Le Onzième commandement



Sa vie était faite d'aventures palpitantes où elle jouait à vaincre des démons et des forces manipulées par des êtres qu'elle connaissait parfois, qu'elle reconnaissait souvent. Certaines personnes cherchaient à la faire périr, alors que d'autres lui venaient en aide.

Rarement se posait-elle des questions. Tout au long de sa vie, d'aussi loin qu'elle se rappela, il y avait toujours eu de l'action autour d'elle. Elle y participait activement comme si cela allait de soi. C'est comme si elle avait été créée pour cela : pour agir, se battre et vaincre. Parfois, dans des moments de repos, après la guerre ou des rencontres plus ou moins fructueuses, plus ou moins amicales, l'entité se rendait compte qu'elle grandissait, à l'abri, bien au chaud, qu'elle était nourrie, sans savoir comment. Mais elle ne s'en préoccupait pas. Quand elle ne prenait pas part à quelque action salvatrice, on s'occupait d'elle, on la berçait, on lui chantait des chansons, on la rassurait, on lui disait même de continuer, de faire ce qu'elle avait à faire, de ne pas s'en faire, que tout allait bien.

À travers toutes ses activités, elle trouvait le temps de raconter des histoires à ses compagnons et compagnes. Ce qu'elle aimait le plus, c'était de raconter à qui voulait l'entendre, tout ce qu'elle savait sur les hauts faits des grands hommes de l'histoire humaine. Elle pouvait en parler durant des heures sans se fatiguer. Son auditoire, captivé, oubliait le temps et les tâches à accomplir. Son discours faisait parfois référence aux préceptes enseignés par les prophètes du monde d'où elle venait. Son visage et son être entier s'illuminaient lorsqu'elle parlait des désirs d'un dieu dont elle savait l'existence. Elle disait que la force des désirs de ce dieu donnait à ceux qui voulaient bien les actualiser le courage d'affronter la vie. Elle mentionnait aussi, sans avoir l'air d'y tenir particulièrement, qu'on pouvait obtenir une grâce spéciale à rentrer dans le jeu de CELUI QUI EST, comme elle disait qu'Il aimait se faire appeler. À une question qu'on lui posait un jour à propos de cette grâce, elle a dit que le grâce s'obtenait parfois après qu'on eut travaillé très fort pour accomplir quelque chose de difficile. La grâce arrivait après qu'on eut tout essayé ; c'est comme si, expliquait-elle, vous vous acharniez à régler une affaire importante et qu'au dernier moment, alors que vous croyez la chose perdue, un événement survient et vous trouvez la solution à votre problème. La grâce vient après qu'on ait tout essayé, qu'on est au bord du désespoir et qu'on se dise, même à ce moment-là, qu'on ne lâchera pas.

Lorsqu'elle avait des moments pour elle, l'entité rêvait d'être plus grande, plus forte, plus admirée aussi. Elle aimait penser qu'elle faisait sa marque dans ce monde et qu'on l'aimait, pas seulement pour son physique, mais pour ses idées. En son for intérieur, dans ses rêves à elle, ceux qu'elle construisait à force d'imagination, elle osait croire qu'elle était adulée. Autant aimait-elle parler des grands qui avaient marqué l'histoire, autant voulait-elle marquer son temps et être reconnue pour ses hauts faits à elle. Mais cela, elle ne le disait pas.

Parfois, des sons étouffés, venant d'ailleurs, la troublaient ou la rassuraient. Elle ne savait pas où cet ailleurs se trouvait et n'en avait cure. Pas exactement. Elle avait cru savoir, un moment donné, qu'elle venait d'un autre monde. Mais elle s'était tellement habituée à celui dans lequel elle vivait dorénavant qu'elle avait oublié ses origines. Elle ne savait même plus si elle était jeune ou vieille. Elle vivait; cela seul comptait. Les sons, elle les ressentait plus qu'elle ne les entendait. On aurait dit des murmures se confondant à ses rêves, ceux qu'elle construisait et ceux dont elle savait parler, ceux des grands hommes qu'elle croyait avoir connus.

L'entité rêvait sa vie. Et sa vie n'était composée que de rêves. Mais elle ne faisait pas la différence. Pour elle, elle vivait, grandissait, partait à l'aventure, agissait, se battait, revenait de ses guerres meurtrie ou adulée; puis elle était consolée, nourrie, choyée, bercée.

