon administratif – le test américain.
La presse donne l’alerte, à la mi-juin 1985. Le premier ministre, annonce alors
que le dépistage du Sida sur tous les dons de sang va devenir obligatoire.
Annonce rendue effective par l’arrêté du 23 juillet. Il était plus que temps :
chaque semaine, environ 200 personnes sont contaminées par le Sida à l’occasion
d’une transfusion ou d’une perfusion. »
p.270 : « Avril
1989 : Le Canard Enchaîné reproduit une note de Michel Garetta aux
distributeurs qui date de fin juin 1985 et stipule que « la distribution
de produits non chauffés reste la procédure normale tant qu’ils sont en
stock ». Les médias ne réagissent pas.
L’administration,
elle, s’agite. Et pense trouver une parade susceptible de calmer les hémophiles
contaminés. En juillet 1989 est signé un protocole prévoyant leur indemnisation
à raison de 30 000 à 170 000 francs selon les cas. Des chiffres dérisoires qui
donnent une idée de la désinvolture que manifestent alors les grands commis de
l’Etat. »
p.272 : « La
bombe explose le 25 avril 1991, six ans après les faits. Anne-Marie Casteret
reproduit dans L’Evènement du jeudi le compte rendu de la réunion
interne du CNTS qui s’est tenue le 29 mai 1985. Celle-là même où, prenant acte
que tous les lots sont contaminés, Michel Garetta décide de continuer à les
écouler sans que cette décision provoque, au demeurant, la rébellion de ses
collaborateurs. »
p.272 : « L’émotion
est si vive, le scandale si grand que Michel Garetta est acculé à la démission
le 3 juin 1991. Une démission dorée, d’ailleurs, puisqu’il empoche quelque 3
millions de francs d’indemnités. Pour services rendus ? A qui ? Pas
au milieu politique tout de même ? »
p.286 : « Robert
Flamant est directeur de l’Institut Gustave–Roussy (l’IGR), en ce début des
années 80. Il n’a jamais accepté les diktats de Crozemarie. Il s’oppose à lui,
dénonce ses pratiques dans la presse. Les représailles pleuvent contre lui. Le
« président-fondateur » coupe les vivres à l’IGR, à l’exception de
subventions destinées à quelques médecins « amis ».
Sa méthode, en vérité, est une sorte de concentré des ingrédients
nécessaires pour obtenir le silence. D’abord, tenir sa clientèle immédiate, en
l’espèce les chercheurs, par le nerf de la guerre : l’argent. Une denrée
d’autant plus précieuse qu’elle est très rare dans le secteur de la recherche
médicale. Ensuite, nourrir des réseaux divers, dont beaucoup dans le cas
présent trouvent leurs sources dans la franc-maçonnerie. »
p.288 : « Le
26 avril 1986, une interview de Jacques Crozemarie par Jean Miot – entre amis
on se comprend mieux – rappelle le lecteur à son devoir : «
Faites le geste d’adhérer à l’ARC. Ce geste, répété des millions de fois, nous
donnera les moyens de progresser dans la lutte contre les cancers. »
Le 24 janvier 1991, en
pleine bataille administrative sur l’enquête de l’IGAS, Jean Miot ne faiblit
pas : il qualifie l’attitude gouvernementale d’ « acharnement
thérapeutique » (c’est le titre de l’article) : « Qui veut la
mort de l’ARC ? Qui veut la mort de l’Institut Gustave Roussy ? Qui
veut la mort de la recherche contre le cancer ? » s’emporte-t-il.
Au bataillon des
journalistes médicaux, moins influents que Miot mais qui peuvent un jour
publier un article – sait-on jamais ? - , Jacques Crozemarie propose des escapades
touristiques. En Chine, à Venise, à la Martinique, au gré d’un symposium
organisé par l’ARC ou d’un prix « scientifique » remis par son
président. Le résultat est intéressant. La trentaine de journalistes qui
répondent présents n’écrivent pas forcément du bien de l’ARC. A dire vrai, ils
n’écrivent rien du tout. Mais le silence, dans ce cas précis, semble déjà un
résultat épatant au président-fondateur.
Les quelques récalcitrants,
insensibles aux voyages, au chantage au cancer, devront encourir les foudres
des tribunaux. C’est l’ultime ingrédient de la stratégie de représailles
élaborée par Crozemarie. »
p.291 : « Martine
Aubry, début 1999, a pris place dans la carriole bondée. Au milieu de la loi
sur la CMU (Couverture maladie universelle), ses services ont glissé un
article, le numéro 37, qui n’a rien à voir avec l’assurance-maladie pour les
plus démunis. Ce petit texte n’est rien d’autre qu’un dispositif
anti-transparence mûrement réfléchi par le ministère. Son but : éviter au
public de savoir combien coûte l’hôpital, quels sont les services performants
et les établissements qui soignent mal. L’article 37 fixe les conditions dans
lesquelles les citoyens pourront avoir accès aux données anonymisées du PMSI
(programme médicalisé des systèmes d’information) : « sur décision
des ministres chargés de la Sécurité sociale et de la Santé ». Martine
Aubry s’arroge donc, pour elle-même et ceux qui lui succèderont, le droit de
trier les demandeurs d’information. »
p.292 : « Car
la réalité est plus prosaïque. Ministres, hauts fonctionnaires de la Santé et
des Affaires sociales, personne n’a vraiment intérêt à la transparence. Les
premiers redoute qu’elle ne les oblige à prendre des décisions de
restructuration impopulaires en fermant, par exemple, les établissements à
risque. Les seconds détestent viscéralement que l’on mette le nez dans leurs
petits tas de secrets.
Or,
depuis 1997, trois journalistes se sont battus pour obtenir ces données. Elles
leur ont servi à établir, pour le magazine Sciences et Avenir, une liste
noire et un palmarès des hôpitaux repris dans un guide très documenté. La
direction des hôpitaux refusant de leur communiquer les résultats du PMSI, ils
ont saisi la CADA ( Commission d’accès aux documents administratifs) qui leur a
donné raison. Cet avis favorable a provoqué un grand affolement administratif
qui donne une idée du degré d’ouverture du système.
La directrice des hôpitaux,
Claire Bazy-Malaurie, sollicite le 13 août 1997 des instructions des directeurs
de cabinet de Martine Aubry et de Bernard Kouchner, respectivement Dominique
Marcel et Martin Hirsch : la demande de Sciences et Avenir provoque
une vive agitation au ministère des Affaires sociales et de la Santé. Le
caractère « public » des données contenues dans le PMSI ne semble pas
enthousiasmer Mme Bazy-Malaurie. En haut fonctionnaire responsable, elle a
commencé par ignorer l’avis favorable : « Compte tenu du
caractère très récent de la notification de l’avis de la CADA, je n’ai pas, à
ce jour, fait droit à cette demande d’accès aux bases, mais suis d’avis qu’il
nous appartient d’assurer la diffusion de ces informations, avant que la presse
ne fasse état de nos réticences à les lui fournir. »
Ce qui est formidable, avec
la noblesse d’Etat, c’est qu’elle n’imagine pas que ses écrits internes
puissent tomber un jour entre les mains de la plèbe. Elle y parle donc clair.
Et ne fait pas mystère, ici, de la tentation de passer outre l’avis d’une
commission dépendant d’un premier ministre, pour défendre l’opacité en
vigueur. »
p.295 : « Nous
sommes à Paris, au 5 bis de la rue de Rochechouart, ce dimanche 7 avril 1991.
Thierry Jean-Pierre va déclencher l’un des plus grands scandales des trente
dernières années. Comment ? En décidant de perquisitionner les locaux
d’Urbatechnic, la désormais célèbre pompe à finances du PS. Urba, c’est un
sujet dont on ne parle pas, et avec lequel on ne plaisante pas. Le juge devrait
le savoir. Il le sait, d’ailleurs. »
p.298 : « Enfin,
dernière astuce, la perquisition, prévue pour le lundi, est avancée au dimanche.
Le juge redoute que les responsables d’Urba profitent du week-end pour détruire
les archives. Et que le procureur du Mans, Henri Bertrou, trouve une parade
pour le stopper. « Le dimanche matin, se souvient-il, j’ai fait mon
ordonnance de transport au moment où je montais en voiture pour Paris. Sinon le
procureur ne m’aurait pas laissé partir. »
La suite de la journée
oscille entre pochade et scandale. Les étouffeurs paniquent. Au bluff, on
essaie de faire croire au juge qu’il est dessaisi lors d’une halte qu’il fait
au commissariat de Noisy-le-Sec, près du domicile du patron d’Urba, Gérard
Monate. Le juge Jean-Pierre considère que son dessaisissement n’a pas eu
matériellement le temps d’être prononcé. Il exige un papier. Il ne l’obtient
pas. Il continue. Mais seul. Car les policiers ont reçu entre-temps ordre de la
haute hiérarchie de ne plus l’assister. »
p.298 : « Tandis
que le serrurier perce, que le juge fouille, le tribunal du Mans s’agite. Le
procureur est revenu précipitamment de week-end, a contacté la Chancellerie.
Tout seul, il ne peut rien dans l’immédiat. Il y a quand même quelques règles
formelles à respecter, même pour neutraliser un magistrat. Un membre du parquet
ne peut dessaisir un juge dans de telles conditions. A peine monté dans la
carriole des étouffeurs, le procureur Henri Bertrou appelle à son secours la
présidente du tribunal, Marie-Hélène Tric, qui fait le voyage d’Angers où elle
réside, jusqu’au Mans. Celle-ci rédige une ordonnance de dessaisissement sur la
base de l’article 84, utilisé habituellement pour remplacer un magistrat muté
ou en congé de maternité. Des cas de figure assez éloignés de ceux du juge
Jean-Pierre.
Le temps est compté :
dès que son dessaisissement lui aura été notifié, celui-ci, assisté de sa seule
greffière, devra stopper sa perquisition. « Quand je suis arrivé, les
flics bouclaient le siège d’Urba. L’un d’entre eux m’a dit : “Si vous
continuez, on vous met en garde à vue.” En France, un policier peut donc
menacer d’arrestation un juge qui fait son métier. Une fois parvenu dans les
bureaux d’Urba, il remarque six sacs poubelles fraîchement remplis de fines
lamelles de papier : la broyeuse a fonctionné sans relâche.
Le dénouement de cette
journée est navrant. Pour la machine judiciaire et ceux qui la commandent. Une
magistrate du Parquet de Paris est dépêchée pour signifier son dessaisissement
au juge. Quand celui-ci sort de son camp retranché, emportant cinq cartons de
scellés, il découvre l’avocat d’Urba, Yves Baudelot, accompagné de sa
secrétaire. « Tout le monde était comme fou. Baudelot a exigé une
fouille à corps, sa secrétaire inspectait mon sac de voyage, raconte Thierry
Jean-Pierre. Il avait été prévenu indirectement par Jean-Pierre Dintilhac, le
directeur de cabinet du garde des Sceaux, qui orchestrait la manœuvre. »
Le garde des Sceaux est
alors Henri Nallet. Ex-trésorier de la campagne de François Mitterand en 1988,
il a toutes les raisons de connaître l’existence et l’activité d’Urba. Il
traite le juge Jean-Pierre de « héros d’une équipée sauvage ». Son
adjoint, l’inévitable Georges Kiejman, évoque quant à lui un « cambriolage
judiciaire ». Gérard Monate le qualifie de « pervers » et de
« juge vichyssois ». »
p.301 : « Fin
1996, au moment où sept magistrats européens lançaient depuis Genève, à l’initiative
du journaliste Denis Robert, un appel contre la corruption, le juge Jean-Pierre
assure, dans une interview à Karl Zéro, sur Canal Plus, que tous les dossiers
instruits par son confrère Van Ruymbecke sur les affaires d’enrichissement
personnel ont été enterrés. « Selon lui, rapporte Françoise Giroud
dans Le Nouvel Observateur, 800 personnes, la privilegiatura, tiennent
tout et interdisent que la France soit un Etat de droit. Aujourd’hui, il se
montrait plus mesuré, estimant que la pression de l’opinion publique contribue
à faire sortir les affaires. »
p.301 : « La
thèse a sûrement enchanté Michel Charasse. L’insubmersible sénateur du
Puy-de-Dôme n’aime pas, lui non plus, les magistrats et ne s’en cache pas. Mais
le mardi 23 juin 1998, lors de l’examen en séance de nuit de la réforme de la
justice élaborée par Elisabeth Guigou, il « pète les plombs » (pour
utiliser son langage imagé) : « Chez eux (les magistrats), on
dirait qu’il y a soixante millions de pourris. C’est à croire que chez eux, il
n’y a ni alcooliques, ni gens qui ne paient pas leur pension alimentaire, ni
voleurs. » Selon l’ancien ministre, la corporation judiciaire se mettrait
à l’abri de la loi : « C’est gratuité ou tarif réduit pour les gens
de la maison car, contrairement à tous, les magistrats jugent tout le monde
mais se jugent entre eux. Comme les maffieux. »»
p.305 : « Inventaire
des instruments, donc. Il est long, très long : quelle affaire, en France,
est allée à son terme sans qu’elle fasse l’objet d’au moins une tentative
d’étouffement ?
