L'APPRENTISSAGE




Roger travaillait dans un trou. Il creusait, parfois à la pioche, parfois à la pelle pour évacuer les débris qu'il délogeait. Sans relâche, il trimait, s'arrêtant de temps à autres pour souffler un peu, s'essuyant le visage de sa manche de chemise.

Peu de gens s'occupaient de lui. On avait tendance à s'éloigner de lui car il avait très mauvais caractère. Plus souvent qu'à son tour, Roger injuriait sa pioche quand il frappait une roche et que le coup résonnait dans ses bras fatigués et ses mains douloureuses. Ou alors, il en voulait verbalement à sa pelle lorsque ce qu'il lançait retombait au fond du trou. Il maudissait même ses bottes lorsqu'il avait mal aux pieds.

La vie lui était pénible, comme si elle ne lui donnait que du fil à retordre. À la fin de ses journées, il sortait de son trou de peine et de misère car, évidemment, les autres ne lui donnaient pas de coup de main.

Maussade, Roger rentrait chez lui ; il en voulait à tout le monde et se posait des questions, car il réfléchissait, parfois. " Pourquoi la vie est-elle si difficile ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela ? Je fais mon travail, je travaille dur, très dur même ! " Ses réflexions tournaient autour de ses récriminations.

Jour après jour, dans un trou ou dans un autre, il vivait la même routine, pour lui désagréable, désespérante. Le temps avançait et comme toujours, il travaillait, seul. Les autres, ses soi-disant compagnons de travail, le raillaient, lui lançaient des objets qu'il recevait souvent sur la tête. Il se relevait en vociférant, lançant des bêtises à la ronde et se ramassant dans son trou plus bas qu'avant, plus taciturne, plus malheureux.

Cela dura longtemps ; Roger ne sait plus combien de temps. Il cessa de se poser des questions sur sa malchance, sur l'injustice de son sort. Il ne pouvait faire autre chose que de continuer à faire ce qu'il faisait pour gagner sa vie. Dans son trou, il sacrait ; c'était devenu une habitude, la seule façon de travailler qu'il connaissait.

Un jour cependant, sans s'en rende compte, Roger commença à changer. Un passant s'arrêta à sa hauteur et se mit à le regarder travailler. Lorsqu'il sacrait, qu'il engueulait sa pelle ou sa pioche, le passant souriait. Il restait là quelques minutes, puis partait pour revenir le lendemain, prendre la position de quelqu'un qui n'a rien d'autre à faire de ses jours. Cela inquiétait tellement qu'il s'est mis à se poser des questions telles : Que fait-il là, lui ? Que me veut-il ? N'a-t-il pas autre chose à faire que de me regarder ? Un autre qui vient se moquer de moi? Il y en a qui l'ont, la belle vie !

Ce manège dura durant une semaine ou deux ; en réalité, peut-être plus, Roger ne comptant pas le temps. Il s'en foutait du temps. Il fallait qu'il travaille lui, c'est tout. Mais le passant l'énervait ! Et le passant, qui était presque devenu un résident, pensez donc, il apporte sa chaise pliante, le fin finaud , se disait Roger dans son trou, regardait le travailleur et l'écoutait, comme qui dirait, d'une oreille sourde.

Au bout d'un temps impossible à déterminer, Roger se mit à regarder le vacancier, comme il l'appelait maintenant dans sa tête. Lorsqu'il se relevait pour s'essuyer le front et le visage, il le voyait, il voyait son sourire, presque niais, pensait-il dans sa tête.

Un moment donné, fatigué de se savoir regardé comme cela, il se décida à lui poser une question. Plusieurs lui trottaient dans la tête, mais la première qui vint fut :

Qu'est-ce que vous foutez là vous ?

Normalement je ne réponds pas aux gens qui me posent des questions de manière aussi bête. Mais pour vous, Roger, je ferai une exception. - Puis il sembla réfléchir quelques secondes et dit - : Je vous observe. Puis-je me permettre de vous poser moi aussi une question ? - Sans attendre la réponse de Roger, il poursuivit - : Pourquoi êtes-vous si en colère ?