Un jour, qu'est-ce qu'un jour pour cet être, après qu'il eut donné un coup, de quoi, il ne savait pas, il ressentit une panique. D'où venait-elle ? Était-ce lui qui avait soudainement peur ? Pourquoi ? Dans son rêve, il n'avait bougé qu'un peu ! Il avait conscience que rien ne venait le menacer pourtant. Il tenta de se retourner, n'y parvint pas. Il ressentit à cet instant une émotion de joie. Il la sentit comme venant d'ailleurs. Il continua de respirer lentement en essayant de savoir ce qui provoquait cette sensation. Il tenta de bouger de nouveau, sans succès. Une vague de surprise déferla en lui. Il ressentait cela sans savoir pourquoi.

L'être sut, sans savoir comment ni pourquoi, qu'il devait absolument se réveiller. Inconsciemment, tous ses efforts devaient le mener à son éveil. Il s'apercevait bien que depuis peu, l'espace autour de lui rapetissait et il savait, intuitivement, qu'il devait bientôt s'engager dans une nouvelle aventure.

Chaque fois qu'il tentait de bouger, il ressentait des vagues d'émotions diverses allant de l'expectative à la crainte, à la joie, au doute, à l'espoir.

Dans son temple vint, un moment donné, une fraîcheur telle qu'il ne voulut plus sortir ni s'éveiller. Instinctivement, il décida de bouger pour se défendre contre ce qui venait, même s'il n'avait absolument aucune idée de ce qui se tramait. Il paniquait. In ne savait pas du tout ce qui se préparait et de toute façon, il ne désirait plus en entendre parler. L'Inconnu lui faisait peur, tout à coup. Il était bien, là, avec ses rêves. Il voulait qu'on le laisse tranquille. Il voulait retourner à ses rêves.

Il savait qu'on le réveillerait. Mais pourquoi ? Son rêve s'arrêterait ! Il sentit du frais sur sa peau et entendit, vraiment entendre, pour la première fois, des sons clairs qu'il ne savait identifier. Comme dans un de ses rêves, quelqu'un le frappait. Il pleura pour la première fois.

Pourquoi lui faisait-on ces choses méchantes ? Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Toute sa vie il avait fait ce qu'on lui demandait, avait vaincu des démons, s'était battu contre des forces plus puissantes que celles qu'il possédait. Et maintenant ceci : sans explication, sans connaissance, il devait affronter… quoi au juste ?

Il ne savait pas ce qu'on attendait de lui. Il décida qu'il n'ouvrirait pas les yeux. Il ferait semblant de dormir. On n'avait qu'à lui dire ce qu'on attendait de lui, comme avant. Alors, il agirait.

Il sentit qu'on lui frottait les yeux… Ce qu'il vit d'abord, en les ouvrant, fut une lumière aveuglante qui le rendit presque aveugle ! Et tout ce tintamarre assourdissant qu'il entendait ! Il ne désirait pas quitter son rêve, il avait froid, il pleurait, la brillance l'aveuglait, On le prenait; il eut un frisson. Ce qui le manipulait avait un effet bizarre sur sa peau. On le mit dans quelque chose de chaud, un liquide quelconque, moins confortable que ce dans quoi il vivait avant que tout cela ne se produise, on le baigna presque sans ménagement, malgré les airs qu'on voulait bien se donner; puis on l'emmitoufla pour le porter vers une forme allongée qui semblait le réclamer. À ce moment, il n'en avait cure. C'était confortable, il avait chaud, on le regardait avec amour, on le caressait, on l'embrassait, comme dans ses rêves.

Il s'endormit.

Quelqu'un lui disait, comme dans un rêve: " Mon fils, il est un commandement, le onzième, que je veux que tu mettes en pratique. Je te le dis maintenant pour que ta conscience sache que cet enseignement existe : " Crois en tes rêves " ! Tu apprendras qui est celui qui te permettra de recourir aux forces cosmiques, de développer ton intuition et d'obtenir l'aide dont tu auras besoin en vue d'accomplir ta mission sur cette terre. Elle consiste, en partie, à devenir conscient de tout ton être. Tes rêves t'aideront."

 

Lien suivant :



Pour m'écrire : Pierre