« Le
moyen le plus classique, le plus usité, poursuit ce magistrat, c’est de “s’en
remettre à la sagesse du parquet” en comptant sur sa discrétion et sa docilité
implicite. On attend de lui qu’il classe sans suite ou, si cela semble trop
gros, qu’il ouvre une enquête préliminaire, conduite et contrôlée par lui. Dans
ce dernier cas, il est conseillé de la faire traîner en longueur en attendant
des jours meilleurs. Puis, longtemps après, il est planifié de classer sans
suite en espérant que cette opération de clôture passe inaperçue. »
p.306 : « Mais
il y a aussi des hommes courageux. Des magistrats qui ne craignent pas
d’enterrer des affaires médiatisées ! C’est ainsi que Gabriel Bestard,
procureur de la République de Paris, nommé par Jacques Toubon et remercié par
Elisabeth Guigou, est réputé pour ses capacités. Sa spécialité ? Enchaîner
les classements sans suite en cadence.
A
peine nommé procureur de Paris, il neutralise, le 22 novembre 1995, l’affaire
de la maison louée à un prix d’ami par Chirac rue du Bac.
Puis,
très vite, ce sont des histoires de femmes de ménage, d’achats de produits
d’entretien et de linge de maison qui viennent empoisonner la vie quotidienne du
procureur.
C’est
en effet triste pour lui mais c’est ainsi, le monde est laid : Camille
Cabana et Robert Pandraud, respectivement ex-secrétaire général de la Ville de
Paris et ancien directeur de cabinet de Chirac à la mairie, ont utilisé pour
leurs besoins personnels des employés municipaux, comme d’habitude payés par le
contribuable parisien. »
p.307 : « Juste
un court moment de répit, et la Mairie de Paris se rappelle au bon souvenir de
M.Bestard. Cette fois en la personne du nouveau maire, l’excellent Tiberi. Sa
bonté paternelle l’a perdu. Il a attribué à son fils Dominique un appartement
de la Ville alors qu’il était président de l’Office des HLM. Certains
contribuables parisiens, vicieux, y voient une « prise illégale
d’intérêt ».
Le
procureur de la République de Paris ne partage pas du tout cette analyse.
Classement. Mais le sort s’acharne sur le procureur. Deux mois plus tard, en
juin 1996, le juge Halphen, qui instruit à Créteil l’affaire des HLM de la
Ville de Paris, transmet à Gabriel Bestard le même dossier « Tiberi et
fils », qui lui est arrivé par une autre voie. Ce magistrat de bon sens
va-t-il trahir sa réputation naissante ? Le classement sans suite semble
en effet bien plus difficile que la première fois. D’une part, ce n’est pas une
association de contribuables, mais un juge d’instruction qui lui soumet ce
dossier. D’autre part, le juge Halphen lui a adressé de nouvelles pièces, qui
laissent à penser que des travaux dispendieux ont été réalisés dans
l’appartement attribué à Dominique, fils de Jean. Le samedi 29 juin 1996,
pourtant, Gabriel Bestard montre son attachement aux traditions : il
classe sans suite, pour la seconde fois en deux mois, cette exaspérante affaire
Tibéri.
Son
prédécesseur avait, lui, inventé un nouveau concept judiciaire : celui du
« classement sous conditions ». Bruno Cotte avait été confronté à une
situation qui requérait assurément doigté et subtilité.
Nous
sommes en 1995. L’homme qui ignorait tout des mœurs de l’office des HLM de sa ville,
vient d’être élu président de la République. Son premier ministre, Alain Juppé,
occupe – lui aussi – un appartement de la Ville de Paris, et pas exactement un
F3. Il paie un loyer qui comblerait de bonheur n’importe quel locataire
parisien et a, en outre, réduit le loyer du logement (Ville de Paris bien sûr)
attribué à son fils alors qu’il était maire adjoint chargé des finances. Pas
besoin d’être Bruno Cotte pour soupeser le problème : classer sans suite,
c’est se ridiculiser ; ouvrir une information, c’est contraindre un
premier ministre à la démission pour cause de mise en examen. Cruel. Créatif,
Bruno Cotte choisit de classer le dossier, mais à condition que les Juppé
déménagent. La République est sauvée !
Sa
trouvaille fait rapidement école dans toute la France. »
p.309 : « La
« panoplie de l’étouffeur judiciaire » fournit en effet un instrument
de rêve pour qui ne veut ou ne peut, en parquetier obéissant, s’en tenir au
simple classement d’un dossier embarrassant : l’enquête préliminaire. « Celle-ci
présente, explique un magistrat, un avantage majeur : c’est le parquet -
c’est à dire le pouvoir bien souvent – qui la diligente. Il peut donc
l’orienter, la freiner, la recadrer sans devoir composer avec un quelconque
contre-pouvoir. »
p.314 : « Il
y a, chez certains magistrats instructeurs, une louable préoccupation. Celle de
« laisser du temps au temps ». Un dossier l’illustre bien. La
Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) a déposé, en 1993 et
1994, trois plaintes pour tentatives d’escroquerie visant son ancien directeur
financier. C’est le juge Marie-Pierre Malignier-Peyron qui est chargée de les
instruire. L’un des dossiers concerne la participation de la FNMF dans le
rachat de Néopost, la branche de traitement du courrier d’Alcatel. Cette
opération, assure la FNMF, est entachée de nombreuses irrégularités.
Vrai ?
Faux ? Le dossier devient sensible à cause de la personnalité qui a
organisé le tour de table pour le rachat de Néopost : Jean-Marie Messier,
alors associé-gérant chez Lazard, aujourd’hui P-DG de
l’ex-Compagnie-générale-des-Eaux-qui-a-changé-de-nom-il-faudra-vous-le-dire-combien-de-fois !
Il est un des hommes les plus puissants de France. Quatre ans plus tard,
l’instruction n’a pas vraiment avancé. Ou plutôt si : elle s’achemine
lentement mais sûrement vers un heureux dénouement : le non-lieu pour
tous. »
p.316 : « Même
scénario dans le dossier des HLM de la Ville de Paris, instruit par Eric
Halphen à Créteil, ou dans l’affaire du réseau de prostitution de luxe prise en
main, à Paris, par Frédéric N’guyen. Ce juge s’est vu refuser sept
réquisitoires supplétifs. Sept. Est-ce parce que le dossier, outre quelques
personnalités du spectacle, pouvait aussi – surtout – importuner des émirs
amateurs de chair fraîche et d’armes made in France ? »
p.317 : « Jouer
la montre donc. Justement, les orfèvres ne manquent dans les différents
parquets de France. »
p.319 : « Un
étrange phénomène apparaît aussi lorsque éclate un scandale menaçant pour le
pouvoir : des pièces importantes du dossier disparaissent. Dans
l’indifférence générale. Ce climat peut avoir des répercussions très concrètes
sur le déroulement de l’enquête. »
p.322 : « En
Italie, la traque de l’argent-qui-n’existe-pas et la lutte contre la mafia
doivent beaucoup à une petite réforme : les policiers chargés d’assister
les juges spécialisés dans les affaires financières leur sont hiérarchiquement
rattachés. En France, ils ne dépendent, « in fine », que d’une
personne, le ministre de l’Intérieur. C’est plus qu’une nuance. Cette organisation
se révèle fort utile. Car les inspecteurs sont censés informer à tout instant
leur hiérarchie de l’avancement de leurs enquêtes. On l’a constaté le 27 juin
1996. Lorsque le juge Halphen rend une visite surprise à Jean et Xavière, place
du Panthéon, il déclenche la panique. Sur ordre, les policiers qui doivent
perquisitionner l’appartement l’abandonnent. »
p.323 : « De
l’assassinat du prince de Broglie à l’affaire Carrefour du Développement, en
passant par les Irlandais de Vincennes, le principe est toujours le même :
les seconds couteaux paient pour les caïds et les ministres (ce sont parfois
les mêmes ). »
p.325 : « Les
successeurs de VGE ne se priveront pas toujours de cet instrument. Le plus
direct, de ce point de vue, fut certainement – hé oui ! – Michel Charasse.
Ministre du Budget, il déclara un jour à deux journalistes de la défunte Cinq
que leur mauvais esprit, s’il persistait, leur vaudrait un jour un contrôle
fiscal. Jamais de telles menaces n’avaient été aussi clairement énoncées par un
responsable ministériel. Il est vrai que Charasse a toujours eu un sens un peu
particulier du rapport de force. »
p.328 : « L’omerta
française ne serait pas ce qu’elle est sans une sérieuse panoplie de
dissuasion. Cibles : les bavards et les imprudents. Lorsqu’ils ne
respectent pas les connivences qui régulent en temps normal le système, il leur
arrive de vrais ennuis. Comme dans toute stratégie militaire, il existe une
graduation des sanctions. Pas de loi du silence possible en effet sans
représailles efficaces. D’abord les avertissements. Ca ne suffit pas ? Au
placard. Des fortes têtes ? Licenciées ou révoquées. On continue à
parler ? Les étouffeurs conseillent l’hôpital psychiatrique. On
s’entête ? Des coups de fil menaçants. Toujours pas de résultats, on sort
les gros bras et les calibres. »
p.330 : « Dans
le domaine judiciaire, la technique est éprouvée depuis longtemps. Elle est
d’une admirable simplicité. Un procureur peut toujours ouvrir une information
judiciaire. Mais s’il le fait, qu’il ne vienne pas se plaindre du piétinement
de sa carrière. »
p.332 : « Cette
volonté de faire taire toute opinion critique est, hélas, chez nous, largement
partagée. Droite et gauche, même combat sur ce plan. »
p.335 : « Albert
Lévy s’est ensuite intéressé au meurtre de Yann Piat, ce qui n’est pas aberrant
pour un membre du parquet de Toulon. Mais il n’a pas ménagé ses critiques sur
le déroulement de l’instruction menée par le juge Thierry Roland. Il est même
venu témoigner au procès, début 1998, pour relancer l’idée d’une piste
politique et dire qu’on n’avait, selon lui, pas trouvé le(s) vrai(s)
coupable(s). Pour tous ceux qui ont suivi, de près ou de loin, cette ténébreuse
affaire, Albert Lévy est perçu comme un reproche vivant. Une poignée de juges
qui dirigent le tribunal de Toulon et entretiennent d’amicales relations avec
Thierry Roland, sont fort irrités. Pour qui se prend-il, ce substitut ? Le
patron du SRPJ de Marseille, qui, lors de l’enquête sur le meurtre de Yann
Piat, n’a pas transmis à la justice toutes les informations en sa possession,
est lui aussi énervé. Certains de ses adjoints ne sont pas de meilleure humeur.