Ah ! Elle est bien bonne celle-là ! Ça fait je ne sais plus combien de temps que vous restez là à ne rien faire, à me regarder me faire traiter de tous les noms, à me voir recevoir des roches sur la tête, à avoir mal aux pieds, à piocher dur comme ça se peut pas et vous vous demandez pourquoi je suis en colère ? Non mais, bonhomme, ouvre tes grands yeux et tes grandes oreilles !

Et Roger se mit à chialer de plus belle ! Non mais, il se prend pour qui cet hurluberlu! Qu'est-ce qui m'a foutu un imbécile pareil ? Oser me demander une question aussi idiote ! Il doit avoir du vent dans la caboche celui-là. Il est peut-être fou !

L'homme sur sa chaise, souriait. Il dit :

Vous rendez-vous compte que c'est la première fois que vous parlez, enfin, si on peut dire, que vous apostrophez quelqu'un depuis des lustres ? Vous pouvez bien me jeter vos paroles de colère par la tête tant que vous voulez, ou seulement les penser, je reviendrai tant que je ne vous aurai pas dit ce que j'ai à vous dire. Mais aujourd'hui c'est trop tôt. Vous n'êtes pas prêt.

Puis se levant et pliant sa chaise, il ajouta:

On se voit demain ?

Roger, incrédule, s'est redressé. Le fou était parti. Il ne le voyait nulle part. Comment ça se fait, se disait-il, un instant il est là, l'autre non. Qu'a-t-il à me dire ? Comment ça, je ne suis pas prêt ? Bon dieu de bon dieu, pour qui se prend-il cet énergumène là ?

Malgré sa colère, Roger attendit l'énergumène toute la journée suivante. Celui-ci ne vint pas. Le jour suivant non plus, ni le troisième.

Ses pensées, ses questions et ses jérémiades n'avaient plus la même teneur qu'avant. Il s'interrogeait sur l'inconnu en vacances. Qui est-il ? Que me veut-il ? Qu'a-t-il à me dire de si important ? Comment ça que je suis pas prêt ? Mais oui que je suis prêt moi. Je vais lui dire moi à ce bonhomme que je suis prêt à entendre ce qu'il a à dire !

Tout à ses questions et à ses réflexions, il ne remarqua pas qu'il ne gueulait plus autant qu'avant contre sa pelle ou sa pioche, ni que les gens ne se moquaient plus de lui comme avant et qu'il y en avait même qui osaient le regarder, de temps à autres, avec une certaine curiosité.

Au bout de trois longs jours d'attente, Roger, en colère parce que l'inconnu n'était pas revenu comme il l'avait dit, a sauté dans son trou, au matin du quatrième jour, avec la ferme intention de lui dire son fait, à l'énergumène, la prochaine fois qu'il le verrait. Durant qu'il travaillait, il entendit des pas, tout près, et un raclement sur le gravier.

Ah ! Le voilà le maudit baveux.

Se relevant : Où t'étais passé ? Tu m'as dit que tu reviendrais demain! Pourquoi n'es-tu pas venu? Je t'ai attendu moi, comme un imbécile, oui ! Va-t-en, je ne veux plus te voir!

Interdit, Roger regardait l'homme étonné de se faire interpeller de la sorte. Cela prit à Roger un peu de temps pour assimiler ce qui se passait. Ce n'était pas l'énergumène en vacances qu'il avait devant lui, mais son boss. Un peu derrière lui, il y avait un autre gars.

Oops ! Quelle bon dieu de bêtise que je viens de faire-là, moi?

Son patron, il le voyait de temps à autres ; c'est lui qui lui donnait de l'ouvrage quand les autres ne voulaient rien savoir de lui. Il bredouilla des mots inintelligibles, pour s'excuser ; il croyait avoir affaire à quelqu'un d'autre, crut comprendre le contremaître.

C'est quand même pas une façon de parler aux gens, Roger ! Je comprends que ta vie n'est pas drôle, mais tu pourrais peut-être changer de ton ! Je venais juste te dire que, vu que les gars et moi, on a remarqué que tu gueulais moins, tu pourrais peut-être venir prendre un verre avec nous après l'ouvrage ! Mais comme t'as pas changé, laisse faire, on ira tout seul.

