A
l'époque du Japon
féodal, un maître archer instruisait son
élève. L'art du Kyudo est long
et difficile. Les années passent, la
vie s'écoule comme l'eau profonde
d'un grand fleuve.
Quand le maître
entendit sonner son heure, il convoqua
son élève :
"poursuis la
voie que nous avons tracé ensemble, je t'offre mon
arc, car là où je vais,
je n'en ai plus besoin". Puis il ferma les yeux.
Après les
funérailles, l'élève se remit
à l'entraînement, mais à sa
grande stupeur, la cible au fond du jardin avait
disparu ! Le temps
s'écoule, et comme les distractions ne manquent pas
dans la vie, il décida
d'en profiter.
L'intervalle entre les
entraînements augmenta de plus en plus, d'autant plus
que les soirées en ville se
prolongeaient,
les geishas charmaient davantage que
les longues heures de tir à
l'arc…
De loin en loin, l'envie lui reprit de
s'entraîner, mais l'arc devenait de plus en plus dur
à bander ;
et on se lasse vite des
cibles choisies au hasard. Mieux vaut se changer
les idées dans le bar du coin !
Les
années passent, jusqu'au jour
où l'arme du maître fut mise en
vente :
à quoi bon garder un arc qu'on n'arrive
plus à tendre ? extrait
des contes d'arts martiaux, Ed. Poche