C’est
dans ce contexte qu’Albert Lévy est brusquement suspecté de parler à des
journalistes. Un crime aux yeux des notables locaux et des nomenklaturistes
parisiens. Filatures, écoutes téléphoniques, on lance le grand jeu. »
p.338 : « Un
gendarme s’est lui aussi retrouvé en mauvaise posture. Il a eu en effet
l’infortune d‘être mêlé à deux affaires d’Etat. Il s’appelle Candela, mais
personne ne le connaît, à l’exception de ses collègues, de quelques
journalistes et d’une poignée d’Excellences à Paris. »
p.338 : « Lorsque
Saincené, en 1994, se suicide donc selon la version officielle, le gendarme est
l’un des enquêteurs. Que découvre-t-il exactement ? Lui seul le sait. Ce
qui est sûr, c’est que des informations compromettantes lui parviennent. A peu
près à la même période, éclate dans le Midi le scandale de l’institut de danse
qui sera encore plus vite étouffé. Un homme de gauche mêlé à cette sordide
affaire de pédophilie, un professeur traité par la justice de l’arrière-pays
niçois avec une exceptionnelle mansuétude, un avocat qui meurt mystérieusement,
des juges qui parlent à des journalistes qui n’écrivent rien, un procureur
saisi des faits mais qui hésite à agir : tous les ingrédients d’un
incroyable scandale sont réunis. Le gendarme, lui, a fait son métier,
interrogeant notamment des victimes et leur famille et répercutant à sa
hiérarchie ce qu’il apprend. C‘en est trop pour l’institution. Le fonctionnaire
zélé voulait être muté pour échapper à un climat local qui lui pesait ?
Ses vœux sont exaucés. Au-delà de ses espérances même puisqu’il est désormais
exilé dans les DOM-TOM. L’homme en sait trop : il ne lui reste plus qu’à
se faire oublier. »
p.339 : « La
politique en France s’accommode souvent d’une règle non écrite : le
dénonciateur est éliminé avec plus de vigueur que le coupable. »
p.342 : « Les
anciens premiers ministres ne sont pas mieux traités. Quand Michel Rocard
estime, dans une interview à la Revue de droit public, en novembre 1998,
que François Mitterrand n’était pas un « honnête homme » et lève un
peu le voile sur les rapports du premier cercle mitterrandien avec l’argent,
éventuellement public, le trio infernal Charasse-Dumas–Lang – ça ne s’invente
pas ! – ne tarde pas à réagir. C’est Jack Lang qui va le plus loin,
utilisant l’inusable thèse
« psychiatrique » : « Michel Rocard a manifestement
pété les plombs. J’ai de la peine pour lui. C’est un homme de valeur qui
s’égare dans le ressentiment. Quelques jours de repos lui permettront sans
doute de retrouver le chemin de la sérénité. » Et pourquoi pas des
électrochocs tant qu’on y est ?
Les
détracteurs d’Eva Joly, qui a eu l’occasion de se faire quelques ennemis ces
dernières années, ne procèdent pas autrement. « En fait, les
politiques de tous les horizons souhaiteraient que soit stoppée l’affaire Elf,
qui éclabousse tout le monde, explique un journaliste spécialisé dans les
affaires judiciaires. Mais comment arrêter Eva Joly ? Les menaces en tout
genre n’ont eu a²ucun effet sur elle. Elle a même semblé prendre un certain
plaisir à se promener dans quelques soirées entourée de ses gardes du corps.
Alors, on tente de la décrédibiliser. Des avocats bien payés distillent des
rumeurs sur elle dans les couloirs du palais de justice et auprès des
journalistes : elle est d’origine norvégienne et joue contre les intérêts
de la France ; elle est alcoolique et manifeste un sérieux penchant pour
la vodka ; elle sait profiter pleinement des services de son garde du
corps, etc. » Calomnies ridicules ? Evidemment. »
p.344 : « A
quelques jours du procès de Laurent Fabius, Georgina Dufoix et Edmond Hervé
devant la Cour de justice de la République sur le sang contaminé, quelques
intellectuels se relaient pour prendre la défense de l’ancien premier ministre
dans les journaux. Parmi eux, la moins pugnace n’est pas la philosophe Blandine
Barret-Kriegel qui fait rempart de sa science dans une libre opinion à Libération.
Après avoir déroulé plusieurs arguments visant à démontrer qu’en 1985, on ne
savait presque rien sur le Sida, et que les ministres ne pouvaient donc rien
deviner, elle décoche cette flèche : La légitime colère des hémophiles,
laissés-pour-compte, a été attisée par l’hebdomadaire Minute qui, en
1988, a lancé le “scandale” repris par Anne-Marie.Casteret dans L’Evènement
du jeudi et par l’ensemble des médias, pour conduire l’enquête vers la
recherche d’une responsabilité pénale éventuelle des hommes politiques. »
La
phrase mérite une analyse approfondie. Là où tous ceux que ce dossier intéresse
voyaient en Anne-Marie Casteret la journaliste qui, à la suite d’une difficile
enquête au long cours, avait révélé l’affaire, Mme Barret-Kriegel la
démasque : elle avait plagié un confrère. Et pas n’importe lequel : Minute.
Le message est double. Un journal d’extrême droite l’aurait donc
inspirée ! Et son enquête ne serait donc que le relais d’une obsession
antisémite de Minute contre Laurent Fabius ! CQFD. Voilà comment,
en quatre lignes scandaleuses, une « intellectuelle » peut tenter de
discréditer une journaliste, son travail d’enquête et tous ceux qui l’ont
relayée. Car tout est faux évidemment, à commencer par la date du premier papier
de l’intéressée, publié dans Le Matin, en juin 1985.
La
marginalisation de ceux qui violent la loi du silence n’est pas un
fantasme. »
p.347 : « Dénoncer
les mœurs indignes d’une démocratie n’est pas non plus conseillé aux cœurs
sensibles. En 1990, un professeur à l’Institut de géographie de la Sorbonne
veut bien aider l’un de ses amis italiens, entrepreneur de travaux publics et
désireux de s’implanter en France. Michel Carmona accepte donc de lui servir
d’interprète lors d’un rendez-vous avec Campenon-Bernard, l’une des filiales
BTP de la Compagnie générale des Eaux. Là, il est le témoin d’une proposition
de trucage d’appel d’offres : 75 millions pour l’entrepreneur italien, à
condition qu’il accepte de concourir dans le cadre du marché TGV-Nord à des
prix élevés, se mettant ainsi hors course.
Michel
Carmona refuse la loi du silence. Il alerte la Direction générale de la
concurrence (DGCCRF). Le Conseil de la concurrence, saisi de l’affaire, met au
jour la plus grosse entente illicite de l’histoire du BTP. Et inflige 380
millions de francs d’amende aux trente et une entreprises séduites par ce petit
jeu. Parmi elles : Bouyghes, la Générale et la Lyonnaise des Eaux. Au
total, les surfacturations ont coûté plus de 2 milliards de francs à la SNCF,
donc au contribuable.
Depuis
ce scandale – toujours ces coïncidences – Michel Carmona a perdu les contrats
de consultant qu’il avait avec des collectivités locales. Il a aussi été prié
de déguerpir sans préavis de la BERD (Banque européenne pour la reconstruction
et le développement) dont il était conseiller. Tout cela, bien sûr, sans parler
des innombrables coups de fil anonymes et des conseils d’amis qui se
multiplient brusquement. »
p.351 : « Les
menaces de mort ne viennent pas toujours du pouvoir. Certains hommes
d’affaires, quelques mouvements politiques violents aiment les méthodes
musclées. Un week-end, la façade d’une maison à Orsay est redécorée à coups de
tirs de mitraillette. La cause de représailles aussi graves ? Dans ses
articles, à l’époque pour Libération, Guy Benhamou décrivait la Corse
telle qu’elle était. Il écrivait les noms, décortiquait les dérives mafieuses
des organisations indépendantistes. Les principaux intéressés n’aimaient pas
cela et l’ont prouvé. Ces papiers, bien informés, agaçaient aussi les ministres
de l’Intérieur, de Joxe à Debré sans oublier Pasqua, qui négociaient à l’époque
avec ces petites bandes en achetant tous les six mois des trêves jamais
respectées. Il a fallu l’assassinat du préfet Erignac, en février 1998, pour
mettre fin à cette lâcheté permanente. Après l’avoir laissé complètement libre,
son propre journal a fini par s’inquiéter de son acharnement. »
de la Brunetière
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jeudi
11janvier 2001 - 19h45 heure de Paris
PARIS
(AFP) - Les attaques virulentes de Jean-Christophe Mitterrand à l’encontre du
juge d’instruction Philippe Courroye ont suscité, jeudi, de nombreuses
réactions d’indignation ainsi que des interrogations sur le climat passionnel
dans lequel cette instruction va désormais se poursuivre.
Le fils aîné de l’ancien
président de la République devra, dans les semaines à venir, s’expliquer
longuement sur le fond devant les juges Courroye et Isabelle Prévost-Desprez.
Mis en examen notamment pour "complicité de
trafic d’armes, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux”, JeanChristophe
Mitterrand nie avoir participé et avoir eu connaissance d’un quelconque trafic
d’armes vers l’Angola. Dans un entretien accordé depuis sa cellule au Nouvel
Observateur, le fils de l’ancien président estime que le juge Courroye a fait
preuve d’une “hostilité poisseuse, avec une véritable expression de haine"
à
son égard.
Il
accuse notamment le magistrat, spécialisé dans les affaires financières,
d’exercer “un pouvoir à l’état brut, sans nuance et sans merci (...)
rappelant ce que font d’autres juges dans les pays totalitaires".
M. Mitterrand “a subi ce que subit tout le monde à
l’instruction, a indiqué, jeudi, le Syndicat de la magistrature (SM, gauche),
résumant un sentiment largement partagé au Palais de justice de Paris.
…
Le sénateur socialiste du
Puy-de-Dôme, Michel Charasse, a pour sa part réclamé que "des
sanctions sévères” soient prises contre le juge Courroye en faisant
allusion à des demandes d’annulation de la procédure visant Jean-Christophe
Mitterrand examinées vendredi par la chambre de l’instruction de la cour
d’appel de Paris.
Mercredi, le procureur de la
République de Paris, Jean-Pierre Dintilhac s’était déclaré “indigné” par les
“attaques personnelles” à l’égard du juge Courroye, estimant qu’elles étaient
“injustifiées et insupportables”.
Le procureur avait
stigmatisé l’attitude de la défense de M. Mitterrand, estimant que ces attaques
étaient "encore plus (injustifiés et insupportables) quand s’y prêtent des
avocats qui font chorus avec leurs clients".
Or, le même jour, le
bâtonnier de Paris, Me Francis Teitgen, avait été sollicité par le TGI de Paris
sur l’attitude de Me Jean-Pierre Versini, l’un des conseils de M. Mitterrand.
L’avocat avait adressé un
courrier au juge Courroye critiquant de manière virulente la manière dont il a
conduit son instruction. Le magistrat, a transmis ce courrier à la première
vice-présidente du tribunal de Paris, Claude Nocquet, qui l’a communiqué au
bâtonnier lui demandant de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la
sérénité du débat judiciaire.
Facteur aggravant de ce
climat de tension régnant sur cette affaire, le juge Courroye fait désormais
l’objet d’une protection policière en raison de menaces dont il a fait l’objet.