Excuse-moi boss, je ne voulais pas vous parler comme ça ! Eh ! Boss. C'est qui le gars avec vous? I ressemble au gars que j'attendais!

Quel gars? T'as des visions, mon pote !

Et, haussant les épaules, le contremaître vira de bord et partit.

Roger, pas encore revenu du choc, resta planté là, bouche bée. Il voyait bien lui le gars. Lui non plus, d'ailleurs, n'avait pas bougé. Il regardait Roger et lui souriait.

Pris d'une rage subite, Roger sortit de son trou pour se précipiter sur l'emmerdeur. Le temps qu'il arrive sur lui, il n'était plus là. Pantois, Roger ne comprenait plus rien. Devenait-il fou?

Bon Dieu, qu'est-ce qui se passe? s'entendit-il dire à haute voix.

Il était temps !

Se retournant d'un bloc, Roger vit l'homme, grand, beau, souriant.

Il était temps? De quoi? Et puis, qui êtes-vous? Qu'est-ce que vous me voulez? - À ce moment, Roger se rappela toutes les choses qu'il voulait dire à l'inconnu. Qu'est-ce que vous avez à me dire de si important? Pourquoi que vous avez dit que je n'étais pas prêt? Et puis, prêt à quoi?

L'inconnu dit d'une voix douce, sans élever le ton comme son interlocuteur, que ce qu'il avait à dire devrait attendre que Roger le découvre lui-même. Roger se dit en lui-même que l'homme était décidément fou. Il ne comprenait pas pourquoi les autres ne le voyaient pas, mais cela n'avait pas d'importance, pour l'instant du moins. Il l'avait bien vu, lui, il lui avait parlé. Roger savait qu'il n'était pas fou, lui.

Puis, il se mit à vraiment réfléchir. Quand il travaillait, avant l'apparition de l'homme à la chaise pliante, il était toujours seul. Il se rappelait comment cela avait commencé. Cela venait de loin, de très loin. Déjà, dans son enfance, il n'avait pas d'amis. Chaque fois que quelque chose allait de travers, chaque fois que les choses n'allaient pas de la façon que lui voulait qu'elles aillent, il se fâchait. Les copains de classe se sont petit à petit mis à le laisser seul. Puis, à l'adolescence, la même chose arrivait. Les copains l'acceptaient parce qu'il était fort, mais quand il se mettait à gueuler, ils le quittaient. Découragé, il a abandonné l'école pour aller travailler. Il se dit que là au moins, parmi les adultes, il trouverait sûrement quelqu'un qui voudrait de sa compagnie. Au début, oui, il y avait des copains, des travailleurs comme lui, qui gagnaient leur vie à travailler dur. Mais c'était effectivement très dur et il commença bientôt à se plaindre. Les copains le délaissèrent. Seul désormais, taciturne, il continuait à vouloir changer sa vie en maugréant, en chialant que la vie n'était qu'un paquet de troubles et à croire que, puisqu'il existait, la vie lui devait bien quelque chose.

Et la vie ne lui faisait pas de cadeau. Il regardait autour de lui et voyait des gens heureux, des gens moins bien que lui, disait-il en son for intérieur, qui avaient du plaisir, qui pouvaient se payer des douceurs. Mais lui, rien. Tout ce qu'il savait faire, c'était travailler. Job après job, il voyait la vie passer sous ses yeux, sans agrément, sans amis, sans femme pour l'aimer comme les autres. Il en était venu à croire dur comme fer que la vie, pour lui, c'était ça : un travail dur, sans plaisir. Sans ami.

Jour après jour, Roger réfléchissait. Toujours dans un trou, il piochait, pelletait, envoyait la terre et les roches au dehors, se relevait parfois pour essuyer son visage, reprenait l'ouvrage. Vint un jour où ses réflexions prirent une autre tournure. Il se rappelait l'homme qui était venu le regarder travailler, lui parler. Depuis son accès de rage, il ne savait plus depuis combien de temps, l'inconnu, que lui seul avait vu, à moins qu'on ne se moqua encore de lui, ne se manifestait plus. Pourquoi? Pourquoi cet homme était-il venu? Pour me quitter ensuite? Pour faire comme les autres?