Jean-Christophe Mitterrand a
retrouvé la liberté
jeudi 11janvier 2001 - 21h21
heure de Paris
Jean-Christophe Mitterrand
s’en prend au “juge qui sue la haine”
jeudi 11janvier 2001 - 22h03
heure de Paris
PARIS
(AFP) - Jean-Christophe Mitterrand s’en est de nouveau pris, jeudi
soir, au juge d’instruction Philippe Courroye, en charge de
l’affaire sur un trafic d’armes vers l’Angola, en affirmant qu’il “sue la
haine avant d’ouvrir la bouche”. Dans un entretien accordé à France 2, le
premier depuis sa sortie de prison, jeudi à la mi-journée, le fils ainé de
l’ancien président a déclaré “Comment voulez-vous quand vous voyez un juge
qui sue la haine avant d’ouvrir la bouche, comment voulez-vous ne pas
comprendre, immédiatement, que vous allez être embastillé".
Mis en examen et écroué
depuis le 21 décembre pour notamment complicité de trafic d’armes et trafic
d’influence”, il affirmé avoir eu l’impression d’être devant le juge seulement
parce qu’(il) était dans un carnet d’adresse”.
Interrogé sur sa relation
avec le marchand d’armes Pierre Falcone, écroué depuis le 1er décembre,
Jean-Christophe Mitterrand a assuré que sa relation avec lui était
“parfaitement saine”.
"C’était un homme
d’affaire intelligent et assez doué” a-t-il ajouté précisant qu’il l’avait
rencontré on 1992. “Je veux pouvoir me défendre et j’ai des choses à
dire", a-t-il conclu, sans plus de précision.
J-C Mitterrand se défend de
tout trafic d’armes
Vendredi 12 janvier 2001 -
16h56 heure de Paris
PARIS (AFP) - Jean-Christophe Mitterrand a affirmé
vendredi matin que la commission de 13 millions de francs qu’il avait perçue
était sur un “montage financier de pool bancaire (destiné) à l’Etat angolais,
garanti sur du pétrole à venir” et non sur un “trafic d’armes” sur lequel il
affirme ne pas avoir été interrogé.
Interrogé sur Europe 1 au
lendemain de sa sortie de prison, le fils de l’ancien président de la
République a reconnu “Une petite légèreté due à la facilité avec ce compte
en Suisse”. “Toutes les sommes que je ramenais de Suisse en France étaient
déclarées, c’est vrai que je n’ai pas tout ramené, ça c’est une autre
conversation qui viendra en son temps (...) c’est une connerie, peut être une
faute, je ne le pense pas vraiment”, a affirmé Jean-Christophe Mitterrand.
L’ancien conseiller à
l’Elysée a affirme qu’il n’avait “jamais parlé d’armes avec Pierre Falcone” qui
est “un ami” qu’il ne connaissait pas à l’époque où il avait ces fonctions
officielles.
A propos du juge Courroye
qui mène l’instruction dont il est notamment l’objet, Jean-Christophe
Mitterrand a répété qu’il avait ressenti une “ambiance poisseuse” dans
le cabinet du juge et qu’il sy était “senti maltraité". La caution
de 5 millions de francs, a-t-il expliqué, était destinée on partie (1 million
de F) à garantir qu’il se représente devant le juge et pour le reste, 4
millions, à rembourser les gens lésés, les parties civiles et les amendes
potentielles. "Je me suis considéré comme pré condamné, je ne peux
l’accepter”, a-t-il dit. C’est la raison pour laquelle il a d’abord refusé de
sortir et n’a fini par le faire que sous la pression des avocats et de sa
famille.
Jean-Christophe Mitterrand
s’en était de nouveau pris, jeudi soir, au juge Philippe Courroye, en
charge de l’affaire sur un trafic d’armes vers l’Angola, on affirmant qu’il “sue
la haine avant d’ouvrir la bouche". Dans un entretien accordé à
France 2, le premier depuis se sortie de prison, jeudi à la mi-journée,
le fils aîné de l’ancien président a déclaré “Comment voulez-vous quand vous
voyez un juge qui sue la haine avant d’ouvrir la bouche, comment voulez-vous ne
pas comprendre, immédiatement, que vous allez être embastillé.” Mis en
examen et écroué depuis le 21 décembre pour notamment complicité de trafic
d’armes et trafic d’influence”, il affirmé avoir ou l’impression d’être devant
le juge seulement “parce qu’(il) était dans un carnet d’adresse”. Interrogé sur
sa relation avec le marchand d’armes Pierre Falcone, écroué depuis le 1er
décembre, Jean-Christophe Mitterrand a assuré que sa relation avec lui était
“parfaitement saine”. “C’était un homme d’affaire intelligent et assez doué”,
a-t-il ajouté précisant qu’il l’ayait rencontré en 1992. “Je veux pouvoir me
défendre et j’ai des choses à dire”, a-t-il conclu, sans plus de précision.
La Justice fait bloc autour
du juge Courroye vendredi 12 janvier 2001 - 19h43 heure de Paris
PARIS (AFP) - Hors de tout
débat sur le fond de l’affaire, les violents propos de Jean-Christophe
Mitterrand et de son entourage contre le juge Philippe Courroye ont
provoqué vendredi une réaction massive des magistrats, dont le président de la
cour de Cassation, et de quelques hommes politiques.
Danielle Mitterrand
avait utilisé le mot "rançon" pour évoquer la caution de son
fils qui a estimé que ce magistrat "sue la haine avant douvrir la
bouche".
L’engagement de
poursuites a été réclamé à la Garde des Sceaux Marylise Lebranchu
par le principal syndicat de magistrats, l’Union syndicale des
magistrats (USM) et par le sénateur RPR du Haut-Rhin, Hubert Haenel.
Mais
la ministre n’a rien ajouté à ses propos de mercredi. Elle avait souhaité que
"le confort moral" des juges d’instruction soit "protégé",
"pour qu’ils puissent instruire de façon positive" leurs dossiers, et
avait enjoint à "se méfier d’un discours négatif global" à leur
sujet.
A l’appui de sa demande,
I’USM évoque les "injures grossières" proférées contre M.
Courroye, rappelant que celui-ci ne peut répondre lui-même, sous peine
d’apparaître partial et de risquer d’être dessaisi de son dossier.
Le sénateur Haenel se
demande "quelle démocratie, quelle République, quelle justice, si chaque
citoyen mis en cause pénalement peut s’employer, en toute impunité, à
déstabiliser l’institution judiciaire en attaquant personnellement l’homme qui
l’incarne?”
Fait très inhabituel, a-t-on
appris vendredi, le premier magistrat de France, Guy Canivet, président
de la Cour de cassation, a “regretté” le 5 janvier auprès du président
du Sénat Christian Poncelet des propos tenus par le sénateur Michel Charasse,
ami des Mitterrand, sur "les juges fautifs".
La
série des audiences solennelles de rentrée des juridictions à Paris a été
vendredi l’occasion d’une déferlante de paroles de soutien.
Le président de la Cour
d’appel de Paris Jean-Marie Coulon a exprimé sa "profonde
inquiétude" devant "certaines démarches tendant à mettre en
cause et à déstabiliser la personne de certains juges".
Le président du tribunal de
Paris Jean-Claude Magendie a dénoncé les "dangers qu’il y a pour
le bon fonctionnement de notre démocratie à s’attaquer à la personne des juges".
Le procureur de la
République Jean-Pierre Dintilhac a souhaité "que l’on se
souvienne de ce que les insultes et les violences verbales sont incompatibles
avec le débat judiciaire".
Les juges d’instruction
financiers ont envoyé un texte de soutien à M. Courroye, disant leur "vive
inquiétude devant le mouvement de personnalisation des décisions de justice sur
lequel s’appuient d’évidentes manoeuvres de déstabilisation". Deux
hommes politiques de droite se sont indignés. L’ancien Garde des Sceaux Pierre Méhaignerie
a qualifié d’ "excessifs" les propos des Mitterrand, et les a
"regrettés profondément". L’ancien juge Thierry Jean-Pierre, député
européen DL, malmené aussi quand il instruisait l’affaire Urba il y a dix ans,
a estimé qu’ils se comportent "comme une famille royale déchue".
A gauche, le porte-parole
des députés Verts Noël Mamère estime que "le juge (Philippe) Courroye ne
fait que son travail” et juge, dans un entretien à Aujourd’hui en France/Le
Parisien à paraître samedi, la réaction de Jean-Christophe Mitterrand à sa mise
en examen “totalement démesurée".
Le soutien le plus inattendu
est venue de Pierre Botton, qui avait souffert de la détention provisoire
prononcée contre lui par le juge Courroye à Lyon. "C’est un magistrat
atypique, d’une très grande rigueur, très sévère, implacable, mais ce n’est pas
un magistrat qui va aller chercher des charges là où il n’y en a pas".
Guy Canivet estime
transparent le fonctionnement de la justice
samedi 13 janvier 2001 -
17h13 heure de Paris
PARIS (AFP) - Le président
de la Cour de Cassation, Guy Canivet, premier magistrat de France, a
affirmé samedi matin sur Europe 1 que le fonctionnement de la justice
était "transparent" et que les décisions d’un juge pouvaient
toujours être remises en cause à travers des "procédures"
judiciaires. Ce rappel intervient après que Jean-Christophe Mitterrand a mis en
cause, à se sortie de prison, le juge Philippe Courroye qui l’a mis en examen
dans l’affaire Falcone. Ce magistrat "sue la haine avant d’ouvrir la
bouche", a affirmé le fils aîné de l’ancien président de la République.
"On peut critiquer
une décision de justice, on peut critiquer son juge, on peut même maudire son
juge, mettre en cause son indépendance et son impartialité, il y a des
procédures pour ça", a affirmé M. Canivet.
"Si les rapports de
confiance et de respect ont été violés il y a des procédures (...) Dès lors
qu’on n’a pas démontré que ce juge s’était comporté de manière partiale, qu’on
lui laisse le crédit de l’impartialité", a-t-il ajouté.
Les déclarations de
Jean-Christophe Mitterrand dénonçant l’attitude du juge Courroye relèvent aux
yeux de M. Canivet de la "liberté de la défense". "Je
n’apporte pas mon soutien à Philippe Courroye", a affirmé le président
de la cour de Cassation, mais "le respect du juge c’est le respect de
son autorité, si on ne respecte pas l’autorité du juge on fausse le débat
judiciaire".
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de la Brunetière
De
« Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? » (Eva JOLY,
Les arènes, juin 2003) :
p.85 : « Le policier
avait déjà rédigé sa synthèse. Faire disparaître ensuite les factures n’avait
pas de sens. Je n’ai pas de doute : c’est une manipulation à son encontre.
J’avertis mes interlocuteurs : même si une perquisition miraculeuse
trouvait les scellés cachés dans son garage, je ne croirais pas à sa
culpabilité. Et je le ferais savoir. Il est relâché quelques heures plus tard,
sans suite. »
p.90 : « Dans le bureau
chargé de la sécurité, nous découvrons des pièces suspectes qui ne concernent
pas notre instruction : relevés d’écoutes téléphoniques illégales, notes
blanches des Renseignements généraux, copies sauvages de procès-verbaux de
dossiers d’instruction en cours, rapport sur des assassinats mystérieux en Afrique,
traces de financement politique occulte, etc. Nous remettons en main propre ces
éléments au procureur de Nanterre, qui nous rejoint à la tour Elf. Puisqu’elles
ont été découvertes dans sa juridiction, la suite à donner à ces pièces dépend
de lui. J’apprendrai ensuite qu’aucune information judiciaire n’a été
ouverte. »
p.109 : « Selon une règle vieille
comme l’administration, la solidarité de l’institution s’arrête là où commence
sa tranquillité. Nous sommes désormais « le caillou dans la
chaussure » du président du tribunal de Paris et du procureur général.
L’instruction les met en porte-à-faux avec l’ordre naturel du monde, puisqu’ils
doivent assumer une enquête qui provoque l’hostilité des autorités dont ils
dépendent. »
p.114-115 : « Nous
vivons dans un étrange pays, où les vols de scellés, les écoutes sauvages, les
filatures, les coups tordus, ces pratiques extraordinaires sont presque
devenues notre ordinaire… Qui s’en émeut encore en France ? Dix ans
durant, dans les dossiers que j’ai instruits, ne serait-ce que partiellement,
la destruction des archives m’est apparue comme un sport national. J’ai connu
successivement l’incendie volontaire embrasant les entrepôts du Havre, qui
abritaient les archives du Crédit Lyonnais ; l’incendie inexpliqué dévastant
le siège social de cette même banque ; la destruction tout aussi
mystérieuse des archives d’une filiale du Crédit Lyonnais à la veille de ma
visite ; la disparition-provocation d’une caisse de scellés dans les
locaux de la brigade financière ; le cambriolage au siège de la FIBA, la
banque franco-gabonaise, au lendemain d’une perquisition, pour nettoyer les
tiroirs au cas où j’aurais eu envie de revenir faire un tour… Quand il ne
s’agissait pas de broyeuses tournant à plein régime, par sacs entiers, dans les
heures qui précédaient notre arrivée.
J’arrête là cette liste désolante
de délits qui font ressembler la République française à une démocratie de
façade où les criminels ont l’arrogance de l’impunité. »
p.117-118 : « Déconnectée
du réel, une partie de la hiérarchie judiciaire française met son énergie à ne
pas perdre la face. Elle est atteinte du syndrome de Tchernobyl. L’important
n’est pas de répondre à l’événement mais de préserver la fiction de
l’institution. Les apparences doivent rester sauves, l’air suave, les fauteuils
confortables et les huissiers obéissants. Avouer que nous sommes vulnérables et
attaqués, au cœur du Palais de justice, constitue le seul crime
impardonnable. »
p.118 : « Ainsi,
lorsque je découvre des éléments constitutifs d’une fraude fiscale, je
transmets le dossier aux services concernés, comme j’en ai l’obligation. »
p.118 : « J’apprendrai
plus tard que certains dossiers, pourtant les plus symboliques sur le plan de
l’honneur public, ont été traités a minima, voire avec une
indulgence manifeste. Je prends cette faveur fiscale, portant sur plusieurs
millions de francs, comme un signal clair : le pouvoir protège les
siens. »
p.131-132 : « Pour
un magistrat, il n’y a pas d’accusation plus grave que celle de partialité ou d’atteinte
aux droits de la défense. Lorsque la charge vient de l’ordre des avocats, le
fait est exceptionnel. Dès lors, la récusation du juge d’instruction par le
président du tribunal « pour la sérénité de la justice » devient
possible, même si le magistrat n’a commis aucune faute. »
p.148 : « Mais
chacun s’accorde, en privé, sur le fait que la violation du secret de
l’instruction est parfois une pratique policière ou politique - une fuite
opportune au plus haut niveau de la hiérarchie -, mais presque toujours le
fruit de l’association entre un journaliste et un avocat du dossier. »
p.149 : « Dans
chaque instruction sensible, des rapprochements s’opèrent : en échange de
l’accès à certaines pièces, les journalistes ouvrent leur micro au moment
opportun à l’avocat complice, ou relaient les arguments qui servent son client.
Cette médiatisation est tout bénéfice pour le conseil : elle favorise sa
stratégie, entretient sa renommée et, indirectement, le train de vie de son
cabinet. »
« J’imagine également que cette connivence peut
se doubler, dans certains cas limites, d’une compromission et d’un échange
sonnant et trébuchant. Après la clôture de l’instruction, j’ai rencontré un
grand intellectuel français, essayiste de renom, qui m’a avoué avoir été
approché plusieurs années auparavant pour « dire du bien d’Elf »
contre rémunération. »
« Des centaines de millions de
francs en liquide ont circulé dans cette affaire, livrés par valises
directement depuis la Suisse par des passeurs attitrés. La presse ne peut pas
être le seul pouvoir à avoir échappé à la corruption, même si l’idée reste
taboue. »
p.151 : « Une
détention provisoire ou une mise en examen est une tache sociale. Il convient
de la réparer symboliquement par une mise en scène qui transforme l’accusé en
victime. Plus le statut social est élevé, plus la réparation doit être
éclatante. Chaque semaine nous offre son nouveau témoignage choc, exclusif,
avec manchettes et fac-similés à peine lisibles, alors que l’on sert toujours
le même brouet indigeste. Au risque d’aggraver mon cas, je constate que les
avocats les plus éloquents à dénoncer dette dérive ont souvent été les premiers
à l’entretenir. »
p.152-153 : « Lors
d’une perquisition, nous trouvons, par exemple, la trace d’un versement par
certains établissements douteux de sommes importantes - en espèces - à des
journalistes en vue, comme tel rédacteur en chef ou tel prétendu expert en
terrorisme… Les pièces sont versées au dossier. J’imagine déjà Le Canard
enchaîné faire des gorges chaudes de cette corruption des esprits. Mais
rien ne filtre. Et le silence dure jusqu’à aujourd’hui. »
p.192 : « Je
constate que mon supposé comportement criminel a recouvert le jugement. Les
prévenus sont condamnés mais c’est le juge qui est coupable ! Ce hold-up
médiatique est un cas d’école pour les conseils en communication, et un joli
tour de passe-passe. »
« La vérité n’intéresse
personne. (Le bâtonnier refusera de publier un droit de réponse à son article,
en violation du droit de la presse. Son intransigeance m’obligera à intenter
une action judiciaire, pour laquelle j’obtiendrai gain de cause en avril 2003.
Le bâtonnier fera appel de ce jugement.) »
p.200-201 : « Les
tentatives de déstabilisation sont permanentes. Un avocat me confie avoir été
approché pour contracter une alliance entre deux parties en échange de
plusieurs dizaines de millions de francs. Cela ne me surprend même plus. Après
sept ans d’instruction, rien n’est désormais inimaginable. Je sais que
l’incroyable est possible. »
p.205 : « En France,
de nombreux hommes politiques, après avoir purgé leur peine, sont
triomphalement réélus. L’un d’eux, condamné pour corruption, défend au Sénat
des amendements répressifs contre l’atteinte à la présomption
d’innocence… »
p.213 : « Un soir,
je rencontre un avocat avec lequel j’entretiens des rapports d’estime mutuelle.
Nous prenons un verre dans un café. Il me raconte les dernières nouvelles du
Palais, les combinazione, l’arrogance des réseaux, les accords
dérisoires et les grandes tractations qui font son quotidien. »
p.246 : « En France, au cours de la
dernière décennie, plus de neuf cents élus ont été mis en examen (à 67,6%, pour
des délits financiers), dont trente-quatre ministres ou secrétaires d’Etat sur
cent vingt-huit - soit près du quart ! Notre président de la République
lui-même, à la fin de son mandat, devra affronter plusieurs procédures
judiciaires qui sont aujourd’hui suspendues. »
p.296 : « La grande
corruption se nourrit de ce que les Italiens appellent le circolo
vizioso dell’arroganza (le cercle vicieux de l’arrogance). Elle est
semblable à l’enfer : il est facile d’y entrer et presque impossible d’en
sortir. L’impunité lui permet de prospérer sans souci. L’engrenage est
implacable. »
p.327 : « Les pays
qui protègent l’argent du crime ou de la fraude doivent être bannis du jeu et
interdits bancaires. Le crime des élites est une atteinte aux intérêts
supérieurs de la nation. »
« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «
de la Brunetière
Le Canard Enchaîné
02.10.02,
p.4 : « Le grand retour suisse de l’affaire Elf. …
Convoqués ces tout prochains jours au pôle financier, Philippe Jaffré et
Geneviève Gomez auront du mal désormais à jouer les chevaliers blancs. D’autant
moins que, sept ans après les premières investigations judiciaires dans
l’affaire Elf, la justice suisse a enfin procédé à une perquisition dans les
locaux de la société genevoise Rivunion, véritable coffre-fort de l’argent noir
du groupe pétrolier. Jusqu’à présent, cette officine avait été tenue à l’écart
de toute investigation. Et pour une simple raison : cette boîte noire,
dirigée par un proche de Jaffré, aujourd’hui recasé à Vivendi, a servi aux
bonnes œuvres tant sous le règne de Le Floch-Prigent que sous celui de Jaffré.
Et Eva Joly et Laurence Vichnievsky, les deux juges longtemps chargés de
l’instruction Elf, ont toujours fait de leur mieux pour l’ignorer.
Il ne faut jamais désespérer de la
justice. »
03.08.05,
p.4 : « C’est bien une hausse de 9,10 % des violences policières
qui a été constatée entre 2002 et 2003, comme l’a écrit « Le Canard »
la semaine dernière dans son article. Le nombre de ces bavures était passée de
560 (et non « 590 », comme écrit par erreur) à 611. Le fautif est
dispensé de coups de matraque, mais provisoirement … »
10.08.05,
p.8 : « CON SE LE DISE. Encore un juge qui doit
payer ! Sarko a envoyé à son collègue de la justice une lettre fort
courroucée pour protester contre l’attitude d’un magistrat de Créteil. Il
demande à Pascal Clément de fesser l’insolent. … Et qu’a donc dit ce juge pour
déclencher la colère du ministre de l’Intérieur ? C’est Sarkozy lui-même
qui l’explique dans sa lettre : « Le 7 juin 2005, deux
fonctionnaires du commissariat de Villeneuve-Saint-Georges (94) assistaient à
l’audience (…) en qualité de victimes d’outrages. Lors des débats, le président
a tenu des propos inadmissibles qui ont suscité l’hilarité dans la salle
d’audience. En effet, les deux fonctionnaires qui avaient été traités de “cons”
et de “fils de pute” se sont entendu dire que “se faire traiter de con n’était
pas forcément une insulte en soi et que si on pouvait admettre de telles
insultes envers des policiers, elles étaient en revanche inacceptables
vis-à-vis d’un pompier”. » Et vis-à-vis d’un ministre d’Etat ?