Roger se travaillait les méninges. Il en avait mal à la tête tellement il était peu habitué à penser ainsi. Loin de se choquer, il continuait à creuser et à réfléchir.

Il a dit que ce qu'il avait à me dire, il fallait que je le découvre. Quand est-ce que je lui ai parlé la première fois? Zut ! C'était pour lui demander ce qu'il faisait là? C'est vrai que j'ai été bête. Mais il m'énervait !

Roger eut tout à coup comme un éclair de génie. Il avait entendu cela quelque part : quand quelqu'un aime quelqu'un, la personne passe du temps avec l'autre. C'est fou. Comment un parfait étranger peut-il aimer un gars comme moi? Comment peut-on trouver du plaisir à regarder quelqu'un qui gueule tout le temps?

Il se rendit compte alors que, durant que quelqu'un le regardait et lui souriait, il gueulait moins ; et moins il gueulait, plus le travail s'allégeait ! Oh ! Wow! Était-ce cela qu'il devait découvrir?

Ce n'est pas tout à fait cela !

Surpris, Roger releva la tête. Avait-il rêvé ou quelqu'un lui avait-il parlé? Qu'avait-on dit?

Son trou étant très profond, il dut se servir de l'échelle pour remonter à la surface. Celui qu'il vit, en passant la tête au-dessus du rebord du trou, le remplit de joies, de doutes, d'incertitudes et de curiosité. Peut-être allait-il enfin savoir qui était l'homme, ce qu'il voulait, ce qu'il avait à dire. Pourquoi lui, Roger, n'était-il pas prêt, s'il l'était maintenant, et d'abord, qu'avait-il dit, juste là, à l'instant? Il était dans ses réflexions; il croyait avoir trouvé quelque chose d'important, dans sa tête. L'homme entendait-il les pensées? Tant de questions à poser et de craintes qui font surface. Se moque-t-on de moi? Ça, je ne le supporterai plus !

Calme, Roger jaugeait l'homme. Ce dernier ne bougeait pas, souriant. Roger vit les gars de l'équipe du contremaître le regarder. Peut-être se demandaient-ils ce que Roger faisait là, lui qui ne sortait de son trou que pour manger ou pour partir à la fin de la journée. Il fit quelques pas vers eux, leur fit signe que tout allait bien, mais qu'il voulait se reposer un peu. Les autres reprirent leur ouvrage.

L'inconnu n'avait pas bougé. Il attendait que Roger veuille bien lui adresser la parole. Il avait des choses à dire.

Qui êtes-vous?
Mon nom ne vous dirait rien.
S'il-Vous-Plaît, dites-le quand même, je ne vais pas vous appeler Hé ! Vous ! tout le temps !
On m'appelle Raphaël.
Qu'est-ce que vous avez dit tout à l'heure? Lisez-vous dans les pensées? Suis-je en train de devenir fou? Comment vous faites pour disparaître? Pour réapparaître quand on vous attend pas? Est-ce que je suis prêt? Mais parlez bon sang ! Que ?

Levant la main, Raphaël consentit à répondre à certaines questions, à celles qu'il poserait lui-même. Roger attendit.

Qu'avez-vous appris au fond de votre trou? Que lorsque vous ne partez pas en peur devant des difficultés, la vie se fait plus légère? Ce n'est pas cela que j'ai à vous enseigner, pas tout à fait. Il y a un peu de cela, c'est vrai. Mais il y a plus. Votre vie, selon la teneur de vos réflexions des derniers jours, vous a montré que la colère attire la solitude. Une fois déjà, vous avez baissé le ton, sans vous en apercevoir, parce qu'un énergumène vous regardait travailler et que cet hurluberlu souriait.

Puis, en guise de bienvenue, vous lui avez presque demandé de foutre le camp, de vous laisser être malheureux tranquille. Je ne peux pas. Ma nature même m'oblige à vous montrer que la vie, c'est plus que cela; que la vie vaut tellement plus que ce que vous y mettez. Parmi toutes les personnes qui vivent autour de vous, plusieurs sont heureuses malgré les difficultés qu'elles rencontrent. Beaucoup d'entre elles souffrent, comme vous, parce qu'elles veulent que la vie se comporte envers elles comme elles le voudraient. Mais la vie, on entre dedans, non le contraire. La vie est. Ni bonne, ni mauvaise. Vous voulez avoir des amis? Soyez l'ami de quelqu'un.