Faute de témoin direct, il est difficile de se prononcer sur le sens profond
des propos prêtés au magistrat et qui ont été rapportés à Sarko par des
syndicalistes flics. Mais il est réconfortant de voir que le ministre prend à
bras-le-corps les grands dossiers essentiels pour l’avenir de la nation. Juste
une inquiétude : s’il écrit une belle lettre à chaque fois qu’un flic se
fait traiter de con, le ministère va vite manquer de papier. »
17.05.06, p.2 : « L’économiste
panaméen Augustin Pichot s’amuse de l’affaire Clearstream (« Le
Parisien », 12/5) : « On traite souvent les pays d’Amérique centrale
de républiques bananières, mais chez nous un scandale pareil aurait entraîné la
démission du gouvernement tout entier. » Preuve que la France peut même
donner des leçons à une république bananière. »
24.05.06,
p.5 : « Les poulets au gril d’Amnesty. Les flics français
en prennent pour leur grade dans le rapport annuel d’Amnesty international sur
l’état des droits de l’homme dans le monde. Dans les trois pages que cette ONG
consacre à la situation en France, sur plus de 150 pays examinés, pleuvent les
accusations récurrentes : « Les mauvais traitements et les
homicides racistes imputables à la police depuis dix ans ne sont pas des cas
isolés. » Et : « Le racisme des policiers et
d’autres agents de l’Etat vise les personnes de confession musulmane ou d’une
autre minorité ethnique. » C’est d’ailleurs « la colère contre
le comportement souvent raciste et agressif de la police », outre les
discriminations à l’embauche, qu’Amnesty place à l’origine des émeutes de
banlieue en novembre 2005 … Face à ces actes, la justice française est accusée
par Amnesty de se montrer laxiste avec les policiers, ce qui « crée un
climat d’impunité pour les forces de l’ordre ». Une « impunité
de fait » encore renforcée par la nouvelle loi Sarko sur le
terrorisme. A l’appui de ce diagnostic de racisme rampant, Amnesty cite
également les rapports des comités spécialisés antiracistes de l’ONU ou de
l’Union européenne, tout comme celui de la Commission nationale de déontologie
de la sécurité : violences policières en hausse, dont un tiers « considérées
comme manifestement racistes ». Si ce n’est pour les droits de
l’homme, la France maintient en tout cas son rang pour les droits du
flic ! »
28.06.06,
p.2 : « Du premier président de la Cour de cassation, Guy
Canivet, dans « Les Echos » (26/6) : " il est
urgent de restaurer la crédibilité de la justice." On ne peut rien lui
cacher. »
06.09.06,
p.2 : « C’est du joli : Pierre Charon, conseiller du
président de l’UMP, raconte au « Monde » (3/9), qu’ « à
Bercy le ministre des Finances (Sarko) ne refusait jamais de recevoir les
artistes en proie à des petits problèmes fiscaux ». Et çà se terminait
comment ? »
13.09.06,
p.8 : « Mais où est donc passée la 7è CRS ? La
police ne rigolait pas avec les taxis dans le nord de Paris. Particulièrement
tatillons étaient les contrôles sur l’autoroute A1 entre Roissy et la porte de
La Chapelle : un défaut d’horodateurs, l’absence d’ampoules de rechange
pour les lumineux ou de plan de Paris dans le véhicule, ces fautes gravissimes
étaient immédiatement et lourdement sanctionnées par des CRS – des vrais –
opérant dans des fourgons tout à fait officiels. Cléments et compréhensifs, ces
fonctionnaires de police proposaient néanmoins aux taxis appréhendés un
arrangement financier : pas de PV en échange d’un paiement cash. Ce racket
a pris fin quand un chauffeur a relevé le numéro d’un des fourgons, qui s’est
trouvé appartenir au parc automobile de la compagnie CRS 7, basée à
Deuil-la-Barre (Val d’Oise). Une dizaine de ses flics sont aujourd’hui en garde
à vue. Cela fait désordre. Ils pourront plaider l’exemple glorieux de leurs
aînés et une certaine tradition locale. En 2003 trois CRS condamnés depuis pour
viols en réunion sur des prostituées appartenaient à cette même CRS 7. Une
vraie pépinière de talents ! Ce n’est pas une raison pour que Sarko
veuille le nettoyer au karcher. »
18.10.06,
p.8 : « Interrogé par « Le Nouvel Economiste »
(12-18/10), qui a réalisé une enquête fort instructive sur « la République
des avocats », Me Arno Klarsfeld explique : « Quand on
est avocat, on est entraîné à mentir, çà aide en politique. »
Il pense à Sarko, avocat lui aussi,
qui l’a embauché à son service sur le dossier des sans-papiers ? »
03.01.07,
p.4 : « Faux témoins et toujours CRS. La CRS 37 héberge toujours
quatre faux témoins, et cela figure en toutes lettres dans un jugement du
tribunal de Lille : « Il est établi (…) que les
fonctionnaires de police de la CRS 37 ont menti à plusieurs reprises… »,
écrivent les juges. « J’ai horreur qu’on me prenne pour un con ! »,
aurait même confié, furibard, le président. Et pour cause : le 25 octobre
2006, sur la foi des mensonges policiers, « son » tribunal avait
envoyé quatre jeunes gens en détention provisoire. Ensuite, le 29 novembre,
leur relaxe avait fait grand bruit, et le jugement qui vient d’être enfin
dactylographié en rajoute un coup à la déconfiture policière. A l’origine, le
23 octobre, dans un centre commercial, les CRS arrêtent quatre hommes pour
outrages, rébellion et appel à l’émeute. A les entendre, la scène est si violente
qu’ils ne doivent leur salut qu’aux lacrymos et à une dizaine d’agents de
sécurité accourus en renfort. Deux jours après, à l’audience, les avocats
brandissent des cassettes vidéo qui, selon eux, prouvent l’innocence de leurs
clients. Mais c’est une comparution immédiate. Alors, pas de détail, tout le
monde au trou. Détention provisoire confirmée en appel par la cour de Douai. La
routine, quoi …
Quelques jours plus tard, en
visionnant les cassettes, les juges ont un haut-le-corps. Tout ce qu’ont raconté
les CRS est bidon : ni provocation, ni gesticulation, ni agressivité. L’un
des prévenus ne se « débat nullement », précise le jugement,
d’autant qu’il est menotté, la tête sous son chariot plein de victuailles …
Tandis qu’un autre « cherche manifestement à convaincre les policiers
de leur méprise ». Quant aux agents de sécurité, ils sont
tranquillement « occupés à discuter avec les (futurs) prévenus ».
A aucun moment les policiers ne se trouvent « dans l’obligation de
repousser la “charge d’une douzaine de jeunes” ». Or, assènent les
juges, « les mentions erronées figurant aux PV ne peuvent résulter
d’une erreur d’appréciation des policiers (…), habituellement confrontés à des
incidents bien plus graves ».
Côté innocents, le bilan est lourd,
puisque trois d’entre eux ont été licenciés. Leurs avocats, Mes Nicolas Brazy
et Antoine Berthe, vont déposer une plainte pour faux en écritures publiques
contre les CRS et une demande d’indemnisation pour un mois et demi de détention
provisoire injustifiée.
Côté menteurs, les CRS ont fait
appel. Saisie par le procureur de Lille, l’IGPN (la police des polices)
enquête, mais en attendant, les quatre flics n’ont pas été suspendus. Normal,
selon le syndicat des CRS (Unsa-Police) : « S’ils étaient
suspendus, ils risqueraient de perdre leur prime … » Trop cruel, en
effet !
26.12.07,
p.1 : « Quimper et passe. Ils sont décidément
indécrottables, ces juges et procureurs qui violent sans vergogne le secret des
sources des journalistes sous prétexte de protéger leurs propres secrets.
Derniers nominés, dans cette partie de chasse, la procureure et un juge
d’instruction de Quimper, qui ont demandé et obtenu le relevé de communications
téléphoniques d’un journaliste du « Télégramme de Brest » pour tenter
d’identifier ses sources. Ces magistrats, une fois de plus, méprisent le droit
européen. Et, surtout, ils suivent gentiment les consignes venues d’en haut.
Tant que la ministre n’aura pas donné l’ordre d’appliquer la convention
européenne, les violations se poursuivront. La soumission de la magistrature
est un secret qui n’a nul besoin, pour être éventé, de la moindre écoute
téléphonique. »
26.12.07,
p.2 : « Les avocats, ces nantis. Le gouvernement envisage
donc de supprimer le recours au juge pour les divorces par consentement mutuel
et de les confier aux notaires. Une réforme destinée à désengorger la justice
et qui aura pour première conséquence d’exclure les avocats de ce type de
procédure. Résultats : la colère gronde chez les avocats, qui redoutent de
voir leur pouvoir d’achat fortement s’éroder.
« De toute façon, a
commenté Sarko, la semaine dernière, devant ses conseillers, quand on voit
ce que gagnent les avocats (en tout cas ceux qu’il doit fréquenter), ils
auront du mal à expliquer pourquoi ils s’opposent à cette réforme, alors
qu’elle va faire gagner du temps et de l’argent aux Français. Les avocats, qui
ne m’aimaient déjà pas beaucoup quand j’étais à l’Intérieur, m’aiment encore
moins depuis la réforme de la carte judiciaire. Donc, je n’ai rien à gagner
avec eux, alors que cette réforme du divorce va être populaire chez les
Français. » Rappel : Sarko est avocat et doublement divorcé.
11.06.08 : “Après les tours de
piste” de l’ancien Ministre de l’Intérieur “contre la « racaille »
et pour le karcher” (Canard enchaîné 27.09.06), “la formule
immortelle prononcée par Sarko au Salon de l’agriculture (« Casse-toi,
pauvre con ! »)”
02.07.08,
p.2 : « Sarkozy l’odieux visuel. C’est désormais évident, le
chef de l’Etat ne nourrit que de bonnes intentions à l’égard des dirigeants des
télés de service public. Et la scène (reprise en partie sur le site Rue 89) qui
s’est déroulée le 29 juin, juste avant l’interview du Président sur France 3,
en témoigne. A 18h50, arrivant à France Télévisions, Sarko est cueilli par 200
à 300 manifestants arborant tracts et banderoles aux doux slogans :
« Hold-up », « Propagande », « Casse-toi, pauvre
con ! ». De quoi fortement agacer l’interpellé, qui commence à
bouillir : « Ici c’est pas France Télévisions, c’est France
manifestations. » … »
02.07.08, p.3 : « Des poulets sans tête. Le
commissaire du XIXe arrondissement de Paris passe d’excellentes vacances en
Grèce. Son adjoint a été muté, lundi 30 juin, et n’est pas encore remplacé. Ainsi
va la vie de la police dans ce quartier de Paris où s’affrontent les
« bandes communautaires », comme on dit. Et où un jeune Juif de 17
ans, lui-même mis en examen et sous contrôle judiciaire pour sa participation à
ce genre d’échanges musclés, s’est fait sévèrement passer à tabac, ce qui lui a
valu plusieurs jours de coma. Le square Petit, où a eu lieu cette agression, se
situe à 100 mètres de ce commissariat sans tête. C’était un week-end. L’adjoint
n’était pas de permanence … Michèle Alliot-Marie a fait, une semaine après les
événements, un tour de piste dans le secteur. La préfecture lui avait préparé
un circuit d’une petite demi-heure. Avec un imposant dispositif, télévisuel et
policier. « Pour le coup, il ne manquait que le Raid », a ironisé un
élu. Menton en avant, MAM a vanté un dispositif de sécurité renforcé. Ce qui
est incontestable quand la ministre est en promenade. Mais dans le XIXe la
population a augmenté de 40 000 personnes en six ans. La police de proximité y
a disparu. Le commissaire et son adjoint aussi. »
26.11.08,
p.4 : « L’argent des sans-papiers les intéresse … Et elle n’est pas la seule à profiter des
sans-papiers, devenus une manne pour les escrocs. Vrais ou faux avocats leur
fondent dessus, recrutant aux abords des préfectures, dans les tribunaux ou
grâce à des rabatteurs. Au réseau éducation sans frontières (RESF) circule même
une liste d’avocats marrons et de faux conseils juridiques.
Chinois de choix. La
préfecture de police connaît aussi ces arnaqueurs qui, après un coup d’œil
distrait à ces dossiers sans espoir, promettent la lune aux désespérés. Chacun
sa spécialité : « Me X propose ses services aux Algériens frappés
d’arrêté de reconduite et les assure d’un prompt et fructueux réexamen »,
raconte un policier. Les chinois sont des proies prisées. Deux femmes paniquées
ont ainsi, en 2006, versé 2.500 euros (en liquide) à deux avocats pour la
libération de leur mari d’un centre de rétention. Ils ont été expulsés, les
avocats n’ont même pas pris la peine de se déplacer à l’audience, sans doute
perdue d’avance. Des militants de RESF ont rédigé des plaintes au conseil de
l’ordre. En vain. Aucune preuve, aucun reçu. « Et plus la loi se
durcit, plus ces filouteries se multiplient », reprend le même
policier. … »
Le Point, 30.09.04,
p.22 : « Ambiance. La Chambre parisienne des notaires
tape du poing sur la table. En effet, quatorze d’entre eux sont actuellement
impliqués dans des affaires pénales. Les 500 notaires parisiens sont donc
convoqués, le 5 octobre, pour se voir repréciser les règles de déontologie de
la profession. »
p.22 : « Descente.
Le juge d’instruction Jacques Gazeaux a perquisitionné avec des policiers, le
17 septembre, au siège de la Société Générale, à la Défense. Le magistrat
cherche à comprendre pourquoi des comptes bloqués dans le cadre d’une enquête
ont laissé filer plus de 5 millions d’euros vers un liquidateur
judiciaire. « Un dysfonctionnement qui n’a rien de pénal »,
plaide-t-on à la banque. »
La Tribune, 19.11.04,
p.48 : « Aujourd’hui, le droit est présent partout autour de
nous, à chaque instant de notre vie. Il est devenu le partenaire incontournable
du succès de nos projets et de nos entreprises. C’est pourquoi 40 000 hommes et
femmes nous conseillent et nous accompagnent au quotidien dans tous les
domaines du droit.
Ce sont les Avocats des Barreaux de
France. LES AVOCATS pour avancer dans un monde de droit. »
Nouvelle République, 22.01.05, « La
démission spectaculaire d’un juge d’instruction de Tours.
Dérangeant, détonnant, …
LE MONDE, 01.07.05 : De
Guy Canivet (premier président de la Cour de cassation) (extrait) :
« … Sur le plan pénal, le juge ne bénéficie d’aucune protection ou
immunité. Qu’elle soit dans l’exercice de ses fonctions ou hors de celle-ci,
l’infraction pénale qu’il viendrait à commettre, même dans l’exercice de ses
fonctions, est poursuivie et jugée selon les procédures de droit commun, comme
pour tout autre citoyen. Cette responsabilité n’est pas fictive, les exemples
de condamnation de juges sont connus, il n’y a aucune complaisance à cet
égard. » … « Les jugements ne peuvent être prononcés ni sur les
instructions du pouvoir politique ni sous la pression de l’opinion
publique ; ils le sont en revanche sous le contrôle des citoyens. A leur
égard, les juges sont débiteurs d’un devoir de transparence, de sérieux, de
diligence et d’impartialité. …»
20 minutes, 23.06.06,
p.9 : « Il gagne contre Papon et perd contre son client. La cour
d’appel de Bordeaux a débouté hier Me Gérard Boulanger de sa demande de
paiement de frais de justice, qu’il réclamait aux parties civiles du procès
Papon. Gérard Boulanger était l’avocat de Michel Slitinski – ainsi que celui de
vingt-cinq autres parties civiles – lors du procès de Maurice Papon,
l’ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde condamné en 1998 à dix ans
de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l’humanité. Depuis
2003, les deux hommes sont en désaccord au sujet du paiement des frais de
justice. L’avocat exige les indemnités perçues par les parties civiles qui correspondraient
aux frais supportés par son cabinet, alors qu’il s’était engagé depuis 1981 à
défendre les victimes gratuitement. Michel Slitinski et neuf des parties
civiles refusent de lui verser les 7 662 € qu’ils ont touchés et s’opposent
également au paiement de 1 196 € par personne proposé lors d’une conciliation,
préférant aller en justice. »
Le Parisien, 18.07.06 : « Violence.
Le procureur attaque les policiers à l’épée. Pour les policiers du
commissariat local, ce devait être une intervention classique de trouble du
voisinage. Elle a dégénéré. Et son protagoniste est un magistrat de la cour
d’appel de Paris. Vers 0 h 30, les fonctionnaires du XIIe arrondissement de
Paris sont appelés pour un différend entre voisins boulevard de Picpus. Sur
place, ils auditionnent une jeune femme qui vient de sortir d’un appartement au
quatrième étage. Elle raconte qu’elle y a été invitée par un couple, dont le
mari, Philippe Bonnet, est substitut général à la cour d’appel. Mais, la
boisson aidant, l’homme aurait disjoncté et l’invitée a préféré quitter les
lieux. A l’intérieur du logement, des éclats de voix sont toujours audibles.
Les fonctionnaires de police demandent à se faire ouvrir la porte. Soudain, la
porte s’entrouvre. Juste le temps pour l’occupant des lieux de donner un coup
d’épée par l’entrebâillement. Un policier est touché au thorax, mais s’en sort
indemne grâce à son gilet pare-balles. A l’intérieur, les cris d’une femme
repartent de plus belle. Elle implore le magistrat de laisser entrer les forces
de l’ordre. Nouvelle brève ouverture de porte et nouveau coup d’épée, qui
touche cette fois un policier à l’avant-bras. La troisième tentative sera la
dernière. Un coup de flash-ball est tiré et assomme le forcené. Présentant tous
les signes de l’ivresse. Philippe Bonnet a été conduit dans un hôpital
psychiatrique. Une enquête a été confiée à la brigade criminelle de Paris, qui
connaît déjà bien le magistrat. Il y a quinze jours, il avait menacé un homme à
l’arme blanche. Mis en examen par un juge d’instruction, il avait été laissé en
liberté sous contrôle judiciaire. Le procureur général de Paris pourrait ouvrir
une procédure disciplinaire à l’encontre de son subordonné. »
LE FIGARO.FR, 18.07.06, L’intégrale
de la rédaction, 13.22, Quand un magistrat se prend pour un templier. En état
d’ébriété, le substitut général à la cour d’appel de Paris a agressé deux
policiers avec une épée de franc-maçon ce week-end. Neutralisé à l’aide d’un
flash-ball, il a été aussitôt placé en hôpital psychiatrique. (Avec AFP) »
France Info, RTL, 12.09.06, des CRS de
la C.R.S. n° 7 de Deuil La Barre dans le Val d’Oise mis en cause dans le racket
de chauffeurs de taxis parisiens avec des P.V. pour des infractions fictives,
et pour le viol de prostituées en 2003
Le Point, 10.07 : Achoui
et les maîtres chanteurs. Victime d’une tentative d’assassinat durant
l’été, l’avocat Karim Achoui vient d’être l’objet d’un chantage, déjoué par la
Brigade criminelle. Contacté par un gendarme du palais de justice, qui demandait
50.000 euros contre des informations sur les commanditaires de l’attentat,
l’avocat a prévenu la police. Deux jours plus tard, le pandore et le patron
d’un bar du 5e arrondissement ont été interpellés.
Le Point, 10.07 : La
fuite qui mouille deux commissaires. Le chef de la section de la recherche
opérationnelle et le chef du cabinet du directeur central des RG ont été
suspendus à la suite d’une enquête administrative. Ils sont soupçonnés d’être à
l’origine de la fuite qui a permis au site Internet du Parisien de
révéler, le 24 octobre, qu’un dispositif de surveillance spécial avait été mis
en place à Ajaccio par les RG. A l’origine de l’alerte, la découverte d’un
lance-roquettes qui aurait pu servir à un attentat contre la préfecture, siège du
conseil des ministres décentralisé du 31 octobre.
France Info, 13.03.08,
12h05 : un commissaire de Police, Patrick Moigne, 48 ans, chef de la
brigade des fraudes aux moyens de payement, a été mis en garde à vue par la
Police des Police, l’IGS, pour corruption (de l’argent contre des
renseignements) et violation du secret professionnel
Le
parquet de Mannheim (sud-ouest), alerté par celui de Baden-Baden,
"examine" les activités de la banque, a indiqué ce porte-parole,
précisant qu'il ne s'agissait pas de l'ouverture d'une enquête.
Des
journalistes de l'émission Frontal 21 de la chaîne publique ZDF se sont faits
passer pour des Allemands voulant placer leur argent sans attirer l'attention
du fisc. Ils étaient munis d'une caméra cachée. Le documentaire, diffusé mardi
dernier, montre leur conversation avec des salariés de l'agence UBS de
Baden-Baden, puis avec un cadre de la banque en Suisse. Les visages des
intéressés sont brouillés et leurs voix transformées. Le directeur de la
filiale allemande commence par assurer ne vouloir s'occuper "que d'argent
légal", avant de suggérer plusieurs solutions "si vous voulez des
méthodes plus discrètes". Il conseille ainsi la création d'une fondation
au Liechtenstein, de même qu'un placement à Singapour.
Les
documents nécessaires seraient acheminés par le service postal interne d'UBS,
échappant ainsi à tout contrôle, ou pourraient être transportés par une voiture
"'avec une plaque d'immatriculation allemande pour ne pas susciter la
méfiance des voisins". La diffusion de ce documentaire intervient alors
que, le mois dernier, un scandale d'évasion fiscale à grande échelle est venu
frapper l'Allemagne. Une vaste enquête a été lancée sur un millier de
contribuables allemands soupçonnés d'avoir contourné le fisc avec des
placements au Liechtenstein, sur la base d'informations rachetées par les services
secrets allemands.
20 minutes, 07.07.08,
p.4 : Un policier sous contrôle judiciaire. Soupçonné d’avoir
détourné de l’argent liquide lors d’une descente de police dans un cercle de
jeu du 9e arrondissement mi-juin, un policier de l’Office central de
répression de la grande délinquance financière a été mis en examen vendredi
pour vol aggravé et placé sous contrôle judiciaire.
Le Parisien, 18.07.08,
p.16 : Cinq policiers des RG suspendus. Cinq policiers des
renseignements généraux du sud de la Seine-et-Marne ont été suspendus de leurs
fonctions. L’un parce qu’il est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire
pour « viol et agression sexuelle » sur son épouse, elle-même
policière dans un autre service. Les quatre autres fonctionnaires sont sanctionnés
administrativement pour « dissimulation de preuves ». Le dossier est
à l’instruction au TGI de Melun (Seine-et-Marne). Une information judiciaire
pour « trafic d’armes et de stupéfiants » a également été ouverte et
une enquête disciplinaire est parallèlement en cours.
A l’origine de l’affaire : la
plainte pour viol d’une policière contre son époux, policier à la direction
départementale des renseignements généraux (DDRG 77). Selon elle son mari lui
aurait fait boire du GHB, la « drogue du violeur », et aurait ensuite
abusé d’elle. Au cours de son audition pour cette agression, la fonctionnaire,
qui a depuis été mutée dans l’est de la France, accuse également son mari
d’être un trafiquant d’armes et de stupéfiants. Les policiers de l’inspection
générale de la police nationale (IGPN) sont aussitôt alertés et investissent
les locaux à Melun pour une enquête interne. Finalement, quatre collègues du
policier incriminé sont placés en garde à vue pour « dissimulation de
preuves », avant d’être suspendus administrativement de leurs fonctions.
Ils auraient procédé au « nettoyage » du bureau de leur confrère
accusé par sa femme.
« C’est une affaire
privée », affirme Jean-Louis Martineau, l’ex-directeur de la DDRG 77, qui
a lui aussi quitté le département pour Montpellier (Hérault), où il a pris la
tête d’un nouveau service de la DCRI (Direction centrale du renseignement
intérieur). De son côté, Me Daniel Merchat, qui défend le policier accusé de
viol, assure : « Mon client n’a jamais violé son épouse. La plainte
déposée s’inscrit dans le cadre d’un divorce tendu. Dans ce dossier, tout n’est
qu’allégations. »
LE FIGARO, 25.07.08,
p.15 : UBS accumule les ennuis judiciaires aux Etats-Unis. Le
ministre de la Justice de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, a réclamé hier
l’ouverture d’une information judiciaire contre l’UBS. Il accuse le groupe
bancaire suisse d’avoir trompé des milliers d’investisseurs américains en leur
faisant souscrire des obligations à taux variables qui se sont révélées
complètement illiquides en raison de la crise financière actuelle.
Le ministre de la Justice réclame
la restitution de quelque 25 milliards de dollars aux investisseurs dont il
chiffre le nombre à 50 000, dont 7 000 New-Yorkais.
Cette
action en justice fait suite à celle déposée fin juin par l’autorité de
régulation des marchés du Massachusetts, accusant également le groupe bancaire
suisse d’avoir induit ses clients en erreur, en décrivant de manière inexacte
les caractéristiques de ces obligations et en se rendant coupable de conflit
d’intérêts.
« Il est frustrant que le
procureur de New York ait porté plainte alors que nous sommes engagés
loyalement dans une négociation avec ses services pour rétablir la
liquidité », s’est défendu hier l’UBS. L’UBS est par ailleurs
dans le collimateur du Sénat américain dans une affaire de fraude fiscale au
profit d’une clientèle aisée.