Vous m'avez traité de con. Miroir, miroir. Pourquoi vous traitez-vous ainsi? Répondez à cette question, pour vous-même. Maintenant, je dois partir. Je vous ai donné assez de fil à retordre pour aujourd'hui. Je reviendrai.

Perdu dans ses réflexions, Roger ne le vit pas partir. Il resta là longtemps, sans bouger, heureux (?), malheureux (?), il ne savait pas. Il entrevoyait des réponses, mais tellement floues, c'était à désespérer !

Cette nuit-là il fit un rêve. Il se voyait en train de creuser un trou. Il trimait dur. Parfois il recevait des briques sur la tête. Il tombait, se relevait et sacrait comme un damné. À plusieurs reprises il tenta de ne pas gueuler. Quand il réussissait, les coups semblaient moins douloureux ; il tombait encore, mais il se relevait plus vite pour se remettre au travail. Des gens lui souriaient et lui demandaient parfois de les accompagner dans des fêtes.

Au réveil, Roger se demandait ce que ce rêve voulait dire. Dans le rêve comme dans la vie, il creusait des trous. Dans le rêve aussi il recevait des briques et les gens le maltraitaient. Les rêves et la vie, c'est pareil, se dit-il. Pourquoi rêver alors? Dans le fond, pourquoi vivre?

Plus j'avance, moins je comprends. Je vais regarder le rêve encore une fois. Si je ne comprends pas, je laisse tomber, se disait Roger en se rendant au travail où l'attendait Raphaël. Surpris, Roger lui demanda ce qu'il faisait là si tôt.

J'interprète les rêves. Vous en avez un, je crois, et vous êtes arrivé à une conclusion. J'aimerais l'entendre.

Ça alors, comment savez-vous que j'ai rêvé?

Qu'importe ! L'important c'est le rêve. Votre leçon s'y trouve.

Ah ! Oui? Puisque vous êtes si malin, dites-moi ce que j'ai rêvé et ce que je dois savoir! dit Roger d'un ton rageur.

Comme dans le rêve, quand vous vous fâchez, la vie vous malmène, les gens vous fuient, vous vous retrouvez seul avec vos douleurs, vos vides, votre rage. Vous vous découragez. Mais quand vous prenez sur vous, quand vous essayez de devenir patient, de ne pas trop gueuler, la vie, par l'entremise des gens qui vous côtoient, vous offre de la gaieté, de la camaraderie. Les expériences-épreuves où les briques vous tombent sur la tête ne sont pas conçues pour que vous tombiez et que vous vous fassiez mal, mais pour que vous vous releviez et que vous vous assouplissiez.

Comprenez-vous maintenant, Roger, ce que la vie a placé sur votre chemin durant toutes ces années? Des occasions qui vous auraient permis de développer votre joie, l'amour de la vie, des gens. La vie vous l'aurait bien rendu : elle vous aurait fait découvrir la joie, l'amitié; non celle qui exige que l'on fasse exactement ce que l'on veut parce qu'on est capricieux, mais l'amitié qui partage les joies et les peines, qui les allège, qui les rend supportables, acceptables et desquelles on apprend à aimer, à être aimé. N'est-ce pas ce que vous avez désiré toute votre vie, Roger? Avoir des amis, des joies, une compagne?

Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Comment connaissez-vous mon rêve?

Je suis. En toi, derrière toi, devant toi, avec toi. Je suis né de ton désir de comprendre ta souffrance. Tu m'as créé. Ta rage, ton découragement, ta solitude ont créé une contrepartie, un espoir qui connaissait ta réalité. Je suis ton âme, ta conscience, ta petite voix intérieure, celle dont on dit qu'elle ne parle jamais très fort, celle qu'on n'écoute pas.

Je te le dis : creuse ta vie, recherches-en les beautés, les trésors. Tout ce que tu découvriras, adopte-le, mets-le en application. Vis ce que la vie t'offre. Si tu veux le meilleur, choisis de donner le meilleur.


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Pour m'écrire : Pierre