France Info, 22.08.08,
10h00 : le substitut du procureur du TGI de Montpellier a été mis en
détention provisoire pour corruption pour avoir violé le secret de
l’instruction d’une affaire qu’il instruisait en informant contre de l’argent
un de ses amis, dentiste, sur la procédure la concernant. Il a été arrêté le 12
août et mis en examen.
20 minutes, 12.09.08,
p.9 : Ils faisaient sauter des PV contre des bakchichs. Une
dizaine de personnes, dont des policiers, soupçonnées notamment d’avoir
fait sauter des PV, ont été placées en garde à vue mercredi à Paris. La
procédure, menée par l’Inspection générale des services, vise des faits de
« corruption active » et de « trafic d’influence ». Cette
affaire concerne une dizaine de personnes, dont quelques fonctionnaires en
poste au service du traitement des contraventions à Paris. Elles sont
soupçonnées, en l’état des investigations, d’avoir fait sauter des
contraventions, pour une centaine d’euros à chaque fois, et offert d’épargner
les points de permis concernés. Elles auraient proposé l’indulgence pour ces
points, moyennant un supplément de 100€ le point enlevé. Ces personnes étaient
toujours en garde à vue hier. L’affaire a débuté en 2005 à la suite du dépôt de
plainte d’un particulier à qui un ou des suspects auraient proposé un marché
pour un PV. Hier soir, on ignorait l’ampleur des gains cumulés dans cette
affaire. Des sociétés de taxis et des gérants d’entreprises auraient bénéficié
de ces « indulgences », selon une source judiciaire.
de la Brunetière
L’indication qu’une personne était de son vivant
membre d’une loge maçonnique n’est pas de nature, même si elle est inexacte, à
porter atteinte à son honneur et à sa considération, elle n’est pas davantage
outrageante ou injurieuse. Paris, 6 mars 1998 : Gaz. Pal. 1998. 2.
Somm. 553
Bulletin
d’André NOEL,
N° 1692, p.4 : « Débarqué à Nice, il (le procureur Eric de
Montgolfier) découvre l’existence et la puissance des réseaux locaux et tout
particulièrement au sein de la magistrature. Le plus puissant de tous :
celui des francs-maçons.
Leur
solidarité se manifestant à l’occasion d’affaires qu’il instruit. Des dossiers
sensibles disparaissent. La plupart de ces dossiers mettent en cause des
affaires financières touchant des personnalités locales. Ces personnalités
appartiennent souvent à la franc-maçonnerie. Là-bas, selon le Grand Maître
provincial de la GLNF (Grande Loge Nationale française), la maçonnerie,
disait-il en 1997, est bien implantée « Dans le milieu des
professions libérales, justice et médecine ». Les magistrats francs-maçons
se réunissent au temple de la GLNF à Mouans-sartoux.
Collusion
entre ces magistrats, les personnalités et la police ? Réponse d’Eric de
Montgolfier : « Il n’y a pas de preuves de ces connexions mais trop
de concours de circonstances troublants. Je ne demande pas de comptes sur la
liberté d’expression. Mais il est inconcevable d’appartenir à une société aux
rites secrets et exercer la profession de juge. » »
p.4 : « Le
plus étonnant c’est la réaction du garde des Sceaux, Mme Guigou, qui, toutes
affaires cessantes, a convoqué le procureur à la Chancellerie afin qu’il
l’informe sur ce « scoop » extraordinaire, Mme Guigou ne soupçonnant
pas un seul instant que la franc-maçonnerie pût avoir un tel pouvoir !
Le
ministre de la Justice se moque du courageux Procureur et de nous par-dessus le
marché. Mme Guigou fut conseiller à l’Elysée sous Mitterand. Aujourd’hui, elle
est garde des Sceaux. A ce double titre, elle ne peut ignorer que la plupart
des affaires de l’ère Mitterand ont eu pour acteurs principaux des
francs-maçons dont l’entourage présidentiel était truffé, de ses hommes de
confiance à ses principaux collaborateurs …
Qu’il
s’agisse des scandales Urba, Péchiney Pelat, Jean-Michel Boucheron, Christian
Nucci, Bérégovoy et quelques autres, toutes ces malversations financières
impliquent les réseaux francs-maçons. Autour de l’Elysée, la situation était la
même qu’à Nice aujourd’hui, mais, contrairement à M. de Montgolfier qui dénonce
haut et fort, Mme Guigou a fait comme si elle ne savait pas. »
Faits
et Documents, 15 au 31.05.04, p.5 : « Totalement passé inaperçu, un
important arrêt a été rendu par la Cour européenne des droits de l’homme
le 17 février 2004 (requête n° 39748/98). Il concernait la sanction infligée
à un magistrat italien, Maestri, par la section disciplinaire du Conseil
supérieur de la magistrature en raison de son appartenance à la
franc-maçonnerie qui avait estimé qu’il existait un lien de subordination
entre les francs-maçons, que la franc-maçonnerie rejetait la justice d’Etat
pour appliquer la sienne et le serment d’engagement maçonnique était
indissoluble. Le requérant avait formé un pourvoi en cassation qui avait été
rejeté au motif que le droit de libre association est limité par les principes
d’impartialité et d’indépendance de la fonction juridictionnelle. La CEDH a
conclu que cette décision était pratiquement justifiée, si ce n’est que les
conditions légales dans lesquelles un magistrat doit s’abstenir d’adhérer à une
société secrète doivent être clairement précisées. Ce jugement a pour résultat
de rendre incompatible franc-maçonnerie et magistrature à partir du moment où
certaines conditions de forme sont vérifiées. »
Marianne, 16 au 22.10.04 : « Côte
d’Azur. Jean-Paul RENARD. Le brillant magistrat niçois entretenait des
relations copains-coquins avec des prévenus, des hommes politiques et des
maffieux. Sur fond de solidarité maçonnique. »
L’EXPRESS,
14.03.05,
p.118 : « En Italie, une loi votée en 1988 prévoit qu’un
magistrat puisse, sur ses deniers personnels, indemniser une victime en cas de
faute grave ou de déni de justice. Résultat : les juges transalpins
souscrivent des contrats d’assurance. A l’instar de ce que font chez nous –
c’est une obligation – les trésoriers-payeurs généraux. Silvio Berlusconi, qui
ne porte pas dans son cœur l’institution judiciaire, est un farouche partisan
de ce système, sous prétexte que les juges forment une caste
inattaquable. »
Le
Monde 2, 13.08.05, p.8 : « Le déclin de la franc-maçonnerie. »
p.12 : « Les
dérives niçoises dans le monde de la magistrature, stigmatisées par le
procureur Eric de Montgolfier en 1999 (soutenu d’ailleurs par le GODF et la
GLDF), ont propulsé sur la place publique la question de la pertinence, dans un
univers avide de transparence, du secret et du serment maçonniques. Question
qui, dans d’autres pays, a été résolue drastiquement : en 1993, en
Italie, le Conseil de la magistrature a établi que le serment était
incompatible avec la fonction de magistrat. Depuis 1997, en Grande-Bretagne,
policiers et magistrats ont l’obligation de dévoiler leur appartenance à la
franc-maçonnerie. »
L’Homme
Nouveau, 12.11.05, p.9 : « Pour la séparation de la maçonnerie et de
l’Etat. En 1905, la laïcité victorieuse annonçait la séparation du pouvoir
de l’Eglise et de celui de l’Etat. En 2005, ne devrait-on pas souhaiter une
autre célébration : celle qui scellerait la séparation de l’Etat et de la
franc-maçonnerie ? Pour y répondre, Maurice Caillet, franc-maçon converti,
livre son expérience. »
p.
10 : « Alain Bauer, récemment Grand Maître du Grand Orient,
était il y a peu conseiller au premier cabinet du ministre de l’Intérieur,
Nicolas Sarkozy. »
p.12 : « Doit-on
croire Alain Bauer, dans Le Figaro Magazine du 30 septembre 2000, qui
écrit : « Même le terme de secret maçonnique va être emporté
par le souci de transparence, et va disparaître du vocabulaire du Grand Orient,
parce qu’il est mal vu de l’extérieur » ? Il
explique : « D’abord considéré comme un gage de discrétion,
il apparaît aujourd’hui comme une pratique beaucoup plus détestable qui amène
parfois à des formes de corruption, de concussion et d’affairisme ».
Voilà, en tout cas, des signes de lucidité, à défaut d’effets tangibles. »
MORPHEUS
N°14, Mars/Avril 2006, www.morpheus.fr : « L’affaire Alègre est la clef de la
corruption du système qui nous entoure, les gens savent très bien à quoi s’en
tenir. On nous projette les apparences d’une liberté factice. Il y a une espèce
d’élite auto-proclamée qui n’est pas basée sur le mérite mais sur le piston de
liens interpersonnels. Ces gens sont comme des loups qui gèrent le troupeau de
moutons et qui consomment aussi du mouton à tous les repas. Il y a un groupe de
prédateurs qui, à mon avis, n’existe pas seulement sur Toulouse… Le peuple doit
être conscient qu’on le trompe, que sa pseudo-élite auto-proclamée est un
ramassis d’opportunistes arrivistes qui nous ont réduit en esclavage sans qu’on
s’en aperçoive. Ils ont pris le contrôle de nos vies et ils estiment pouvoir
exercer une prédation sur le troupeau. Ils estiment pouvoir transgresser toutes
les lois y compris celle de la morale et de la décence la plus basique alors
qu’ils sont, eux, chargés de les faire respecter et payés pour les faire
respecter…
Comment
fonctionne ce groupe de prédateurs ? On approche les gens qui ont du
pouvoir (magistrats, policiers, universitaires, hommes politiques) et dont la
corruption morale fait d’eux des membres potentiels… On recrute donc un membre
en l’invitant à une soirée au cours de laquelle on l’enferre en filmant tout ce
qui s’y passe, ce qui permet de s’assurer de la loyauté future du membre.
Ensuite, on passe à des choses de plus en plus sérieuses. L’idéologie qui
sous-tend ce groupe est la transgression de toute règle morale ou éthique, ces
dernières étant considérées comme des entraves à la quintessence du genre
humain. Dans ce cercle, il faut donc rejeter toutes les règles en violant tous
les tabous. Il y a nécessité de transgresser tout pour faire sauter des sortes
de verrous qui seraient des entraves à notre liberté depuis l’enfance… C’est
ainsi que l’on commence par la sexualité de groupe, la pédophilie, le viol, la
torture pour en arriver au meurtre. Voici des gens qui ensuite sont imbus de
leur pouvoir, qui s’encouragent les uns les autres, à aller toujours plus loin
dans l’horreur et qui finissent par se prendre pour des demi-dieux qui n’ont
plus à respecter aucune règle. »
« Je
pense à nos droits les plus fondamentaux qui sont le droit de résistance à
l’oppression. Je pense que c’est un droit qu’il serait temps de mettre en
œuvre. Je pense qu’il y a une tyrannie qui nous dépasse qui s’est installée,
qui persiste à s’installer. Il est temps que le peuple qui avait confié
certains pouvoirs les reprennent. Le pouvoir judiciaire n’appartient qu’au peuple
qui l’a confié aux juges pour servir, or certains l’ont détourné pour asservir.
Il est temps que le peuple reprennent en main ses propres affaires qu’il a trop
longtemps déléguées aux mauvaises personnes. Je rappelle à tous, notre droit
constitutionnel et même notre devoir citoyen de résistance à l’oppression
lorsqu’elle se manifeste. »
«
Eva Joly fut ouvertement menacée de mort par des gradés de l’armée française,
quant au juge Halphen, il déclare ouvertement à qui veut l’entendre que la
justice n’existe pas en France. »